C'est pas mon idée !

samedi 31 janvier 2015

Banques et bitcoin : je t'aime… moi non plus

Bitcoin
Seulement 6 ans après sa naissance, le Bitcoin est en passe de devenir un cas d'école de l'innovation dans le secteur financier. Entre les réactions de rejet de certaines et les initiatives actives des autres, les stratégies des banques sont décidément variées. L'actualité récente procure 3 exemples couvrant l'ensemble du spectre…

Pour commencer par le plus « choquant », attardons-nous un instant sur les commentaires de Greg Baxter, responsable de la stratégie « digitale » de Citi, recueillis lors d'un symposium interne sur l'argent numérique. Se gaussant des volumes d'échanges et soulignant la chute du cours du Bitcoin en 2014, il est prompt à affirmer que la crypto-devise n'a aucun avenir, d'autant plus que, selon lui, les « mineurs » qui permettent au système d'opérer n'auront bientôt plus d'incitation économique à le faire.

Malheureusement, la dernière partie de son raisonnement est fausse (le protocole mis en œuvre garantit que le minage peut rester mécaniquement profitable) et, si elle pouvait être admissible de la part d'un banquier, la méconnaissance du sujet qu'expose cette erreur est impardonnable de la part d'un patron du « digital ». Quant aux secousses que connaît le marché du Bitcoin, quoi de plus normal au vu de sa jeunesse et de sa taille actuelle ? Est-ce une raison suffisante pour rejeter tout son potentiel ?

En réalité, cette attitude démontre avant tout le manque total de vision des acteurs historiques. Dans le cas de Greg Baxter, cet aveuglement ressort nettement quand il déclare que les systèmes de paiement actuels sont déjà très peu coûteux, suggérant de fait qu'une solution alternative n'a aucune chance de survivre. Non seulement il ne réalise pas que ce qui paraît bon marché à la banque ne l'est certainement pas pour ses clients mais il néglige également tous les autres points forts du Bitcoin.

Au moins, l'association des banquiers britanniques (en collaboration avec le conseil des paiements) a une perception plus éclairée de la question lorsqu'elle répond [PDF] à une consultation du gouvernement britannique. Malheureusement, sa position n'est pas très éloignée puisqu'elle considère que les mécanismes en place (surtout le système « Faster Payments ») sont tout aussi performants, en termes de coûts et de rapidité de traitement des transactions (ainsi que de non répudiation).

Coinbase Exchange

En revanche, elle explicite avec force détails les risques encourus à laisser se développer une devise « digitale », si elle n'est pas soumise aux mêmes réglementations et contrôles que les monnaies fiduciaires. Et de conclure que le gouvernement doit imposer des conditions extrêmement strictes aux opérateurs de Bitcoin mais qu'il devrait rester bienveillant à l'égard de la « blockchain » qui constitue le fondement technique de la crypto-monnaie. En filigrane, le document reflète une volonté manifeste de s'approprier les bonnes idées mais de tuer dans l'œuf toute concurrence possible.

Enfin, il existe une catégorie d'institutions financières qui comprennent les enjeux et n'hésitent pas à s'engager concrètement pour ne pas rester à la traîne dans la révolution numérique en cours. Parmi elles, figurent (sans surprise, finalement) l'américaine USAA et l'espagnole BBVA qui, aux côtés de l'opérateur de marché NYSE et de plusieurs fonds de capital risque, participent à un tour d'investissement record de 75 millions de dollars dans la jeune pousse Coinbase. Une première pour des banques !

Il n'est pas question ici d'expérimenter avec la « blokchain » et sa technologie de grand livre comptable distribué, l'objectif est bel et bien de contribuer au développement de la crypto-devise Bitcoin, à travers les différents produits de la startup, porte-monnaie virtuel pour les consommateurs, solution de paiement pour les commerçants, outils pour les développeurs… L'ouverture d'une plate-forme réglementée de change aux États-Unis est une confirmation supplémentaire, s'il était nécessaire, du positionnement de Coinbase.

Incantation et protectionnisme ne sont certainement pas les meilleurs moyens pour les banques d'appréhender l'innovation dont, pourtant, elles se réclament toutes. A minima, elles seraient avisées d'étudier en détail les idées émergentes. Mais non, la plupart d'entre elles continuent de penser que leur supériorité est absolue et éternelle. Pour elles, le Bitcoin est un gadget en comparaison de leurs « vraies » solutions (de celles qui visent une échéance à 10 ans pour déployer un système de paiement « plus rapide »).

