C'est pas mon idée !

mardi 3 mars 2015

M-paiement : quand la banque donne l'exemple

Wintrust Financial
À l'issue de presque 2 ans d'expérimentation, le petit établissement communautaire américain Wintrust Financial a récemment généralisé son service de retrait d'argent sur GAB par smartphone. A priori, rien de très original dans ce déploiement, de nombreux autres l'ayant précédé. Les motivations de cette innovation sont ici plus intéressantes.

Le principe de fonctionnement du dispositif est relativement classique. Au sein de son application de banque mobile habituelle, et après authentification, le client prépare sa transaction, choisissant l'automate et le montant de son retrait. Une fois devant l'appareil, il sélectionne l'option ad hoc et il ne lui reste qu'à capturer avec son téléphone le QR code affiché à l'écran pour finaliser l'opération et obtenir la somme désirée.

La phase de test a été particulièrement longue car la petite banque, constamment obsédée par la qualité de service, souhaitait s'assurer que la nouvelle fonction était bien accueillie par ses clients et ne serait pas qu'un gadget technologique finalement inutile. En l'occurrence, le succès est au rendez-vous : bien que le scepticisme prédomine parmi les réactions initiales, l'utilisation effective du service remporte rapidement l'adhésion – voire l'enthousiasme – et, ce, à travers toutes les générations.

Retrait par mobile

Or, dans la stratégie de Wintrust Financial, cette « victoire » n'est pas une fin en soi, puisqu'elle procède d'une vision globale autour d'un futur porte-monnaie mobile universel. En partant du postulat que les paiements par smartphone sont inéluctables, même s'il faut encore attendre des années avant leur avènement, l'établissement veut à la fois en démontrer au plus tôt les bénéfices à ses clients particuliers et prouver aux commerçants que les consommateurs sont prêts à les adopter.

Le paiement mobile est depuis toujours handicapé par cette équation insoluble : le grand public n'adopte pas le porte-monnaie virtuel faute d'acceptation dans ses boutiques préférées, tandis que les marchands ne s'équipent pas tant qu'ils ne voient pas suffisamment de demande de la part de leurs clients. Ce que souligne l'initiative de Wintrust, c'est que les banques, qui font partie des premières intéressées au développement de ces solutions, ont au moins un levier susceptible de faire pencher la balance, avec leurs réseaux de GAB.

Lorsque la revue American Banker présente ce cas, elle met d'abord l'accent sur les opportunités que savent saisir quelques petites banques face à leurs concurrentes géantes, aux ressources quasiment infinies. Ne pourrait-on tenter un parallèle avec la situation actuelle des institutions financières françaises (ou européennes) qui peuvent s'attendre à un débarquement imminent d'Apple Pay (et de quelques autres, si tout va bien) ? N'auraient-elles pas maintenant une occasion unique de prendre les devants ?

lundi 2 mars 2015

Le débat sur les agences bancaires s'enflamme

Wells Fargo
Entre les banques qui commencent à réduire drastiquement leurs réseaux d'agences et celles qui, au contraire, poursuivent l'extension du leur, les analystes développent des arguments en faveur des unes ou des autres. À ce stade, une seule certitude dans ce débat : celles qui s'égarent le paieront un jour (prochain ?) très cher…

S'il est vrai que le sujet reste discret en France, il prend actuellement une tournure d'affrontement aux États-Unis et au Royaume-Uni, où les tenants de chaque camp rivalisent de communiqués et de déclarations. De l'autre côté de la Manche, quel cas est plus représentatif que celui de Lloyds, annonçant la clôture de 150 points de vente, tandis que son ancienne filiale TSB réaffirme son intention d'en ouvrir de nouveaux ? En Amérique, Wells Fargo défendait encore récemment son réseau bec et ongles pendant que JP Morgan Chase planifiait 300 fermetures.

