C'est pas mon idée !

mercredi 17 décembre 2014

Digit, le service qui épargne à votre place

Digit
Qu'elles émanent de banques ou de startups, il existe désormais une multitude de solutions destinées à inciter les consommateurs à mettre de l'argent de côté, à grand renfort de notifications contextuelles, de techniques ludiques, d'offres promotionnelles… Une nouvelle venue, Digit, propose une autre vision : le « robot d'épargne ».

Le concept consiste à décharger totalement l'utilisateur des décisions relatives à ses économies. Pour ce faire, il va tout d'abord fournir les codes d'accès à son compte bancaire (oui, cette étape peut paraître inquiétante). Dès lors, les algorithmes de la jeune pousse vont analyser son profil et son comportement financier et, dès qu'ils le jugent opportun (si le solde est suffisant et que les dépenses prévisibles avant le prochain versement de salaire l'autorisent), transférer une partie des fonds disponibles vers un compte d'épargne, sans la moindre action de sa part.

Afin de maintenir le contact avec ses abonnés en dépit de cette automatisation, Digit leur envoie chaque jour un SMS, comprenant quelques informations sur leur situation. Le plus souvent, il rappellera le solde de leur compte, parfois il s'agira du montant mis de côté au cours de la semaine ou du mois écoulé… En complément d'un site web privatif au contenu extrêmement sobre (simplicité oblige !), l'ensemble des opérations est accessible par le biais de commandes SMS, notamment la fonction de retrait qui permet d'effectuer à tout moment un virement depuis la cagnotte vers le compte courant.

Accueil Digit

Avec son épargne sans intérêts, Digit ne s'adresse évidemment pas à la minorité de personnes qui gèrent leurs économies activement. Au contraire, l'objectif de Digit est de donner la possibilité de se créer une petite réserve d'argent à tous ceux – et ils sont nombreux ! – qui ne parviennent pas à s'astreindre à la discipline nécessaire pour le faire eux-mêmes. Comme l'explique Ryan Lawler dans un article pour TechCrunch, les 1 000 dollars mis de côté pour lui ne représentent pas grand chose mais ce sont 1 000 dollars de plus que ce qui lui resterait s'il n'utilisait pas le service.

De manière générale, les innombrables solutions d'épargne actuelles, proposées en particulier sous la forme d'applications mobiles, tentent – avec plus ou moins de succès – de convaincre leurs utilisateurs de gérer leurs économies alors qu'ils y sont peu enclins naturellement. Plutôt que de chercher vainement à lutter contre cette tendance passive et laxiste des consommateurs, Digit adopte donc une approche pro-active de substitution, en leur proposant de laisser un « robot » (intelligent) prendre les décisions à leur place.

Si le dispositif mis en œuvre est relativement sécurisé, il requiert tout de même une confiance quasi-aveugle de la part des nouveaux inscrits. Afin de lever ce handicap, ainsi que dans un but de rationalisation de son fonctionnement, Digit est en passe d'intégrer sa solution avec une banque partenaire. En réalité, il est presque évident que, pour séduire largement sa cible d'utilisateurs, un outil de ce genre devrait être proposé par une institution financière… Il constituerait alors un extraordinaire premier pas dans la direction de services immergés dans la vie quotidienne des clients.

mardi 16 décembre 2014

BBVA acquiert une startup des big data

BBVA
Tandis que la plupart des grandes institutions financières commencent tout juste à s'éveiller aux enjeux de la transformation numérique, quelques pionnières passent déjà à la vitesse supérieure, pour rester au contact des exigences de leurs clients. Parmi ces dernières, BBVA mise sur des acquisitions pour accélérer sa mutation.

Après le rachat de la « néo-banque » Simple au début de l'année, qui doit l'aider à appréhender une vision différente de ses métiers (d'abord aux États-Unis), le groupe espagnol vient d'annoncer l'intégration dans son portefeuille de Madiva, une « startup », madrilène. Avec cette deuxième opération, l'objectif que vise officiellement BBVA est de renforcer immédiatement ses capacités dans le domaine émergent des « big data », dans la perspective d'adapter au mieux ses produits et solutions aux attentes des consommateurs.