Or, comme on l'a vu dans d'autres secteurs économiques, le dédain vis-à-vis des nouveautés disruptives est le plus sûr chemin vers la déroute

vendredi 30 janvier 2015

ZenBanx, la banque des citoyens du monde

ZenBanx
Au cœur de la révolution numérique, le secteur financier est propice à l'émergence d'une nouvelle génération de startups, qui, profitant de la relative facilité avec laquelle il est possible de créer une banque aujourd'hui, viennent attaquer les institutions historiques sur les segments de marché peu ou mal servis par ces dernières.

Une illustration récente de cette tendance nous est donnée par ZenBanx. Imaginée par un ancien PDG d'ING Direct, cette jeune pousse vient de lancer son offre au Canada – en attendant une ouverture prochaine aux États-Unis puis, potentiellement, dans d'autres pays – afin de répondre aux attentes des consommateurs du monde globalisé. Pour ce faire, elle porte la vision de services financiers capables de traverser les frontières aussi facilement et économiquement que cela est désormais possible pour les individus.

En pratique, le compte mobile ZenBanx permet à ses clients de détenir des fonds dans 5 devises différentes, sélectionnées parmi les 9 supportées (dollar américain, canadien et australien, livre sterling, euro, roupie indienne, yen…). L'application pour smartphone qui constitue le cœur de la solution permet d'opérer les transferts internes et, surtout, d'envoyer simplement et à moindre frais (gratuitement à l'intérieur du Canada) de l'argent à des correspondants situés jusqu'à l'autre bout de la planète.

Page d'accueil ZenBanx

Le compte ZenBanx peut être alimenté à tout moment, soit par un dépôt de chèque à distance (il suffit alors d'en prendre une photographie recto-verso), soit, plus prosaïquement, par virement. Pour en faire un peu plus qu'un outil uniquement réservé aux transferts internationaux, les clients peuvent également obtenir une carte de débit. Cependant, celle-ci ne permet pas, à l'heure actuelle, d'accéder aux différentes devises gérées. Par ailleurs, le statut bancaire de l'établissement place les dépôts sous la couverture de la garantie réglementaire canadienne (à hauteur de 100 000 dollars).

En synthèse, l'offre ZenBanx ne propose donc rien d'extraordinaire, mais elle apporte une réponse originale aux besoins des nombreuses personnes qui doivent régulièrement envoyer de l'argent dans le monde entier, enfants qui étudient à l'étranger, famille restée dans le pays d'origine, amis et relations en déplacement… Si, tout de même : bien que qualifiée de startup, il faut noter que la nouvelle venue est en réalité opérée sous l'égide d'une « credit union » tout à fait traditionnelle (dont elle est même une filiale). Les néo-banques ne sont pas l'apanage exclusif de trublions venus de nulle part…

jeudi 29 janvier 2015

En Chine, Big Brother s'appelle Alibaba

Ant Financial
Les nouvelles techniques d'analyse de données suscitent parfois des sueurs froides, tant leurs usages semblent rapidement dépasser les cauchemars les plus fous de George Orwell. Le lancement d'une véritable agence de scoring par le géant chinois du commerce électronique – et, de plus en plus, des services financiersAlibaba soulève une question angoissante : n'aurons-nous bientôt plus aucune vie privée ?

La tendance est esquissée depuis longtemps, avec des startups telles que Kabbage, OnDeck, Kreditech ou Lenddo, qui étudient à la loupe les comportements en ligne des consommateurs et des entrepreneurs pour déterminer leur fiabilité potentielle d'emprunteurs. Des solutions plus récentes, à l'image de Hello Soda, ont depuis commencé à aborder d'autres domaines que le crédit afin, notamment, de lutter contre la fraude dans les jeux en ligne ou l'assurance. Et, visiblement, ce n'est qu'un début.

Fort des plus de 300 millions d'utilisateurs de ses services de e-commerce et des 37 millions de PME qui achètent et vendent leurs produits sur ses différentes plates-formes, Alibaba dispose d'un trésor d'informations (de « big data », ou mégadonnées) qui en fait un candidat naturel à pénétrer ce marché. Sa nouvelle solution Sesame Credit va donc exploiter cette masse de données – en complément d'instruments plus classiques – pour fournir un service de scoring particulièrement riche à toute entreprise intéressée.

