C'est pas mon idée !

mercredi 10 février 2016

Les services financiers deviennent modulaires

Oliver Wyman
Si ce titre est emprunté à un rapport [PDF] du cabinet de conseil Oliver Wyman, il représente aussi une réalité en pleine expansion : sous l'influence d'une variété de facteurs, l'offre de services financiers se diversifie, tandis que les consommateurs sont de plus en plus enclins à s'adresser à des fournisseurs différents pour leurs besoins.

L'évolution n'est pas uniforme selon les pays, en raison, notamment, des modèles historiques en vigueur (l'approche française de banque « universelle » ne lui est pas très propice, par exemple). Mais le mouvement est enclenché et ne s'arrêtera plus. D'une part, l'accès à des offres hétérogènes devient maintenant beaucoup plus aisé, grâce aux technologies. D'autre part, les institutions financières elles-mêmes tendent à intégrer de plus en plus fréquemment des solutions de partenaires dans leurs catalogues.

Quand la norme sera de multiplier les relations avec des établissements distincts, le concept de banque devra alors à son tour muter, pour se faire « plate-forme », fédérant les produits et services disponibles au sein d'un espace de distribution cohérent. Les premières esquisses de cette vision apparaissent dès aujourd'hui, à travers les outils de gestion de finances personnelles (PFM), utilisés, entre autres, dans le but d'agréger une vue à 360° des comptes détenus dans plusieurs banques.

Avant de concrétiser cette perspective, il reste cependant à apporter des réponses à un certain nombre de questions épineuses. Pour les participants à l'écosystème, l'une des plus pressantes concernera la propriété des informations sur les clients, surtout à l'ère émergente de la valorisation universelle des données. Les opérateurs de plate-forme auront naturellement accès à la source la plus riche, mais les « producteurs » ne voudront certainement pas abandonner leurs prérogatives en la matière…

Comme l'illustre le cas de la directive DSP2, le régulateur aura également son mot à dire, car dans les parcours aux multiples intermédiaires, il lui faudra déterminer qui porte le respect des exigences – AML (lutte anti-blanchiment), KYC (connaissance du client)… – et qui endosse la responsabilité en cas de défaillance (d'où qu'elle provienne)… Dans ce domaine, les approches retenues auront le pouvoir de façonner le marché, avec, à la clé, de probables écarts entre les grandes régions du monde, sinon par pays.

Modular Financial Services

Les conséquences de la modularisation de la finance seront extrêmement importantes pour les banques. Le premier risque est celui de la désintermédiation, dans le cas où elles ne fournissent pas elles-mêmes les nouvelles plates-formes (ce qui semble être la tendance actuelle). En arrière-plan, les modèles économiques sont menacés, car la transparence sur les offres – inhérente à l'approche – conduira inévitablement à une réduction des opportunités de ventes croisées : le client ne sera plus captif !

Par ailleurs, les infrastructures (informatiques) anciennes – voire obsolètes – en place dans beaucoup d'institutions financières constituent un handicap majeur, leur interdisant, au pire, toute présence sur les futures plates-formes de distribution. Les chantiers de modernisation – trop longtemps retardés, en raison des dimensions pharaoniques qu'ils prennent – deviendront alors une condition de survie : les systèmes rigides et fermés sont par essence incompatibles avec la notion de modularisation.

Certes, les banques possèdent quelques atouts dans cette transformation, en particulier grâce à la relation de confiance qu'elles conservent avec leurs clients ou encore par leur maîtrise des exigences réglementaires. Cependant, sachant que les revenus concernés pourraient représenter, à l'échelle mondiale, 1 billion (million de millions) de dollars (sur un marché total de 5,7 billions), selon Oliver Wyman, il vaudrait mieux ne pas se reposer sur ces seuls avantages pour espérer ne pas laisser tout échapper vers la concurrence…

Une première étape dans la réflexion pourrait consister à sélectionner une stratégie par rapport à l'évolution attendue. Certains acteurs préféreront devenir fournisseurs de services – recherchant alors l'excellence opérationnelle et les économies d'échelle dans la production – tandis que d'autres voudront se positionner en offreurs de plates-formes – mettant l'accent sur l'expérience client et acceptant d'intégrer aussi bien leurs produits que ceux de partenaires. À partir de là, les programmes divergeront…

mardi 9 février 2016

Revolut, l'argent mobile sans frontière

Revolut
Six mois d'existence et déjà plus de 100 000 clients à son actif, 200 millions de dollars de transactions et une croissance de 6,5% par… semaine ! La jeune pousse britannique Revolut et son porte-monnaie mobile multi-devises semblent résonner chez les consommateurs – et peut-être pas uniquement les globe-trotters invétérés.