Au départ, toutes les banques sont pourtant d'accord sur un fait incontestable : les canaux numériques – web et, surtout, mobile – deviennent prépondérants dans les usages quotidiens des consommateurs. Ensuite, les réactions à ce constat divergent, entre celles qui concentrent leurs efforts sur la transition vers une relation majoritairement à distance et celles qui restent convaincues que leurs agences sont essentielles à leur modèle et qu'elles ne sont en aucun cas menacées.

Cette dernière position peut tout de même surprendre lorsqu'on découvre l'évolution de la fréquentation au cours de la décennie qui vient de s'écouler : même si les études officielles restent souvent muettes sur le sujet, les estimations suggèrent que la tendance est aujourd'hui à environ 2 visites par client par an (même Wells Fargo, dans son argumentaire, ne prétend pas à plus). En comparaison de l'époque, pas si lointaine où ce chiffre représentait le nombre de contacts mensuels, il est clair qu'un ajustement de stratégie est nécessaire !

Or, la seule concession que font les inconditionnels du réseau à cette transformation fondamentale du monde est que la relation en face à face doit privilégier le conseil, laissant les transactions aux outils de libre service. De son côté, la FDIC persiste à penser que si la densité d'agences a diminué ces dernières années aux États-Unis, il faut y voir l'effet de la crise et non d'un changement des comportements. Mais qui peut croire qu'une réduction de 90% du trafic peut être supportée durablement, à périmètre constant, alors que, en parallèle, rien n'indique une évolution sensible des opérations traitées ?

Pas Brett King, en tous cas, qui souligne justement cette incohérence. Il établit pour cela un parallèle saisissant avec l'univers du livre : pendant quelques années après l'apparition d'Amazon (et consorts), le nombre de librairies continuait à progresser, laissant croire que l'impact d'Internet était nul. Jusqu'à ce que la réalité économique prenne le dessus et que les ventes aient tellement chuté que la plupart d'entre elles ne soient plus viables. Elles ont maintenant presque toutes disparu, pour toujours.

Dans la banque aussi, la situation ne pourra qu'empirer. Car, comme le précise Bob Meara (Celent), le secteur financier est l'un des derniers à n'avoir (quasiment) investi l'espace numérique que pour la gestion de transactions, négligeant totalement les opportunités de vente de produits et services. Lorsque ces possibilités seront enfin intégrées, généralisées et aisément accessibles dans les applications web et mobiles, le « conseil » en agence perdra encore irrémédiablement de son attrait.

Ce n'est certainement pas l'accompagnement par le banquier dans l'utilisation d'une app ou d'un GAB (un argument de Wells Fargo, qui frise l'absurde en 2015) qui fera changer d'avis le consommateur. Pas plus que les distributeurs de friandises qu'installe la Sberbank, en Russie, pour faire patienter les enfants pendant que leurs parents réalisent leurs opérations ! Que l'on croie ou non à une disparition des agences, à plus ou moins long terme, il devient difficile de lutter contre la pression en faveur d'une réduction majeure de la densité des réseaux actuels…

dimanche 1 mars 2015

Caisse d'Épargne, de l'écureuil au Koala

Caisse d'Épargne
Il y a bien longtemps, la Caisse d'Épargne jouissait d'un quasi-monopole sur l'épargne des enfants, à tel point que ses représentants passaient régulièrement dans les écoles pour collecter les fonds (souvent quelques pièces) que les parents confiaient à leur progéniture afin de les déposer sur leur livret A (souvenirs, souvenirs…).

Aujourd'hui, les produits financiers destinés aux plus jeunes, largement diversifiés, se sont répandus dans toutes les banques, stimulant une concurrence de plus en plus rude, et il faut donc trouver de nouveaux moyens de conquérir une clientèle particulièrement attractive par son potentiel de fidélisation. Dans ce but, la Caisse d'Épargne d'Ile de France a choisi de s'associer avec Capital Koala, dont elle devient désormais le partenaire (apparemment) exclusif.