Les premières applications envisagées concernent le secteur financier et les millions de personnes et d'entreprises qui, faute d'historique bancaire n'ont pas aujourd'hui accès au crédit. Grâce à l'analyse de leurs achats et ventes sur le web, de leur utilisation de leur porte-monnaie virtuel (Alipay), de leurs habitudes de paiement, de l'évolution de leur profil personnel (stabilité de l'adresse et du numéro de téléphone mobile enregistrés, par exemple), de leurs interactions avec leurs amis et relations…, les algorithmes de la société vont pouvoir suppléer à cette carence et établir un score de crédit fiable.

Cependant, la vision de Sesame Credit va bien au-delà. Le service pourrait être mis à la disposition non seulement d'établissements financiers mais également d'entreprises en tout genre (surtout dans le commerce B2B) qui souhaitent s'assurer de la solidité d'un fournisseur ou d'un client. Pire, ce qui peut réellement inquiéter, ce sont les quelques scénarios d'usage suggérés : contrôle du locataire par le propriétaire d'un logement, vérification des candidats au recrutement… Un test est même en cours sur un site de rencontres, dont l'objectif est de permettre de filtrer les prétendants selon leur score !

Certes, Alibaba insiste sur sa préoccupation constante en matière de protection de la vie privée. Ainsi, les données collectées ne le sont qu'avec l'accord explicite de l'utilisateur, elles sont chiffrées, isolées et soigneusement sécurisées. Surtout, le score de crédit ne peut être partagé avec un tiers qu'après autorisation de la personne ou de l'organisation concernée. Hélas, que vaudra cette garantie lorsque les propriétaires, les employeurs, les entreprises… en exigeront l'accès avant de conclure une transaction ?

Qu'un acteur comme Alibaba développe une activité de scoring est parfaitement logique, car son hégémonie – sur le marché chinois – et sa double activité – dans le commerce de détail et dans les services financiers – lui offrent un avantage exclusif. En revanche, sans même entrer dans le débat de la protection de la vie privée, cette domination écrasante est également ce qui rend la vision de Sesame Credit dangereuse, susceptible de faire de sa solution un instrument obligatoire d'inclusion sociale (plus que financière), générateur de nouvelles formes d'inégalités.

Siège d'Alibaba à Hangzhou

mercredi 28 janvier 2015

Les robots s'emparent de la finance participative

LendingRobot
Il n'est de plus sûr signe de l'arrivée à maturité d'un concept (financier ou autre) que de voir émerger des solutions qui en dérivent. Après la naissance d'un premier comparateur d'offres il y a 2 mois, l'apparition de la plate-forme d'investissement algorithmique LendingRobot confirme donc le statut solide de la finance participative.

Initialement, ses concepteurs ont développé cette technologie pour leurs propres besoins, après avoir constaté que, sous l'effet d'une popularité croissante, y compris parmi les investisseurs institutionnels, les demandes de prêt les plus intéressantes – en termes de rendement et de sécurité potentiels – publiées sur les sites leaders du crowdfunding étaient souscrites en quelques secondes, ne laissant aux particuliers que les miettes du marché. De toute évidence, les professionnels étaient déjà passés à la vitesse supérieure, et à l'automatisation de leurs interventions.

Partant de ce constat, le service de LendingRobot est conçu pour proposer aux particuliers des moyens identiques à ceux des spécialistes et leur redonner ainsi une place dans la course aux « bonnes affaires ». Dans une moindre mesure, notamment parce que Lending Club dispose lui-même d'une option d'investissement automatique (sommaire), son objectif est également de soulager les épargnants de la gestion quotidienne de leur portefeuille, d'autant plus lourde que la diversification est une composante essentielle d'une stratégie de minimisation des risques.

Machine-Based Investing

En pratique, le nouvel inscrit va d'abord fournir ses codes d'accès aux services de crowdfunding sur lesquels il souhaite intervenir (les 2 plus importants, aux États-Unis, sont actuellement supportés : Lending Club et Prosper) puis définir ses critères d'investissement, soit en choisissant parmi les 3 modèles standards de LendingRobot, soit en fixant ses propres règles sur la vingtaine de paramètres disponibles (objet du prêt, popularité, score de risque, qualité évaluée…), auxquels s'ajoute (naturellement) le montant maximal à apporter à chaque opération.

Dès lors, les algorithmes de la startup vont surveiller les sollicitations de prêt au fur et à mesure de leur mise en ligne, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et investir dans celles qui correspondent aux critères de l'utilisateur (si sa réserve de liquidités est suffisante), dans la seconde qui suit leur publication. Un espace privé permet de suivre en permanence l'état du portefeuille et un message quotidien récapitule les opérations réalisées. Le service est rémunéré par une commission directe, à hauteur de 0,45% de la valeur détenue en compte (au-dessus des premiers 10 000 dollars).