La jeune société – fondée en 2008 – a en effet développé une offre de services innovante dans ce domaine, largement reconnue par les nombreuses compagnies d'assurance et banques qui lui font confiance. Sa proposition de valeur consiste à créer des opportunités commerciales grâce à l'analyse de données, structurées ou non, issues des multiples sources du monde numérique. A l'instar de Simple, Madiva conservera son autonomie dans son nouvel environnement, le seul changement d'importance pour elle étant que BBVA deviendra un client privilégié.

Accueil Madiva

La cible choisie par la banque pour poursuivre sa stratégie d'acquisition ne doit rien au hasard. Parmi les grandes tendances du moment, les « big data » sont universellement considérées comme une des plus prometteuses, notamment dans le secteur financier. Or, il s'agit d'une discipline qui requiert des compétences rares et il s'avère donc extrêmement délicat pour les entreprises de monter en puissance seules. Celles qui, comme BBVA, estiment que le sujet est prioritaire et urgent n'ont alors d'autre choix qu'une acquisition (probablement au prix fort).

Cette approche sera certainement tentante pour bien d'autres acteurs confrontés aux mêmes difficultés. Elle n'est (hélas !) pas adaptée à tous les cas. Si la banque espagnole peut raisonnablement espérer que la greffe prenne, ce n'est pas uniquement parce qu'elle laisse son indépendance à Madiva. Sa véritable force, qui a d'ailleurs certainement constitué un critère déterminant dans la conclusion de la transaction, est d'avoir su au préalable faire évoluer sa culture, qui la rend capable de travailler efficacement avec des approches disruptives. Ce qui n'est pas à la portée de toutes ses consœurs…

lundi 15 décembre 2014

La banque qui ressemblerait à Amazon…

Amazon
Il y a quelques semaines, un analyste de Celent nous invitait à imaginer une compagnie d'assurance telle qu'elle serait créée aujourd'hui, à partir d'une campagne sur Kickstarter. Cette fois, nous nous attarderons sur un exercice similaire dans le domaine bancaire, réalisé par un responsable de l'éditeur de logiciels Temenos.

Les prémices de la réflexion de John Schlesinger sont simples : les grandes institutions financières sont régulièrement alertées sur les risques d'obsolescence des systèmes informatiques qui gèrent le « coeur » de leurs activités – au point que certains régulateurs esquissent la menace d'exigences directes en la matière – mais elles ne semblent pas prendre conscience de l'urgence qu'il y a à réagir. Afin de frapper les esprits, il propose de dessiner la banque qui serait conçue en partant d'une feuille blanche et en s'inspirant d'un modèle d'entreprise numérique comme Amazon.

Sans retracer l'histoire en détail, les faits sont là. Aux débuts de l'informatique, la relation client reposait exclusivement sur les agences et les conseillers. Sont alors apparus les distributeurs de billet, qui se sont rapidement transformés en « guichets automatiques » et ont commencé à remplacer les caissiers d'antan. Puis Internet est né et s'est développé, amplifiant la tendance. Plus récemment, le mobile est arrivé, dépassant les contacts en agence en un an là où il en a fallu 10 pour le web (dans certains établissements). Or les systèmes n'ont fondamentalement pas changé.

Alors, que devrait être une banque au 21ème siècle ? Sa première caractéristique serait d'être entièrement centrée sur le service aux clients et non plus orientée sur son organisation et ses processus internes. De la même façon qu'Amazon sait me recommander des produits en fonction de l'historique de mes achats et de ma navigation, mon conseiller financier (humain ou non) devrait se souvenir de toutes mes interactions, via tous les médias disponibles (web, mobile, agence, centre d'appel…), et pouvoir ainsi répondre à mes besoins avant que je ne les exprime.