Pour mémoire, l'idée de base de cette jeune pousse française est de faire bénéficier les consommateurs de réductions sur leurs achats en ligne, auprès de plus de 1 500 commerçants (dont de grandes enseignes : Amazon, Carrefour, FNAC, Voyages SNCF…). Cependant, au lieu de leur « rendre » directement l'argent ainsi économisé, Capital Koala le dépose sur le compte d'épargne préalablement ouvert au nom de leurs enfants. Et il s'agit donc maintenant d'un livret A détenu à la Caisse d'Épargne.

Offre Capital Koala - Caisse d'Épargne

Après l'ouverture à la concurrence (en 2009) et à l'heure d'une tendance à une désaffection prolongée, la banque trouve là un moyen original d'inciter à l'ouverture de livrets, au sein d'une (rare) population non équipée. De plus, dans la durée, l'alimentation régulière, même avec les petites sommes que permettent d'économiser les promotions de Capital Koala, représente également une opportunité de maintenir la notoriété des « marques » Livret A et Caisse d'Épargne chez les clients.

Pour la startup, ce partenariat fait suite à des accord successifs avec Monabanq, ING Direct et LCL, qui semblent avoir disparu de son offre. Cette instabilité laisse hélas planer un doute sur son modèle qui, en dépit de sa valeur intrinsèque, pourrait avoir de sérieuses difficultés à trouver une viabilité économique (basée, pour l'instant, sur des commissions de référencement à l'ouverture de compte). Un constat qui confirmerait que le concept de Capital Koala aurait peut-être plus sa place dans une banque…

samedi 28 février 2015

L'agenda numérique de la Banque d'Angleterre

Banque d'Angleterre
Il y a quelques jours, la Banque d'Angleterre dévoilait son agenda de recherche qui, dans une approche ouverte elle-même innovante, définit 5 thèmes d'exploration prioritaires. Parmi ceux-ci, les technologies, notamment les « big data » et les crypto-devises, occupent une place de choix, aux côtés de sujets purement économiques.

Dans le domaine de l'information, tout d'abord, l'institution reconnaît les opportunités extraordinaires que représentent les innombrables sources de données disponibles aujourd'hui – en son sein comme à l'extérieur, entre autres sur les réseaux sociaux – et les outils permettant d'exploiter cette richesse colossale. Dans son domaine, elle estime en particulier que l'échelle de granularité accessible (parfois jusqu'au niveau élémentaire, tels que les dossiers de prêt individuels) ouvre la perspective d'application de techniques micro-économiques à l'analyse de grandes tendances.

Les possibilités pourraient être immenses, dans les études de consommation (par exemple en vue de mieux comprendre l'impact d'un changement de taux d'intérêt sur le comportement des ménages) ou de l'activité des entreprises, mais également sur les marchés financiers, eux-mêmes générateurs d'immenses volumes de données. L'idée de mieux évaluer les risques et de pouvoir conduire des « stress tests » plus représentatifs des conditions réelles (et de l'environnement international) sont certainement attractifs pour la banque centrale.

En abordant cette nouvelle discipline, qu'elle expérimente depuis quelques temps, la Banque d'Angleterre sait reconnaître ses limites et adopte donc une position d'ouverture, digne d'éloges. Dans cette logique, elle publie quelques-uns de ses jeux de données et invite toutes les personnes intéressées à les exploiter pour l'aider dans ses recherches. Un défi – doté d'un prix de 5 000 £ – est même lancé afin de concevoir de nouvelles formes de représentation capables de stimuler les découvertes.

Banque d'Angleterre

Dans un registre différent, quoique intimement lié à l'analyse de données, la banque centrale veut également mesurer les impacts sur son activité des profondes transformations qui affectent le monde. Elle s'intéresse à l'évolution démographique ainsi que, de manière appuyée, au changement climatique, notant leurs implications importantes pour le secteur de l'assurance ou, plus globalement, pour l'économie. Et, naturellement, les innovations technologiques font aussi partie du lot.