La vision de LendingRobot répond probablement à un vrai besoin, pour lequel la croissance actuelle du marché du crowdfunding laisse entrevoir une opportunité sérieuse, même si elle peut paraître marginale aujourd'hui. Dans un tout autre registre, cette initiative illustre avec éclat l'avantage que procure la créativité des acteurs de la « FinTech », lorsqu'ils peuvent développer de nouveaux services basés sur des solutions existantes. Les institutions financières historiques devraient en prendre de la graine…

mardi 27 janvier 2015

Apple Pay : fraude record, les banques accusées

Apple Pay
Lorsque Apple annonçait son porte-monnaie mobile en septembre dernier, une de ses armes de séduction était le surcroît de sécurité qu'il apporte aux paiements, grâce à plusieurs innovations bienvenues. Quelques mois plus tard, il s'avèrerait que, au contraire, la fraude atteigne des niveaux catastrophiques… À qui la faute ?

L'alerte est donnée par un consultant d'Experian, dans son blog « Drop Labs ». Selon lui, tandis que les outils et bonnes pratiques de protection déployés par les émetteurs de cartes leur permettent de limiter les taux de fraude aux alentours de 0,10% (soit 10 cents de perte pour 100 dollars traités), la solution Apple Pay semblait – après un mois d'existence – être beaucoup moins performante (avec un pic identifié jusqu'à 6% !). Pourtant, les observateurs s'attendaient raisonnablement à une amélioration sensible de ces scores, espérant descendre à 0,02 ou 0,03%.

Y aurait-il donc un défaut majeur parmi les précautions mises en œuvre par le constructeur à la pomme ? A priori, non : les faiblesses connues de la lecture d'empreinte digitale TouchID ne sont pas (pour l'instant) exploitées massivement, les interfaces sans contact (NFC) continuent à résister aux attaques vraiment dangereuses, les données stockées sur le téléphone ou sur les serveurs d'Apple sont toujours en sécurité et la « tokenisation » des transactions remplit parfaitement son rôle. En fait, la faille, béante, se situe dans l'enrôlement des nouveaux utilisateurs.

Apple Pay - More Secure Payments

En effet, fidèle à son habitude, Apple a voulu rendre l'expérience la plus simple possible. Pour se lancer, il suffit à l'utilisateur de saisir les informations de sa carte – voire de les capturer via une photographie – puis de fournir le code de sécurité qui se trouve au dos. Malheureusement, le web souterrain regorge de sites sur lesquels il est facile d'acquérir des données complètes, par exemple volées à l'occasion d'une intrusion informatique, qu'il suffit de reporter sur un iPhone 6 pour obtenir immédiatement un moyen de paiement valide, prêt à l'emploi, parfaite réplique virtuelle de la carte originale.

Apple n'est cependant pas le premier coupable, car, réalisant le risque encouru (quoiqu'un peu tardivement), la société a rendu obligatoire une étape supplémentaire d'authentification du porteur, dont elle accompagne la mise en place, mais qui reste (inévitablement) à la charge des émetteurs. Ce sont en fait les procédures de ces derniers – trop faciles à tromper – qui sont directement à blâmer. En particulier, les banques qui ont délégué cette tâche à leurs centres d'appel paraissent être les plus vulnérables, leur méthodes de contrôle d'identité étant déficientes.

Les raisons invoquées pour expliquer cette négligence ont une certaine logique, entre complexité (et les délais subséquents) d'une intégration sécurisée de l'activation dans l'application mobile de la banque et exigence de simplifier l'expérience pour le consommateur (notamment lors de la découverte des nouveautés d'un iPhone tout juste déballé, avant l'installation d'une app quelconque). Hélas, ce sont des arguments qui ne devraient jamais mener à des compromis sur la sécurité. La réalité rattrape aujourd'hui cruellement ceux qui ont oublié ce principe élémentaire.

lundi 26 janvier 2015

Une vision pour la technologie dans la banque

Bank of America
En route pour le Forum Économique Mondial à Davos, Cathy Bessant – directrice des technologies et des opérations de Bank of America – présentait, dans un court texte publié par le site American Banker, une vision pleine de pragmatisme sur le rôle des technologies dans les entreprises, notamment du secteur financier.

Premier point de sa proposition, le DSI ne peut plus se contenter de maîtriser l'informatique. Sa mission a définitivement basculé sur l'écoute et la compréhension des problèmes et besoins des « métiers », dont il devient un véritable partenaire. Son objectif est de leur apporter une réponse pertinente grâce aux outils dont il dispose. Si la technologie est le cœur de l'activité, elle doit impérativement se mettre au service des clients et non rester tournée vers elle-même comme il arrive encore trop souvent.