Deuxième changement d'importance, les coûts seraient clairs et transparents et la banque saurait se satisfaire de faibles marges. Il n'est résolument pas question de viser la gratuité (réelle ou factice) : les consommateurs sont prêts à payer pour les services qu'ils obtiennent, à partir du moment où il les ont choisis, qu'ils en connaissent le prix, sans la moindre ambiguïté, et qu'ils le considèrent raisonnable pour leur besoin. En parallèle, toute l'offre doit être accessible là où se trouve le client, à tout moment, sans jamais exiger qu'il se rende dans une agence.

Côté informatique, les applications seraient adaptées aux nouveaux comportements de leurs utilisateurs – dont les plus nombreux sont les clients et non les collaborateurs. Alors que ces derniers y recourent principalement pour enregistrer des transactions, les internautes et les mobinautes les sollicitent dorénavant à une écrasante majorité pour consulter des informations (peut-être 5 000 accès pour 1 transaction exécutée). Dans le prolongement de cette logique, il ne devrait plus exister aucun traitement « batch » et toutes les opérations devraient être enregistrées et validées immédiatement (ou presque), sans la moindre interruption, comme lorsqu'on passe une commande sur internet.

Je vois déjà les cheveux se hérisser sur la tête des banquiers traditionalistes à la lecture de ces lignes : tout ceci n'est que divagation et serait rigoureusement impossible à mettre en œuvre… Et pourtant, y a-t-il réellement tant de différences entre une banque et Amazon, qui justifieraient que ce que le second est capable de faire (avec succès) se trouverait inaccessible à la première ?

Aurore ou crépuscule ?

dimanche 14 décembre 2014

BNP Paribas s'immerge dans les crypto-devises

BNP Paribas
En cette fin de semaine maussade du mois de décembre 2014, une fièvre particulière s'est emparée d'une quarantaine de collaborateurs de BNP Paribas Securities Services (BP2S), rassemblés au tout nouvel AntiCafé Innovation parisien. Leurs symptômes ? Une obsession des crypto-monnaies et une idée fixe : inventer leurs futurs métiers…

Alors que le monde entier s'emballe pour le bitcoin et ses dérivés, les institutions financières commencent naturellement à s'y intéresser de près, afin d'identifier à la fois les menaces qu'ils font peser sur elles et les opportunités qu'ils pourraient leur offrir. À ce jour, les réflexions restent souvent théoriques et les initiatives concrètes sont rares et discrètes. Pour BP2S (filiale en charge de la gestion de titres dans le groupe BNP Paribas), même s'il n'est pas question de brûler les étapes, l'ambition est de développer de nouvelles activités ou d'ouvrir ses métiers existants à la révolution à venir.

Pour répondre à ce défi, les collaborateurs de toutes spécialités étaient donc invités à imaginer comment pouvaient s'immiscer les crypto-monnaies dans les produits et services de l'entreprise. Bien entendu, avant de se lancer, il était indispensable pour les participants de comprendre le sujet à traiter, il est vrai relativement complexe. Une demie-journée a ainsi d'abord été consacrée à une présentation du protocole bitcoin, de ses utilisations actuelles (intervention assurée par mes soins) ou encore de ses enjeux juridiques et réglementaires.

Cette première partie s'est conclue lors d'un « Meetup Bitcoin », accueilli par Google. Outre une présentation technique (assurée par Pierre Noizat, de Paymium), 3 startups (Brawker, Ledger Wallet et Paymium) y « pitchaient » leurs solutions. Cette séance riche procurait une occasion – unique pour la plupart des participants de BP2S – de mieux s'imprégner de la culture et du dynamisme de ces jeunes entrepreneurs et de l'écosystème des crypto-monnaies. Elle devait représenter une importante source d'inspiration pour l'exercice qui les attendait le lendemain matin.