Deux domaines attirent ici l'attention de l'institution : le crédit et les paiements. Le premier fait écho à l'extraordinaire développement de la finance participative dans le pays, tandis que le second est tiré par la popularité croissante des crypto-devises, Bitcoin en tête. Bien entendu (l'ouverture d'esprit à des limites !), cette dernière est immédiatement écartée (arguant de vices économiques fondamentaux) mais la réflexion sur la technologie sous-jacente (le « blockchain ») est poussée relativement loin.

La banque centrale s'interroge ainsi sur l'opportunité d'adopter ces mécanismes pour l'émission de sa propre monnaie numérique. Elle imagine différents scénarios, depuis un usage confiné aux échanges interbancaires jusqu'à une diffusion dans le grand public, tout en essayant d'envisager tous les défis auxquels une telle hypothèse devrait répondre, en termes de réglementation et de lutte contre la fraude, d'impact sur le système bancaire (qui serait plus ou moins désintermédié), de mise en œuvre technique…

Pour la Banque d'Angleterre, il est évidemment crucial d'appréhender les évolutions du monde et de préparer son avenir en conséquence, qu'il s'agissent de moyens capables de l'aider à remplir sa mission ou de concepts susceptibles de remettre en question son rôle. Toutes les institutions financières pourraient s'inspirer de cette attitude et commencer à réfléchir à ce que deviendront leurs différents métiers dans quelques années…

vendredi 27 février 2015

Trōv stimule la souscription d'assurance

Trōv
En dehors des assurances obligatoires (pour l'automobile ou l'habitation), les consommateurs sont généralement peu enclins à souscrire des garanties complémentaires pour leurs biens personnels et, lorsqu'ils le font, ils sont démunis au moment d'en déterminer la valeur. Trōv apporte une réponse originale à ces deux défis.

Reposant exclusivement sur une application mobile, le service développé par la startup cherche à toucher une corde sensible chez ses utilisateurs : le porte-monnaie. Il leur propose en effet de constituer un inventaire complet des biens qu'ils possèdent (immobilier, meubles, électronique, objets précieux…) et d'en évaluer la valeur (constamment actualisée) – individuelle, globale et par grandes catégories. Armé de cette information, le propriétaire va ensuite se voir suggérer des pistes d'optimisation dans l'exploitation de son patrimoine.

Il pourra s'agir, par exemple, de mettre en vente les appareils « abandonnés » ou de profiter des possibilités de l'économie de partage. Plus intéressant, grâce à un partenariat signé avec deux compagnies de premier ordre (non nommées, mais vraisemblablement britannique et australienne, respectivement, selon PandoDaily), une autre option permettra prochainement de souscrire une assurance directement depuis l'application, avec la certitude de bénéficier d'une garantie adaptée.

Outre la visibilité offerte sur la valeur des biens et son évolution avec le temps, les diverses actions disponibles représentent des facteurs importants d'incitation à l'utilisation régulière de l'application. Mais, surtout, son adoption est rendue particulièrement facile, voire ludique, avec plusieurs moyens techniques simplifiant l'enregistrement des données nécessaires : reconnaissance à partir d'une photographie, envoi de reçu d'achat par mail, numérisation de code barre, ou encore via un puissant moteur de recherche.

Trōv sur mobile

L'approche retenue procure donc aux compagnies d'assurance au moins deux nouvelles opportunités de contact avec les mobinautes : la première concernera la souscription d'un contrat – dans des conditions optimales – et la seconde, plus récurrente, surgira lors de changements importants intervenant dans la situation du client. Enfin, les données enregistrées peuvent également apporter un surcroît de confort et de confiance – ainsi que, par conséquent, de satisfaction – lors d'une déclaration de sinistre.