Dans la même logique, il serait temps (enfin !) d'arrêter de croire aux solutions magiques, une étrange maladie qui touche tant de responsables (informatiques ou métier), répétant sans arrêt les mêmes erreurs en dépit d'expériences malheureuses. Les solutions auxquelles nous avons accès aujourd'hui sont extraordinaires mais elles n'apportent de valeur que si elles sont appliquées à la satisfaction d'un besoin réel, à l'amélioration du service rendu aux clients, à la simplification des processus…

Déclinée sur les « big data », cette recommandation se traduit plus concrètement par l'impératif de faire la part, clairement, entre les usages des données qui peuvent paraître intéressants et ceux qui ont un impact opérationnel avéré. Les excès de focalisation sur la théorie conduisent trop facilement à une dispersion des efforts, dont les résultats seront alors bien peu productifs. Le raisonnement est identique pour le « cloud computing » : la priorité du DSI est d'offrir une infrastructure agile, permettant aux créatifs de s'exprimer et de développer leurs idées dans les meilleures conditions.

Enfin, en reprenant un peu de recul, Cathy Bessant voit le monde numérique devenir chaque jour plus complexe. Elle suggère donc que l'innovation est un instrument critique qui doit servir à contrebalancer cette tendance, en rendant la complexité simple à appréhender (et en la faisant oublier). Foin de gadgets brillants plus ou moins utiles ! La première cible à atteindre est de rendre la vie quotidienne – des clients, naturellement, mais également des collaborateurs – plus facile !

A leur lecture, ces 5 conseils peuvent sembler triviaux. Pourtant, combien de DSI et autres dirigeants, dans les institutions financières et ailleurs, sont encore coupables des travers qu'ils font ressortir en négatif ? Quelles entreprises peuvent se vanter de posséder une vision aussi claire et pragmatique pour leur stratégie « digitale » ?

Cathy Bessant (Bank of America)

dimanche 25 janvier 2015

Épargne locale et transparente au Crédit Coopératif

Crédit Coopératif
Parce que la troisième révolution industrielle, qui se déroule sous nos yeux, impose de nouvelles manières d'appréhender les grandes questions économiques et sociales, le Crédit Coopératif et la Chambre de Commerce et d'Industrie Nord de France lancent un livret d'épargne [PDF] original, fondé sur la proximité et la transparence.

La période que nous vivons actuellement voit la convergence d'une transformation irrémédiable de nos modèles de gestion de l'énergie (notamment pour des raisons environnementales) et de l'émergence d'un univers numérique ultra-connecté et dominé par les technologies, justifiant la caractérisation de troisième révolution industrielle. Afin d'accompagner au mieux cette transition, il faut donner aux entreprises (historiques ou naissantes) les moyens de réaliser leur mutation dans les meilleures conditions.

Il s'agit précisément de l'ambition de la CCI Nord de France. Cependant, un tel programme doit lui-même s'inscrire dans une approche adaptée aux nouvelles exigences du monde numérique. C'est la raison pour laquelle le Crédit Coopératif a choisi d'adopter les « codes » du crowdfunding avec le livret « Troisième Révolution Industrielle » qu'il a conçu dans le but de porter cette vision, aux côtés d'autres modes de financement, plus classiques. La banque parvient même à dépasser les pionniers, par certains aspects !

Au premier abord, le produit proposé aux consommateurs et aux associations (qui représentent une clientèle privilégiée de l'établissement) n'est pas particulièrement attractif, avec un taux de rémunération modeste (1,75% sur les 1 500 premiers euros, puis 0,8% au-delà). En réalité, sa véritable valeur est dans l'engagement citoyen que constitue cette épargne, qui sert exclusivement à financer – à des conditions avantageuses – des initiatives locales dans des domaines tels que l'efficacité énergétique, la construction durable ou l'économie circulaire.

Livret Troisième Révolution Industrielle

Mais ceci ne suffit pas à faire du livret du Crédit Coopératif une offre distinctive, en comparaison des quelques solutions concurrentes existantes (par exemple dans les Caisses d'Épargne). En l'occurrence, l'institution franchit un pas supplémentaire important en matière de transparence. En effet, si le client n'a pas le loisir – comme sur une plate-forme de crowdfunding – de sélectionner lui-même les projets qu'il souhaite financer, il recevra régulièrement une information détaillée sur ceux qui seront retenus et il aura l'opportunité d'en rencontrer les responsables, à l'occasion d'événements annuels.