Il est vrai que le principe a de quoi attirer l'attention. Il s'agit d'un moyen de paiement entièrement piloté par le smartphone, utilisable dans 90 devises différentes… sans aucun frais de change : les conversions sont réalisées au taux interbancaire « spot ». Concrètement, l'utilisateur télécharge l'application, crée son compte, puis l'alimente dans sa devise d'origine. Dès lors, il va pouvoir régler ses achats, retirer de l'argent dans des distributeurs, envoyer des fonds… aux quatre coins de la planète, à moindre coût.

En arrière-plan, une carte virtuelle (MasterCard) est attribuée à la souscription, pour les opérations en ligne, tandis qu'une version plastique est proposée – toujours gratuitement – à ceux qui en font la demande. Quel que soit le lieu où ces instruments sont utilisés, ils s'adaptent automatiquement à la monnaie locale et chaque dépense est immédiatement visible dans l'application mobile, convertie dans la devise principale. Par ailleurs, Revolut est également une solution de transferts internationaux entre particuliers.

Toute une palette de cas d'usage est ainsi couverte, depuis les touristes et autres habitués des déplacements professionnels souhaitant éviter les frais facturés par les banques sur leurs transactions à l'étranger jusqu'aux personnes qui ont besoin d'envoyer régulièrement de l'argent à un proche expatrié à l'autre bout du monde, en passant par les accros des achats sur le web américain, chinois, japonais…

Accueil Revolut

En dépit des apparences, le concept n'est pas magique, notamment du point de vue économique. Pour l'instant, la startup se rémunère via la rétrocession d'une partie des commissions versées par les commerçants (sur les achats par carte). Les fondateurs se réservent toutefois le droit de changer de modèle, si cela s'avère nécessaire. Dans l'immédiat, la solution étant ouverte à l'ensemble du marché européen, l'effet d'échelle peut inciter à l'optimisme quant au maintien de conditions avantageuses.

Enfin, au risque d'en faire une rengaine, il est impossible de conclure cette présentation sans souligner les 3 valeurs de Revolut (outre l'équité de son offre au client), décidément universelles dans la FinTech : rendre l'argent facile à utiliser et à gérer, enrichir l'expérience utilisateur et viser la transparence absolue. Le contraste est saisissant en regard de l'approche – dans le même domaine – de Western Union, qui, tout en avançant dans sa transition « digitale », confirme sa tradition d'opacité sur les taux de change…

A lire également sur Revolut, cet article de TechCrunch.

lundi 8 février 2016

Tout Visa en API !

Visa
Incontournables dans la panoplie des startups, les API (interfaces de programmation applicative) sont beaucoup plus rares dans les institutions financières. Mais quand Visa se lance (enfin !) dans une telle initiative, elle ne fait pas les choses à moitié : toutes ses solutions de paiement seront concernées, à plus ou moins brève échéance.

En gestation depuis quelques mois – plusieurs partenaires, dont Capital One, RBC, US Bank… ont ainsi participé à des expérimentations –, le nouveau portail « Visa Developer » est désormais officiellement ouvert aux banques, marchands et entreprises technologiques qui souhaitent intégrer les produits et services du réseau de paiement dans leurs solutions. Ils y trouveront toutes les ressources nécessaires – documentation, plate-forme et données de test, assistance… – pour mener à bien leurs projets.

Dans la démarche de Visa, il faut noter qu'un effort particulier a été mis sur le processus d'inscription, de manière à simplifier au maximum l'accès aux API. Toute la documentation et le « bac à sable » qui permettent de les appréhender sont disponibles librement, tandis que leur utilisation en phase de développement requiert uniquement la création d'un compte gratuit. Ce n'est qu'au passage en production que les éventuelles exigences de sécurité seront appliquées et que la contractualisation sera abordée.

Dès maintenant, une douzaine de grandes fonctions sont proposées aux développeurs, couvrant des domaines essentiels tels que les paiements multi-canal (naturellement), les transferts d'argent entre particuliers, la validation des comptes, les notifications en temps réel, la confirmation de localisation, l'information sur les taux de change… Il existe même une section consacrée aux expérimentations, pour les services de demain, dans laquelle on découvre actuellement une solution de micro-transactions.