La plupart des assureurs invitent les consommateurs à tenir un inventaire de leur patrimoine mais ils sont bien peu nombreux à les y aider : quelques-uns leur fournissent tout au plus un modèle de document à remplir et une poignée seulement met à leur disposition une application dédiée. Pourtant, l'exemple de Trōv (qui pourrait être aisément répliqué en France, avec un acteur tel que CBien) montre comment un service de ce genre, positionné en amont de l'entrée en relation, peut devenir une composante utile dans une stratégie de promotion de l'engagement client.

jeudi 26 février 2015

Trivial et génial, le contact par SMS !

TD Bank
Les banques s'emparent successivement de toutes les technologies en vogue pour offrir à leurs clients de nouveaux moyens de contacter un conseiller, en tout lieu et à tout moment : téléphone, courriel, tchat, visioconférence, Facebook, Twitter… Il en est pourtant un qui, étonnamment, semble souvent manquer à l'appel : le SMS !

Bien sûr, les solutions automatisées de consultation de comptes – voire d'exécution de transactions basiques – par texto existent de longue date, en particulier dans les pays émergents. Mais, apparemment, poser une question à un banquier ne fait (presque ?) jamais partie des options disponibles ! En lançant ce service au Canada, TD Bank peut ainsi se vanter d'être la seule à l'offrir dans le pays (et si ce n'est pas une première mondiale, elle pourrait au moins revendiquer le titre dans bien d'autres régions).

Le fonctionnement en est (évidemment) d'une simplicité enfantine : il suffit d'envoyer le texte de sa demande au numéro court attribué au service (« TDHELP ») pour obtenir une réponse immédiate (sur des horaires élargis). Sans surprise, seules des questions élémentaires et génériques peuvent être traitées de la sorte, entre recherche d'un GAB ou d'une agence, information sur un produit ou besoin d'aide à l'utilisation d'une application, par exemple. Dans tous les cas, si un échange plus complet est nécessaire, un appel téléphonique est suggéré.

Contact par SMS

Préalablement à sa généralisation ce mois-ci, le service avait été introduit, sous la forme d'un pilote, à l'automne dernier. Les bons résultats observés jusqu'à maintenant incitent la banque à considérer que le SMS peut devenir une composante clé de sa stratégie de relation client. Et quoi d'étonnant à cela ? Bien que médias sociaux et apps mobiles occupent le devant de la scène et que circulent les prédictions de baisse de trafic (notamment chez les jeunes), les textos, universels et peu coûteux, continuent à bénéficier des faveurs du public, en masse, toutes générations confondues.

Pour TD Bank, il s'agit également d'une excellente opportunité de rationaliser ses moyens. Il est en effet beaucoup plus efficace et productif de traiter par messages textuels que par téléphone les questions simples, qui, très probablement, représentent aujourd'hui une proportion significative des appels au centre de contact. Dans de nombreux cas, des outils de support par tchat ou par Twitter sont déjà mis en œuvre pour ces besoins, mais leur usage est encore bien loin d'être aussi répandu que le SMS…

Il aura donc fallu attendre 30 ans (depuis sa naissance) pour que ce canal – à la popularité pourtant imbattable – fasse son entrée dans la panoplie des solutions de communication des banques…

mercredi 25 février 2015

L'or de Vaultoro garantit les Bitcoins

Beaucoup d'adeptes du Bitcoin aimeraient en faire un véritable substitut aux monnaies fiduciaires, mais son extrême volatilité rend la proposition pour le moins risquée. La jeune pousse londonienne Vaultoro met à leur disposition une solution originale et sans compromis, basée sur la relative stabilité des cours de l'or.

Un des principaux freins à une plus grande diffusion de la crypto-monnaie auprès du grand public est que, en dépit de son acceptation par un nombre croissant de commerçants à travers le monde, la détention d'un porte-monnaie en Bitcoin est un pari dangereux alors que sa valeur peut enregistrer des variations importantes en quelques jours – voire quelques heures – au gré de l'actualité (une interdiction en Chine ou la vente du trésor de Silk Road par le FBI, peut-être ?) ou de spéculations en tout genre.