Le livret « Troisième Révolution Industrielle » peut donc être considéré comme un véritable produit de finance participative, grâce auxquels les épargnants choisissent d'agir concrètement pour l'économie (d'avenir) de leur région et d'en suivre les évolutions au plus près, dans la durée. Ils bénéficient de surcroît d'une garantie totale sur leurs dépôts – qui restent entièrement disponibles, incidemment – et d'une relation de proximité exceptionnelle avec les porteurs des projets auxquels ils contribuent.

La valeur de la démarche n'a pas échappé à un observateur éclairé : le célèbre économiste Jeremy Rifkin en personne en a honoré le lancement de sa présence et ne tarit pas d'éloges à son égard. Et elle démontre brillamment que les startups du crowdfunding n'ont pas l'exclusivité de l'innovation : les banques traditionnelles (pour autant que le Crédit Coopératif puisse être ainsi qualifié) sont également capables de créer les solutions qui répondent aux attentes de notre monde en mutation.

samedi 24 janvier 2015

La résurrection de Microsoft ?

Microsoft
Depuis quelques mois, beaucoup d'observateurs commencent à considérer que Microsoft vit actuellement un moment décisif de son histoire, qui verra l'éditeur entrer dans une phase de lent déclin ou, au contraire, rebondir dans le monde numérique moderne. La présentation de ses nouveautés pour 2015 permet-elle d'affiner le pronostic ?

Pour le savoir, examinons en détail le contenu des annonces, en passant en revue, successivement, Windows 10, Surface Hub et HoloLens (la vraie surprise du lot), les 3 composantes qui feront l'avenir de l'entreprise selon son patron, Satya Nadella. Sans totalement déflorer le sujet, précisons d'emblée que l'enthousiasme quasi-généralisé de la presse et des analystes (par exemple de Forrester) ne semble pas entièrement justifié et qu'un regard critique n'est peut-être pas inutile…

Windows constitue le socle essentiel du modèle économique de Microsoft, aussi, après l'échec – désormais avéré – des versions 8 et 8.1, la prochaine itération représente-t-elle un enjeu absolument décisif : si Windows 10 ne séduit pas les entreprises et les particuliers, la survie deviendra problématique. Alors, quels sont les arguments mis en avant pour réussir ce pari ? Une série d'évolutions plutôt mineures, une expérience utilisateur similaire sur tous les appareils et la gratuité. Sérieusement ?

Je n'ai pas réalisé d'enquête scientifique sur le sujet, mais, apparemment, la plupart des réfractaires aux récentes moutures du système d'exploitation lui reprochent son interface déroutante. Ce n'est certainement pas en restaurant le menu « démarrer » et en corrigeant (enfin !) quelques défauts sur celle-ci que ce sentiment va évoluer en profondeur. Le nouveau navigateur web, qui, pour l'essentiel, essaie de faire oublier les plaisanteries éculées à propos d'Internet Explorer et revient tout juste au niveau de la concurrence, risque de ne pas être plus convaincant.

Un seul système d'exploitation et une expérience unifiée pour tous les écrans (PC, tablette, smartphone, internet des objets et même la console de jeux Xbox) ? Après tant de tentatives – toutes soldées par des échecs – avec une telle stratégie, il est incompréhensible qu'elle puisse encore être élargie ! Le message est pourtant clair : les utilisateurs n'ont que faire d'une expérience identique, ils demandent avant tout des outils simples, optimisés pour chaque appareil et son contexte d'usage. En la matière, Apple donne l'exemple…

Avec une pointe de cynisme, on pourrait dire que Microsoft ne croit pas beaucoup à sa solution puisque la mise à jour sera offerte gratuitement pendant un an (et probablement au-delà). Certes, il s'agit là d'un moyen d'inciter les consommateurs à donner une chance à un système différent, devant lequel ils hésitent. Mais le geste n'est-il pas désespéré ? En tout état de cause, il ne facilitera pas la migration dans les entreprises, pour lesquelles le coût du changement restera un frein majeur.

Microsoft HoloLens

Vient ensuite Surface Hub, dont le nom est déjà presque synonyme de flop ! Au début, il y a eu la table Surface, définitivement perdue pour la postérité, suivie par la tablette, dont les ventes ne sont pas florissantes, dans un marché global qui serait, au mieux, stagnant. Cette fois, c'est une combinaison de tableau blanc numérique, d'écran interactif et d'interface de visioconférence qui reprend le flambeau du nom maudit. Un produit techniquement intéressant, visiblement, même s'il n'a rien de révolutionnaire.