Visa Developer

Et tout ceci n'est qu'un début ! En premier lieu, outre l'ouverture à des produits supplémentaires, il est d'ores et déjà prévu – afin de faciliter encore plus la prise en main des interfaces – de fournir des exemples et des kits de développement prêts à l'emploi. En parallèle, un espace communautaire devrait voir le jour, qui offrira notamment un forum de discussion aux utilisateurs. Enfin, une place de marché est en cours de préparation, dans laquelle pourront être exposées les solutions des partenaires.

Selon son PDG, l'ambition de Visa n'est pas seulement d'ouvrir un autre point d'accès à ses services mais bien de créer une nouvelle plate-forme de distribution pour son offre. En effet, l'ère des relations avec les grandes institutions financières laisse aujourd'hui la place à un univers d'opportunités – de collaborations avec une multitude d'acteurs de tous secteurs et de toutes tailles. Cependant, pour atteindre cette cible, il faut savoir lui procurer des solutions adaptées. Jusqu'à présent, seules des startups des paiements en étaient capables ; dorénavant, Visa désire reprendre la main.

dimanche 7 février 2016

Le Crédit Agricole lance sa banque mobile

Crédit Agricole
Créer une nouvelle marque pour attirer une nouvelle clientèle ? La stratégie a été testée – avec un certain succès, semble-t-il – par BNP Paribas (et Hello Bank!), elle s'invite aujourd'hui au Crédit Agricole, avec le lancement de « Freasy », d'abord dans quelques caisses régionales, avant une généralisation à l'ensemble du territoire.

La promesse de départ est alléchante : un compte courant et une carte sans frais pour les transactions de base (à vie), une souscription entièrement sur smartphone (et sans condition de ressources), toutes les opérations accessibles via l'application mobile… L'offre est réservée aux jeunes de 18 à 30 ans (avec contrôle à la souscription) et deux conditions en définissent les frontières, sans grand risque de rebuter cette population : aucun chéquier ne peut être délivré et aucun découvert n'est autorisé.

Pourtant, il faudra déchanter rapidement sur le côté innovant de « Freasy ». Première incongruité, si le processus d'ouverture de compte se déroule bien à distance (du moins pour les nouveaux arrivants au Crédit Agricole), en passant par la photographie des documents justificatifs et la signature électronique, la délivrance de la carte imposera, elle, un déplacement dans l'agence la plus proche ! Par ailleurs, la banque ne peut s'empêcher de souligner qu'un conseiller reste à la disposition de ses clients.

Ajoutons en outre que l'application mobile proposée est la même – « Ma Banque » – que pour les détenteurs de comptes classiques. Sa qualité n'est pas en cause, mais il n'est donc pas question de concevoir une solution spécifiquement adaptée à la cible visée et à ses besoins. Voilà qui paraît regrettable pour une banque qui s'adresse à un segment précis de population… Heureusement, les outils complémentaires disponibles sur le CA Store seront probablement utilisables par les clients de Freasy.

Freasy

Naturellement, l'organisation décentralisée du Crédit Agricole marque cette initiative de son inévitable empreinte, notamment en maintenant le rattachement des comptes aux caisses régionales et en imposant l'intervention de l'agence dans les parcours client. La logique est compréhensible, mais quand elle nuit à l'expérience utilisateur, elle devient contre-productive… L'impression qui ressort ici est celle d'une tentative impossible de créer un service différent en touchant au minimum aux modèles existants.

Finalement, une fois les compromis acceptés, Freasy n'est guère plus qu'un compte « low-cost » pour les jeunes. En tant que tel, il aura des difficultés à se distinguer de sa concurrence foisonnante – en particulier avec ses petits handicaps irritants. En réalité, il risque surtout de grignoter des parts de marché (et des revenus) sur l'offre « traditionnelle » du Crédit Agricole. Presque 5 ans après la naissance de Tookam, dans la caisse de Pyrénées-Gascogne, on pouvait légitimement espérer plus d'originalité…

samedi 6 février 2016

Birdycent, pour épargner sans douleur

BirdyCent
L'idée était dans l'air depuis plusieurs mois mais elle semblait jusqu'à maintenant difficile à concrétiser. Elle est désormais disponible sur les AppStores français : BirdyCent vous permet de mettre régulièrement quelques centimes de côté, en arrondissant (plus ou moins) automatiquement vos dépenses par carte à l'euro supérieur.