C'est pourquoi, aujourd'hui, les transactions sont souvent conduites à travers une plate-forme de change (par exemple celle de Paymium, en France), avec une conversion instantanée en Bitcoin, du côté de l'acheteur comme du vendeur, chacun souhaitant éviter le risque d'une dévaluation rapide. Hélas, si cette approche permet de réduire le coût des transferts, elle continue à exploiter, aux « extrémités » de la chaîne, des transactions bancaires classiques que, justement, la crypto-monnaie visait à éradiquer…

En réalité, la solution de Vaultoro ne fonctionne pas différemment. Simplement, en faisant reposer sa plate-forme de change sur un stock d'or, la startup permet de s'affranchir de toute ingérence d'une institution financière traditionnelle dans les opérations. Concrètement, l'utilisateur va acquérir le métal précieux, à partir d'un milligramme, qu'il pourra ensuite convertir en Bitcoins, au gré de ses besoins. L'or est physiquement stocké dans un dépôt spécialisé en Suisse et, outre une assurance contre tout dommage ou perte, les réserves sont soumises à un audit externe régulier.


Ces précautions aident Vaultoro à remplir un autre de ses objectifs. Depuis le scandale des montagnes de Bitcoin disparues dans la débâcle de Mt. Gox, les utilisateurs exigent des assurances de la part des acteurs qui prétendent gérer leurs porte-monnaie virtuels. Quoi de plus sécurisant pour eux qu'une réserve d'or ? Il s'agit ainsi un peu d'un retour aux sources de la monnaie, quand les métaux précieux garantissaient la solvabilité des émetteurs… Si ce n'est que, dans l'ère de l'internet et du « peer-to-peer », l'or en question appartient effectivement à chacun des porteurs.

À l'origine, les fondations de Bitcoin se sont largement inspirées des mécanismes qui régissent les monnaies à base de métal précieux (dont le principe de rareté, pour n'en citer qu'un). Leur incarnation numérique présente désormais l'immense avantage de pouvoir être transmise d'un bout à l'autre de la planète en un clin d'œil, pour un coût quasi nul. En attendant que la crypto-devise acquière la maturité et la stabilité de son ancêtre, la combinaison des deux devrait faciliter la transition

mardi 24 février 2015

Google Wallet s'enfonce dans l'impasse

Google Wallet
Imaginez que vous êtes en train de couler dans l'océan et que vous voyiez passer près de vous un navire s'enfoncer encore plus vite vers les abysses. En principe, vous ne vous empressez pas de vous y arrimer en pensant pouvoir remonter à la surface plus rapidement. C'est pourtant exactement ce que vient de faire Google pour son Wallet !

Il s'avère que le billet que j'écrivais la semaine dernière – à propos de la panique qui s'empare des concurrents d'Apple dans le secteur des paiements mobiles – était légèrement prématuré. En particulier, l'apparente collaboration entre Google et Square que j'évoquais alors ne devait être qu'un avant-goût d'une stratégie encore plus étonnante de la part du premier, dont il est cette fois impossible de croire qu'elle puisse porter ses fruits tant elle semble dépassée.

L'objet du « délit » ? Il s'agit bien entendu de l'annonce de l'acquisition de Softcard (ex-ISIS, rebaptisé pour cause de risque de confusion avec un groupe terroriste hélas bien connu) par le géant de l'internet, pour une intégration avec Google Wallet. Dans ce qui ressemble à un retournement de veste, la transaction s'accompagne par ailleurs d'un accord de coopération avec les 3 grands opérateurs de télécommunication américains – AT&T Mobility, T-Mobile USA et Verizon Wireless – qui avaient fondé l'entreprise en 2011.