Mais que diable vient faire Microsoft dans une telle niche ? Alors même qu'une bonne partie de ses aventures dans le matériel n'a jamais donné de résultats probants, qui peut croire à ses chances de s'imposer dans un domaine où les acteurs spécialisés sont nombreux et sont déjà bien implantés chez les utilisateurs potentiels de ce genre de systèmes (destinés à des usages professionnels) ?

Enfin, il reste HoloLens et le soi-disant avenir holographique de Windows 10 (il n'y a, en effet, pas le moindre soupçon d'holographie dans la technologie en question). Chaussez une paire de lunettes et évoluez dans l'univers enrichi qui se présente devant vous, intégrant objets virtuels dans le réel (celui-ci étant visible directement, en transparence). Voici donc un concept de réalité augmentée (tel qu'il existe depuis des années, par exemple chez Total Immersion), auquel s'ajoutent des capacités d'interaction inédites.

En inventant un mode radicalement nouveau d'interaction homme-machine, l'idée est extrêmement ambitieuse et c'est ici la capacité (historiquement déficiente) de Microsoft à créer un marché qui soulève question. D'autant que son produit ne va résolument pas dans le sens des tendances du moment – avec une vocation « portable » mais pas « mobile » – et que sa proposition de valeur, focalisée d'abord sur quelques applications (notamment professionnelles et ludiques), ne laisse pas particulièrement entrevoir l'émergence d'un besoin universel.

Conclusion ? Entre un Windows qui tente de corriger ses erreurs passées et s'enfonce dans une dangereuse logique multi-appareils, un OVNI en forme de tableau blanc interactif et une paire de lunettes au destin au mieux lointain, il subsiste un trou béant dans la stratégie, du côté du mobile et des objets connectés. Car le système qui est promis à ces équipements n'évolue pas significativement, alors qu'il peine clairement à s'imposer (une grande banque américaine abandonnant son application pour Windows Phone est un signe qui ne trompe pas).

L'avenir de Microsoft repose aujourd'hui sur des paris très risqués. Il est difficile de voir HoloLens comme la voie de la rédemption, tandis que Windows 10 pourrait lui faire perdre encore un peu plus de parts de marché : que restera-t-il alors ?

vendredi 23 janvier 2015

Hello Soda s'attaque aux agences de scoring

Hello Soda
Les nouvelles méthodes d'analyse de données combinées à la profusion d'information que produit le monde numérique moderne ont fait naître un véritable écosystème autour du risque de défaut sur les crédits. Une jeune pousse britannique, Hello Soda, veut maintenant créer une agence de scoring universel, en exploitant la même approche.

L'idée d'appliquer les pratiques des « big data » afin d'estimer la fiabilité des emprunteurs n'est pas nouvelle. Elle est au cœur des modèles opérationnels de plusieurs startups spécialisées, telles que Kreditech ou Lenddo, pour n'en citer que deux des plus connues. Leur principe de fonctionnement consiste à explorer le web public  – dont, en particulier, les médias sociaux – et en extraire toutes les données disponibles, structurées ou non, sur la personne à « noter ». Des algorithmes propriétaires déterminent alors sa « fiabilité » en analysant cette masse d'information.

Dans le cas de Hello Soda, ce sont plus de 13 000 sources différentes qui seraient exploitées, dans sa solution phare « Profile ». Sur cette gigantesque base, elle met en œuvre une vaste panoplie de disciplines, des réseaux Bayésiens à la psycho-linguistique, en passant par le traitement du langage naturel (afin d'extraire le sens d'un texte), l'apprentissage automatique (qui lui permet de continuellement progresser et devenir toujours plus précise et plus efficace) ou encore des techniques d'intelligence artificielle. Le résultat est un profil personnel, utilisable dans de multiples circonstances.

Hello Soda - Profile

Car il s'agit là de la principale spécificité de Hello Soda par rapport à ses consœurs : le scoring de crédit n'est que l'une des facettes de sa proposition de valeur, parmi d'autres. Ses cibles privilégiées s'étendent aussi au secteur de l'assurance, voire aux jeux en ligne, auxquels elle offre ses services, de détection de fraude, de connaissance du client, de vérification de la solvabilité… En fait, sa plate-forme, accessible dans le cloud, est capable de fournir des informations de toutes sortes sur les consommateurs.