Hackathon BNP Paribas Securities Services

Vendredi, dès 9 heures, commençaient (enfin !) les choses sérieuses. Répartis sur 4 tables thématiques, les récents convertis aux vertus de la « blockchain » commençaient à plancher, accompagnés par une poignée d'animateurs et d'experts (dont je faisais partie, en toute modestie). A partir d'une petite revue informelle des éléments importants du concept, il s'agissait d'examiner à la loupe les cas d'usages possibles dans les métiers de BP2S et d'en tirer un « business model » aussi complet et précis que possible.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la recette fonctionne ! Les équipes se prennent réellement au jeu, avec sérieux, et s'approprient les principes des crypto-monnaies avec une agilité impressionnante pour, ensuite, les décliner dans leur environnement professionnel quotidien. Les spécialistes techniques et juridiques sont régulièrement sollicités afin de confirmer (ou non) la viabilité et la faisabilité des idées émises, suggérant parfois une piste alternative qui fait rebondir les imaginations dans une autre direction…

En fin de journée, 4 projets – plus ou moins élaborés – seront présentés, en quelques minutes chacun. On parle alors de l'introduction de la monnaie Bitcoin dans les activités de BP2S – par exemple la création d'une ligne métier centrée sur la gestion des risques liés aux crypto-monnaies ou la simplification des problématiques de règlements en devises – et de l'utilisation de la « blockchain » en vue de sécuriser et simplifier les opérations existantes – notamment dans la transmission des instructions des clients.

L'événement est maintenant terminé, chacun rentre chez soi et retournera lundi à ses occupations habituelles. Mais la graine qui a été semée ne l'aura pas été en vain. D'une part, une quarantaine de personnes ont désormais une vision un petit peu différente de leur métier et de leur entreprise. D'autre part, les idées qui ont pris forme seront approfondies et mûries, avec ceux qui les ont concoctées, et tout sera fait pour qu'elles aboutissent. Nouveaux produits ou services, évolutions dans les processus…? Une deuxième phase commence…

Réflexions sur les métiers de BNP Paribas Securities Services

Bravo à Philippe et Johann pour une belle idée, magnifiquement concrétisée !

samedi 13 décembre 2014

Une app pour épargner sur les dépenses inutiles

First direct Saveapp
La longue lignée des applications mobiles dédiées à l'« épargne d'impulsion » – initiée en 2011 par Westpac – semble décidément vouée à ne jamais cesser de susciter de nouvelles variantes. La dernière déclinaison en date est celle de First Direct (filiale 100% en ligne de HSBC), qui introduit une fonction que je suggérais il y a 2 ans…

Dans une approche relativement originale en soi, « Saveapp » prend le parti de combiner dans un même logiciel la planification de projets d'épargne et les gestes quotidiens d'économie, ressemblant ainsi à un mélange d'ImpulseSave et des « petits sacrifices » d'ING (Canada). La mise en route comprend deux étapes simples. Tout d'abord, il faut décrire la cible fixée pour les économies futures, en indiquant une catégorie (voyage, voiture, gadget…), un montant, une échéance et, éventuellement, une photo.

Seconde étape de la configuration, l'utilisateur choisit les « mauvaises » habitudes dont il souhaite se débarrasser afin de mettre de l'argent de côté. Les options proposées sont des actes de la vie courante, de l'expresso quotidien aux téléchargements, en passant par les repas au restaurant, les verres pris au pub, les magazines… Enfin, il lui restera un dernier détail à régler : définir les alertes qui lui rappelleront ses résolutions. Il peut s'agir, trivialement, d'une alarme à heure fixe (par exemple tous les jours de la semaine à midi, au moment de sélectionner le lieu de son déjeuner…).