En effet, depuis le lancement du porte-monnaie mobile de Google, qui se voulait autonome et a longuement bataillé pour le rester, ces acteurs ont tout fait pour l'empêcher d'atteindre les smartphones de leurs clients, dans une tentative désespérée de défendre leur propre solution face aux menaces extérieures. Or, maintenant qu'Apple Pay a imposé ses conditions et définitivement écarté les opérateurs de son écosystème, ces derniers redeviendraient la clé de la généralisation du m-paiement ?

Application Softcard

Récapitulons donc la situation : Softcard est un échec total et Google Wallet n'a jamais décollé, les deux vont fusionner, sans qu'aucune nouvelle vision ne soit esquissée. La seule perspective offerte à ce stade est un porte-monnaie mobile identique à celui d'il y a dix ans, pré-installé sur les téléphones des consommateurs. Pas de réflexion sur l'expérience client, le risque d'un retour à des choix techniques discutables (l'élément de sécurité sur la SIM pourrait être imposé par les opérateurs), une relation limitée avec les institutions financières… Voilà qui est prometteur !

Encore une fois, la réponse à Apple Pay ressort de la précipitation, aucune des leçons qu'il offre à ses concurrents n'étant prise en compte. Alors qu'on pouvait espérer une relance de l'innovation de la part de Google, c'est au contraire une plongée vers la répétition de l'échec qui se dessine, entre technologie sans imagination, modèle économique destructif (notamment grâce aux telcos, toujours eux !) et écosystème incomplet. Comme l'exprimait justement A. Einstein : « la folie est de croire que refaire continuellement la même chose peut produire des résultats différents »…

lundi 23 février 2015

Comment créer un écosystème d'innovation

Forrester
Que ce soit, comme Oliwia Berdak (Forrester), en assistant aux conférences Finovate ou, comme beaucoup d'entre vous, en lisant ce blog (et d'autres sources), il est désormais impossible d'ignorer la richesse et le dynamisme de l'innovation dans le secteur financier. Mais comment les institutions financières peuvent-elles en profiter ?

La question se pose directement dans les banques pour un nombre croissant de hauts responsables – du « digital », de l'innovation, du marketing, des systèmes d'information… – comme l'atteste la fréquentation d'un événement tel que le dernier FinovateEurope. Encore ne peut-on manquer de remarquer que les établissements français sont étonnamment absents de la liste des participants (à l'exception de Saxo Banque), mais espérons qu'il ne s'agisse là que d'une marque de discrétion…

En effet, la première étape dans une stratégie d'innovation ou de transformation numérique est d'identifier les initiatives les plus avancées et les acteurs qui en sont à l'origine : startups, fournisseurs de solutions, partenaires, voire même concurrents. Trouver les bonnes idées, capturer l'information et repérer les technologies d'avenir sont quelques-unes des disciplines à maîtriser dans cette phase, pour laquelle les dizaines de démonstrations réalisées lors des sessions Finovate constituent un terreau idéal.

Il n'est toutefois pas possible de s'en tenir là, car les grandes banques ne sont pas en mesure de répondre seules aux défis de l'ère numérique. Pour progresser et passer à la concrétisation, elles ont besoin de compétences nouvelles – en matière de conception de l'expérience client, de développement logiciel… – ainsi que d'agilité et de réactivité, que des acteurs externes peuvent leur apporter rapidement, tandis qu'elles tentent tant bien que mal de les cultiver dans leurs organisations, qui n'y sont guère adaptées.

Ce n'est donc qu'en constituant ou en rejoignant un écosystème riche et diversifié que l'innovation pourra devenir performante et introduire une réelle différentiation concurrentielle. Naturellement, cette vision reste singulièrement étrangère à des entreprises qui croient depuis toujours pouvoir faire tout elles-mêmes, mieux que quiconque. Peut-être est-ce ce qui explique l'absence des banques françaises à Finovate, alors que les stars du « digital » y sont bien représentées (Barclays, BBVA…) ?