En l'espèce, les promesses de la startup sont tellement détaillées qu'elles ont de quoi inquiéter : la vérification de l'adresse, de l'âge, de l'emploi déclaré… et la détection de comptes factices sur les réseaux sociaux ne sont qu'une petite partie de ses capacités. Ainsi, elle se dit également capable d'identifier les centres d'intérêt et les activités des internautes à travers leurs écrits, repérer les événements importants de leur vie (mariage, naissance, promotion, déménagement…), sélectionner les meilleurs moments pour leur envoyer une promotion parfaitement personnalisée…

Bien sûr, nous savions déjà (n'est-ce-pas ?) que les champions de l'analyse de données étaient susceptibles de tout connaître de notre vie, grâce aux traces numériques que nous laissons partout sur le web. Il est certainement encore plus dérangeant de voir ces algorithmes indiscrets mis à la disposition de toute entreprise intéressée par notre personnalité intime. En dépit de ses vertus pour sa cible de clientèle, la solution de Hello Soda est peut-être en train d'atteindre (et dépasser) une frontière à ne pas franchir.

En parallèle, Lenddo vient tout juste d'annoncer la commercialisation de son moteur de scoring et de vérification d'identité auprès des banques (un de ses premiers clients est Banko, aux Philippines), organismes de crédit et autres places de marché en ligne du monde entier. Un nouveau modèle est donc en train de se créer…

jeudi 22 janvier 2015

Groupama Banque parie sur le crowdfunding

Groupama Banque
Dix ans après son invention, le « crowdfunding » s'affirme progressivement comme un instrument incontournable du secteur financier. En devenant la première institution française à adopter ce modèle à grande échelle (avec la jeune pousse Unilend), Groupama Banque renforce aujourd'hui cette tendance dans l'hexagone.

L'annonce est en effet significative, puisque la filiale de l'assureur mutualiste déclare vouloir investir 100 millions d'euros sur les 4 années à venir, somme qui sera destinée à contribuer au financement des projets exposés par les entrepreneurs sur la plate-forme d'Unilend. Rappelons que cette dernière offre une solution de crédit P2P (de « pair à pair ») aux petites et moyennes entreprises, pour des montants pouvant atteindre 250 000 euros. La banque participera donc aux prêts accordés aux sociétés demandeuses, aux côtés des particuliers qui constituent la cible initiale de la startup.

Par rapport au concept original de « crowdfunding », il s'agit de fait d'une transition vers une approche hybride, où le grand public et des institutionnels se répartissent les opportunités d'investissement. Une telle évolution a déjà été opérée par quelques poids-lourds de la finance participative, au point de pouvoir même affirmer que Lending Club lui doit l'essentiel de son succès. La raison en est simplement l'effet d'échelle que représente l'intervention d'entreprises au portefeuille bien garni (il suffit de comparer les 100 millions promis aux 7,5 millions prêtés à ce jour par Unilend).

Partenariat Groupama Banque - Unilend

La preuve est ainsi apportée, comme le souligne Groupama Banque, que le « crowdfunding » ne doit pas nécessairement être perçu comme une menace (ou une nouvelle concurrence) par les établissements traditionnels et qu'une stratégie de partenariat est non seulement viable mais probablement bénéfique pour toutes les parties : les fonds mis à disposition des entrepreneurs sont plus importants, la startup atteindra plus rapidement un volume critique (et son point d'équilibre), tandis que la banque s'ouvre à un marché qu'elle ne sait pas adresser seule.

Sur cet aspect spécifique, il faut d'ailleurs souligner la lucidité de Groupama, qui reconnaît implicitement à travers cet accord la valeur du modèle de la finance participative et sa propre incapacité à le reproduire efficacement, malgré son expérience du crédit. La démarche pourrait encore être prolongée, comme le suggère l'exemple tout frais de RBS au Royaume-Uni (certes fortement stimulé par les menaces réglementaires), en intégrant les prêts P2P d'Unilend aux solutions de financement offertes aux entreprises, en particulier lorsque leurs demandes « classiques » sont rejetées.

Ce premier partenariat sera-t-il suivi par d'autres ? Il est assez logique pour un établissement de taille moyenne de choisir cette voie pour son développement car, ses capacités d'investissement étant relativement limitées, il est plus enclin à combiner ses forces avec d'autres acteurs. Cependant, pour des raisons différentes, les grands groupes auraient tout intérêt à copier son exemple : selon une analyse publiée par The Economist, la différence de coûts entre Lending Club et les banques montre l'impossibilité structurelle pour les secondes de se lancer profitablement dans ce genre d'activité.