Saveapp sur iPhone

Cependant, il est également possible d'adopter une approche alternative, basée sur une technique de « geofencing ». Dans ce cas, il suffit de déterminer une zone géographique (peut-être le pub où les collègues se réunissent régulièrement le soir ?) pour que l'application émette une notification à son approche. La maîtrise du budget devient ainsi contextuelle et réactive, avec une petite touche ludique. Il ne resterait qu'à ajouter à l'ensemble un mécanisme d'analyse des comportements récurrents du consommateur pour la rendre entièrement automatique…

« Saveapp » n'est malheureusement pas exempte de défauts. Décision particulièrement regrettable à mon sens, First Direct a préféré concevoir une solution accessible à tous les mobinautes plutôt qu'à ses seuls clients. En conséquence, elle n'intègre aucune connexion directe aux comptes de l'utilisateur et les économies réalisées doivent donc être saisies manuellement. En fait, il lui manque la composante d'épargne d'impulsion proprement dite, qui la rendrait réellement efficace et addictive…

Quoi qu'il en soit, la réalisation de First Direct représente un intéressant premier pas vers la prochaine génération d'applications financières mobiles, centrées sur les besoins des individus et intimement imbriquées dans leur vie quotidienne. L'incitation à l'épargne constitue naturellement un terrain d'expérimentation sans risques pour ce faire. Par la suite, bien d'autres fonctions pourraient prendre la même voie, si ces premières tentatives sont couronnées de succès…

vendredi 12 décembre 2014

Quand une banque prévient les découverts

HSBC
Une des récriminations les plus fréquentes des consommateurs vis-à-vis de leur banque concerne les frais liés aux découverts. Il est même une légende (?) selon laquelle il s'agirait d'une de leurs principales sources de revenus… Au Royaume-Uni, HSBC a récemment pris le problème à bras-le-corps et en retire déjà des résultats impressionnants.

Annoncées au cours de l'été et entrées en vigueur le mois dernier (également dans la filiale First Direct), les mesures de simplification mises en œuvre comprennent une meilleure information (notamment un préavis de 2 semaines au minimum avant le prélèvement des agios), une baisse sensible des ponctions opérées sur les comptes débiteurs, des procédures plus justes (par exemple un moratoire sur les frais et intérêts perçus s'ils sont seuls responsables d'un dépassement du découvert autorisé)…

Cependant, la plus originale des nouveautés consiste à alerter le client par SMS – si la banque dispose de son numéro de téléphone mobile et s'il ne s'y oppose pas – lorsqu'il passe dans le rouge et s'expose donc à des charges importantes. L'information est utile en soi mais pourrait rapidement s'avérer frustrante. Alors, dans ce cas, l'établissement accorde un délai de grâce au débiteur, jusqu'à 23:45 le même jour, pour lui permettre de rétablir sa situation (c'est-à-dire revenir dans sa limite pré-négociée) et ainsi éviter les pénalités normalement applicables.

Un mois plus tard, HSBC révèle avoir envoyé 1,2 million de ces messages depuis le lancement du service ! Et, visiblement, ces notifications sont extrêmement utiles, puisque 40% des destinataires ont réagi en approvisionnant leur compte avant que le couperet (et la facture correspondante) ne tombe ! Dans ces conditions, la colère de ces consommateurs, jusqu'à maintenant lourdement sanctionnés pour une simple négligence, devient plus compréhensible. A l'inverse, le système d'alerte est plébiscité.

Une telle expérience devrait inciter toutes les banques à réfléchir en profondeur à leur politique en matière de découverts. Celles qui préféreront fidéliser leurs clients plutôt que de les accabler de frais peuvent envisager un système aussi simple que celui de leur consœur britannique, déjà très efficace (et potentiellement peu coûteux). Elles peuvent aussi opter pour des mécanismes un peu plus élaborés, susceptibles d'accroître encore la satisfaction des utilisateurs. Si cela est possible, pourquoi ne pas proposer, avec l'alerte, de réaliser un virement immédiat depuis un compte d'épargne ?