Le fonctionnement de la solution est extrêmement simple. Après installation de l'application sur son smartphone, l'utilisateur connecte ses comptes bancaires à son profil. Dès lors, pour chaque transaction enregistrée, quelques centimes – permettant d'atteindre un montant « rond » – sont versés sur un porte-monnaie virtuel. Selon ses concepteurs, il est ainsi possible d'épargner – presque sans y penser – 120 à 150 euros par an (je dois être peu dépensier car, après vérification sur mon cas, je ne dépasse pas 80 euros).

En pratique, la décision de procéder à l'arrondi des dépenses est laissée à l'initiative du consommateur, de manière à renforcer l'engagement de ce dernier dans la démarche. Quelques options supplémentaires sont également disponibles, dont, en particulier, la possibilité de créer des « projets » – pour un objet convoité, un voyage… – auxquels les centimes accumulés vont pouvoir être affectés. Un partenariat avec microDON offre même la possibilité de verser tout ou partie de l'épargne à des associations.

Les téléphones mobiles ne sont pas les seuls supports visés par BirdyCent. Entre autres extensions, grâce à un partenariat avec le fabricant Ingenico, la solution se trouve intégrée dans certains terminaux de paiement de la marque, prête à séduire et conquérir les commerçants qui voudront bien la mettre en œuvre. L'objectif est alors de prélever l'arrondi et le verser sur le compte d'épargne au moment de l'achat, ce qui simplifierait la gestion des transferts et rendrait le processus plus transparent.

Accueil BirdyCent

Au-delà de son application, la stratégie de la startup est également digne d'intérêt. En effet, si la collaboration avec MangoPay (aujourd'hui passée dans le giron du Crédit Mutuel Arkéa) pour la gestion des porte-monnaie virtuels n'est pas une surprise, elle se distingue surtout en étant une des premières à exploiter les API de Linxo. Celles-ci lui procurent un accès universel (et sécurisé) aux comptes des consommateurs dans plus de 140 banques. L'agrégateur devient de la sorte la clé de nouveaux services !

Et voilà que se dessine (enfin !) une voie d'avenir pour les outils de PFM, qui peinent toujours à fidéliser leurs utilisateurs avec la seule gestion de budget. En élargissant la perspective, leur destination naturelle est probablement de se transformer en véritables plates-formes de finances personnelles, intégrant une palette d'offres variées, assemblées à la demande. Or, ce faisant, elles deviendront plus menaçantes pour les banques, qui se voient peu à peu désintermédiées et moins « visibles »…

vendredi 5 février 2016

L'heure de vérité du crowdlending approche

TrustBuddy
Après quelques années d'existence, la finance participative poursuit son expansion, apparemment sans limites et sans nuages. Pourtant, deux affaires récentes, en Chine et en Europe, viennent rappeler que tout n'est pas rose, offrant une opportunité de prendre un peu de recul sur un marché qui est bien loin d'avoir atteint la maturité.

Dans les deux cas, ce sont des malversations qui sont en cause. Celui d'Ezubao, avec ses allures de pyramide de Ponzi (les nouveaux investissements servant à rembourser les premiers prêteurs), a eu les honneurs de la presse en raison des montants en jeu (plus de 7 milliards de dollars). Il est toujours possible d'arguer que cela se passe loin de chez nous, alors il vaut de s'arrêter sur TrustBuddy, basé à Stockholm, en redressement judiciaire pour des raisons proches et qui coûtera au moins 6 millions à ses utilisateurs.

Ce que nous rappellent ces exemples est que les startups du « crowdlending » (le prêt participatif, mais il en est de même pour celles qui adoptent un modèle d'investissement) ne sont pas à l'abri des maux qui menacent toutes les entreprises de la finance. En dehors des fraudes manifestes, le classique risque de défaut est évidemment inhérent à l'activité de ces nouveaux entrants. Malheureusement, il reste aujourd'hui trop peu exposé pour faire prendre conscience aux consommateurs du danger pour leur épargne.

Dans le cas de TrustBuddy, il semble que c'est justement pour masquer les crédits en perdition que des fonds ont été détournés. Sans aller jusqu'à de telles extrémités, la tentation est grande pour tous les acteurs de minimiser le problème, en insinuant que leur modèles de scoring sont les plus fiables du monde. Or quand la réalité les rattrapera et qu'une partie de leurs clients seront victimes de quelques – inévitables – mauvaises opérations, il faut s'attendre à un certain retournement de l'opinion.