Il est vrai que la mise en œuvre d'un tel programme n'est pas particulièrement aisée. Pour faire fructifier l'écosystème, il faut en effet apprendre à évoluer avec des systèmes, des cultures et des langages différents. Les modes de travail, les attitudes face aux risques, les ambitions et objectifs de chacun doivent être conjugués pour produire les meilleurs résultats. Oliwia Berdak rapporte qu'un banquier lui confiait qu'il estimait nécessaire de recruter un « interprète » afin d'établir cette passerelle entre des univers aussi divergents. Une attitude réaliste, face à un changement profond, difficile et inévitable…

Au fait, savez-vous que je peux jouer ce rôle de « passeur » dans votre organisation ?

FinovateEurope

dimanche 22 février 2015

Seed, la banque « Simple » pour les entreprises

Seed
Si la révolution numérique a donné naissance à des banques d'un nouveau genre, celles-ci ciblent généralement les besoins du grand public. À l'inverse, deux anciens de Simple – une pionnière parmi ces « néo-banques » – préparent maintenant le lancement d'un établissement qui veut apporter la disruption aux entreprises : Seed.

Dans la présentation de leur vision, ses fondateurs dressent un triste – mais réaliste – état des lieux du système bancaire actuel (applicable universellement bien qu'il concerne ici les États-Unis). D'une part, les grandes institutions financières n'ont à proposer aux entrepreneurs que des solutions standardisées, reposant sur des outils informatiques dépassés et s'accompagnant d'un service client déficient. En face, les établissements communautaires (notamment les « credit unions »),  historiquement proches de leurs clients, ne parviennent pas à suivre le rythme des évolutions technologiques.

Alors, pour accompagner les entreprises à l'ère numérique, Seed se propose de leur offrir une plate-forme à l'état de l'art, moderne, efficace et sécurisée. Pour atteindre cet objectif et devenir ainsi la banque communautaire du 21ème siècle, la jeune pousse mise sur la qualité de service, le design et la technologie. Et, comme toutes les startups de la FinTech, elle promet des coûts réduits (dont la gratuité des prestations courantes), rendus possibles par une optimisation de ses infrastructures et de ses processus.

Page d'accueil Seed

Aux côtés d'une plate-forme web et mobile conçue d'emblée pour un accès simple, immédiat, en tout lieu et à tout instant, évitant les habituelles lourdeurs administratives des souscriptions, la solution est avant tout construite autour d'APIs (interfaces de programmation applicative), permettant à chaque utilisateur de l'adapter précisément à ses besoins, en l'intégrant à ses processus internes et à son outillage existant. Disponibles dès aujourd'hui, les interfaces publiées prennent en charge la gestion des utilisateurs et différents types de transferts de fonds.

Seed ne s'en tiendra toutefois pas à la mise à disposition de ses propres produits : à terme, les clients bénéficieront d'un accès tout aussi transparent à divers produits d'autres fournisseurs (crédit, assurance…), à travers une place de marché intégrée à la plate-forme. À ce stade, les capacités de personnalisation de l'offre atteindront leur point culminant, laissant aux entreprises la liberté d'utiliser, à leur convenance et selon les conditions qu'elles fixent elles-mêmes, les services financiers de leur choix, correspondant au mieux à leurs exigences.

La perspective d'un accès généralisé à la banque par APIs peut certes sembler futuriste. En attendant qu'il devienne la norme (ce qui pourrait cependant être plus rapide qu'on ne le pense), la startup sait parfaitement jouer d'arguments de séduction immédiats, entre ses coûts réduits et sa garantie fédérale à hauteur de 50 millions de dollars. De la sorte, l'utilisation des interfaces pourra commencer à se répandre parmi les premiers clients conquis et en faire progressivement un avantage concurrentiel inédit…