En allant un peu plus loin, tout en restant dans le domaine du faisable (comme l'esquisse le concept expérimental de « reste à dépenser » de Société Générale), il devrait aussi être imaginable de prédire le découvert avant qu'il ne se produise, grâce à une analyse (même approximative) des comportements financiers du client tels qu'ils ressortent de l'historique de ses transactions. Cet événement pourrait alors devenir une opportunité commerciale contextuelle, pour proposer un crédit à la consommation ou autre…

Parapluie

jeudi 11 décembre 2014

iQuantifi, du PFM au conseil financier

iQuantifi
Une récente levée de fonds nous procure une excellente occasion de (re)découvrir aujourd'hui la startup américaine iQuantifi. Deux ans après sa première apparition à Finovate, sa solution de gestion de finances personnelles (PFM) a en effet mûri, concrétisant sa promesse de devenir un conseiller patrimonial virtuel, accessible à tous.

L'idée d'origine de ses concepteurs part du constat que les outils classiques du genre n'ont qu'une valeur limitée, en se contentant, en général, de proposer un suivi des recettes et dépenses associé à une fonction de budgétisation relativement basique et « théorique ». A l'inverse, l'ambition d'iQuantifi est de permettre à ses utilisateurs d'atteindre effectivement les grands objectifs de vie qu'ils se fixent à court, moyen et long terme, en les aidant concrètement à optimiser leurs finances personnelles, au quotidien.

En pratique, la plate-forme de la jeune société, entièrement automatisée, va d'abord « découvrir » le nouvel inscrit à partir de l'état de ses comptes bancaires, tout comme un service de PFM traditionnel, complété ensuite de quelques questions personnelles, notamment sur ses projets (études, voyage, mariage, achat immobilier, retraite…). Dès lors, sa « timeline » budgétaire va lui présenter non seulement ses recettes et ses dépenses mais également quelques conseils divers et variés, toujours extrêmement précis (payer le solde de telle carte de crédit, investir dans telle action…), qui le rapprocheront de son but.

Page d'accueil iQuantifi

Dans une certaine mesure, le concept est assez proche de ce que proposent les acteurs émergents du conseil en investissement automatisé (Betterment, Motif…). Cependant, outre le spectre plus large de l'approche d'iQuantifi (qui intègre, par exemple, le remboursement des dettes), la principale différence est que, au lieu de fixer des objectifs purement financiers (qui supposent une certaine maturité dans le domaine), les utilisateurs adoptent une perspective directement alignée sur leur plans d'avenir, comme ils le feraient avec un expert en gestion de patrimoine.

Par son positionnement, la startup cible prioritairement les jeunes. Bien sûr, ils seront certainement plus à l'aise avec une approche de conseil automatique que leurs aînés mais, surtout, il sont les plus susceptibles d'avoir besoin d'aide pour planifier leur destin financier, alors qu'il n'ont pas accès aux professionnels, dont les prestations sont réservés aux clients (plus ou moins) fortunés. Encore une fois, le nouvel entrant cible donc, avec un modèle à coûts réduits, des populations peu ou mal servies par les offres existantes.

Le plus grande défi que doit affronter iQuantifi est celui de la confiance : comment convaincre les utilisateurs de la qualité des conseils prodigués ? La société choisit pour ce faire (au moins en partie) une solution de contournement puisqu'elle met sa plate-forme à disposition des institutions financières, en marque blanche. Ces dernières gagnent ainsi l'opportunité de combler une lacune dans leurs catalogues, avec une solution qui peut leur permettre de séduire un segment de clientèle hautement désirable…

mercredi 10 décembre 2014

Hello Bank! s'affirme, en Allemagne

Consorsbank
Parmi les 4 « Hello Bank! » européennes déployées par BNP Paribas en 2013, l'approche adoptée en Allemagne, sous la houlette de Cortal Consors, était finalement la seule à vraiment sortir des sentiers battus. Sa différenciation se confirme aujourd'hui avec le lancement de la nouvelle marque fédératrice Consorsbank.

Le changement de nom représente une étape supplémentaire dans la transition – esquissée lors de la création de « Hello Bank! » outre-Rhin – d'un spécialiste du trading en ligne vers une plate-forme complète de services financiers. La présentation de l'offre reflète cette évolution, en plaçant sur un pied d'égalité les outils d'investissement historiques et les produits bancaires plus récents, tels que comptes courants et d'épargne. Pour les clients, les deux domaines sont également intégrés au sein de l'espace web et de l'application mobile qui leur sont réservés.

Beaucoup plus intéressant, Consorsbank profite de ce ré-habillage complet pour lancer de nouveaux services, originaux et (pour certains) exclusifs, concrétisant le résultat de la démarche de co-création qui avait accompagné le démarrage de la banque il y a 18 mois (et qui devrait être renforcée). On peut certainement regretter, comme souvent avec les grandes institutions financières, un délai de mise en œuvre bien long (si, toutefois, je ne fais pas erreur sur les dates par la faute de mon allemand déficient). Quoi qu'il en soit, l'attente en valait largement la peine.

Accueil Consorsbank

Sans revenir sur les fonctions de gestion de budget, qui s'avèrent relativement traditionnelles, ni sur l'espace communautaire dans lequel les clients peuvent poser leurs questions et dialoguer entre eux, le premier ajout notable consiste en une offre d'assurance « digitale ». Conçue en partenariat avec BNP Paribas Cardif (la compagnie d'assurance du groupe), celle-ci est destinée à protéger la vie numérique des adhérents et de leur famille, notamment vis-à-vis des utilisations frauduleuses de leurs cartes bancaires ou encore des tentatives d'usurpation d'identité.

Enfin, la véritable pépite de la nouvelle enseigne est une solution de crowdfunding, fournie par SeedMatch, plate-forme spécialisée leader en Allemagne. Proposée comme un véhicule d'investissement original, permettant de financer (en capital) des startups, à partir de 250 euros, elle complète intelligemment le catalogue de Consorsbank, à la frontière entre les produits d'épargne assez basiques de Hello Bank! et les outils de trading de Cortal Consors. Et la finance participative fait ainsi une entrée officielle et remarquée dans la banque…

Depuis ses débuts, l'initiative menée en Allemagne promettait une vision différente des services financiers. Avec son extension, il semblerait que cette stratégie s'avère payante. Cela rend d'autant plus regrettable que les autres « Hello Bank! » (en France, Belgique et Italie) n'ait pas tenté une approche aussi disruptive, qui leur aurait peut-être permis de mieux s'imposer sur leurs marchés respectifs. D'ailleurs, il n'est peut-être pas trop tard : ne serait-il pas possible maintenant de s'inspirer de Consorsbank pour les relancer ?

mardi 9 décembre 2014

Barclays recycle ses agences désertées

Barclays Bank
Les banques traditionnelles sont désormais toutes confrontées à une importante désaffection de leurs réseaux d'agences, qui les conduit à s'interroger sur leur avenir. La majorité d'entre elles persiste à chercher les moyens de leur donner un nouveau rôle dans le monde numérique. A l'opposé, Barclays commence à tourner la page…

Au premier abord, l'annonce que vient de faire la banque britannique est relativement anodine. Pourtant, sous couvert de la réallocation de ses locaux non (ou sous-) utilisés à l'hébergement temporaire de startups et autres entreprises des environs, en particulier dans des domaines sociaux et communautaires, ce sont bien d'anciennes agences qui sont concernées. Lorsqu'elle précise que la salle des coffres du premier de ces lieux a été convertie en atelier de fabrication, le doute n'est en effet plus permis.

En soi, l'initiative est tout à fait louable. Plutôt que de laisser des bureaux plus ou moins à l'abandon, il est certainement plus sensé pour Barclays de les mettre (gratuitement) à la disposition de structures qui en ont besoin, dans un contexte d'explosion des coûts des loyers. La démarche est facilitée par le partenariat établi avec 3Space, une association qui s'est fait une spécialité de ce modèle de gestion immobilière alternative. Le premier espace « offert » aux entrepreneurs est déjà opérationnel, à Oxford, et il est prévu que trois autres ouvrent dans le courant de 2015.

Barclays Hatch

Afin de donner plus de sens à son action et promouvoir la création et l'innovation, la banque n'hésite pas à investir un minimum dans l'aménagement de ses locaux, en vue de leur reconversion. Les organisations accueillies y trouveront ainsi des zones de co-travail, des salles de réunion (entièrement équipées, notamment pour la visioconférence), des ateliers (avec outillages divers et variés, dont des machines à coudre et une imprimante 3D)…, complétés par un support actif sur différents sujets – assuré par quelques collaborateurs de Barclays – et même un accès à des mentors.

Quoi qu'en pensent les banquiers qui s'échignent à en réinventer le concept pour le 21ème siècle, l'ère des agences à chaque coin de rue sera bientôt révolue. Parmi les multiples défis que cette mutation induira, le devenir des points de vente ne sera pas le moindre. Si, pour certaines, l'abandon pur et simple peut être une solution, les opportunités de transformation en lieux d'accueil spécialisés ne devraient pas être négligées, dessinant alors une nouvelle mission pour les banques (qu'il restera néanmoins à valoriser).

Que cela concerne des locaux dans leur intégralité, comme dans le cas de Barclays, ou seulement une partie des agences, commme l'ont déjà expérimenté Umpqua Bank ou St George Bank, l'accompagnement des entrepreneurs peut constituer une piste intéressante à explorer.

lundi 8 décembre 2014

MasterCard crée un lab d'innovation en Afrique

MasterCard
L'omniprésence des banques dans nos vies et les dérives de quelques-unes nous le font parfois oublier, mais l'accès aux services financiers représente un important facteur de développement dont les pays émergents manquent encore cruellement. L'installation par MasterCard d'un lab d'innovation au cœur de l'Afrique de l'Est pour remédier à cette carence représente donc un pas dans la bonne direction.

Dans le monde, ce sont environ 2,5 milliards d'individus qui ne peuvent compter que sur les espèces dans leur vie quotidienne, avec tous les surcoûts, aléas, risques et autres inconvénients que cela implique. En comparaison, l'exemple du porte-monnaie mobile M-Pesa au Kenya, parmi quelques autres, a démontré combien des moyens simples de mieux gérer les flux d'argent pouvait avoir un impact extraordinaire sur la vie des populations qui se trouvent à l'écart des circuits financiers traditionnels.

Le lab d'innovation de MasterCard, financé à hauteur de 11 millions de dollars par la fondation Bill & Melinda Gates, a pour ambition d'aider à la création de nouvelles opportunités. Celles-ci devront apporter des outils pratiques et peu coûteux permettant aux plus de 100 millions de personnes constituant sa cible privilégiée de se construire un avenir plus stable. En pratique, la structure viendra en appui aux entrepreneurs, gouvernements et organisations diverses de la région dans la concrétisation de leurs idées, idéalement en vue d'un déploiement global.

MasterCard Africa Lab

L'ouverture du lab, qui s'inscrit dans un réseau que MasterCard déploie en différents lieux de la planète, arrive à point nommé dans un contexte où convergent une créativité bouillonnante en matière d'inclusion financière (et de services financiers alternatifs en général), des innovations technologiques favorisant le développement de solutions adaptées, l'émergence d'un écosystème actif de startups en Afrique… et le besoin pour les entreprises historiques de trouver des relais de croissance face à la stagnation observée dans les pays les plus riches.

En plus des fonds alloués directement aux efforts de recherche et développement, la fondation Gates prévoit une réserve de 8 millions de dollars afin d'accompagner les projets qui passeront du stade de l'étude à celui de l'incubation. En dépit de l'implication d'une institution financière qui a ses propres intérêts, la participation à l'initiative d'un organisme à but non lucratif devrait ainsi garantir une certaine indépendance dans son fonctionnement (par ailleurs promise par MasterCard). Il s'agit évidemment d'une condition indispensable pour une efficacité maximale…