Autre facteur d'instabilité du secteur, le nombre de plates-formes ne cesse d'augmenter, tandis que les sommes investies par les particuliers dans les projets qui leur sont proposés poursuivent une croissance relativement modérée, en comparaison. Si les volumes n'explosent pas (et rien ne laisse prévoir que cela se produira), les modèles économiques finiront par voler en éclat et les plus faibles disparaîtront, parfois avec fracas, causant encore quelques dégâts pour l'image de la finance participative.

Le constat est certainement un peu triste mais la tendance actuelle tend à le confirmer : les acteurs qui s'en sortent le mieux (Lending Club en tête) – ou, peut-être, qui ont plus de clairvoyance – comprennent qu'ils ne survivront qu'en accueillant les investissements des institutionnels (les banques, le plus souvent), leur permettant d'atteindre les niveaux d'activité qui assureront leur viabilité. Et tant pis pour l'idéal de la finance « peer-to-peer », qui devient secondaire dans ces réalignements…

Toutes ces forces commencent maintenant à converger, ce qui laisse imaginer que le moment de vérité du crowdlending approche à grands pas. Il pourrait se matérialiser par une crise majeure avant l'atteinte de l'âge adulte. Et, une fois la transition achevée, restera-t-il des acteurs indépendants ou bien les banques – de plus en plus impliquées – auront-elles réussi à s'emparer du marché ?

Fuite

jeudi 4 février 2016

Une banque sur Snapchat !?

ABN AMRO
A priori, dans la course à la présence sur les nouveaux médias, aucune banque n'avait, jusqu'à maintenant, pensé à s'installer sur Snapchat, l'application mobile dédiée aux messages multimédia éphémères. L'oubli est désormais corrigé, « grâce » à ABN Amro, qui vient d'annoncer la mise en place de son service d'assistance sur ce canal.

Dans le sillage de ses aventures récentes avec WhatsApp, la banque néerlandaise semble donc fermement décidée à s'engager sur toutes les plates-formes de communication qui comptent un tant soit peu au sein de sa clientèle. Il est vrai que, dans ce registre, Snapchat est loin d'être négligeable, avec son million d'utilisateurs (estimés) aux Pays-Bas et sa base démographique particulièrement séduisante pour les entreprises, puisque composée d'une majorité de jeunes plutôt aisés.

En pratique, l'initiative d'ABN AMRO comporte deux volets distincts. Tout d'abord, les adeptes de l'application pourront poser leurs questions au compte dédié « ABNAMROnl », comme sur tout autre canal de support. D'autre part, les équipes de la banque s'empareront de l'outil afin de diffuser des conseils et recommandations, dans un format court et accessible. Au-delà du seul domaine financier, leur champ d'action s'ouvrira sur les moyens de rendre la vie quotidienne plus facile aux étudiants, visés en priorité.

ABN AMRO sur Snapchat

L'institution justifie son irruption sur Snapchat – somme toute surprenante – à la fois par l'intérêt pour elle de rester en contact avec des clients jeunes, de plus en plus difficiles à atteindre (parce qu'ils changent souvent de médias), et par la demande qu'ils exprimeraient pour une communication qui ne soit pas exclusivement centrée sur les produits et services financiers, mais qui montre de la compréhension vis-à-vis de leurs problèmes et qui les accompagne dans la réalisation de leurs rêves.

Pour autant, il est permis de douter que la stratégie d'ABN AMRO soit totalement raisonnable. En effet, un facteur essentiel paraît avoir été oublié dans ce projet : l'adoption de Snapchat est motivée, à une immense majorité, par son côté amusant, ce qui écarte automatiquement de possibles usages « sérieux », surtout de la part d'une banque. Si rien n'interdit, naturellement, de réaliser un test, il serait étonnant que la banque n'ait pas d'autres axes d'expérimentation plus importants ou plus urgents à traiter…

mercredi 3 février 2016

Celent : inutile de vouloir fidéliser les clients !

Celent
La déclaration de Dan Latimore (analyste pour Celent) peut surprendre, elle n'en est pas moins sérieusement argumentée : même quand les démarches leur sont facilitées au maximum, les clients des banques ne se révèlent pas plus enclins à changer d'établissement. Dans ces conditions, à quoi bon s'évertuer à renforcer leur fidélité ?

Derrière ce raisonnement, les faits sont là (du moins au Royaume-Uni) : tous les efforts du gouvernement britannique pour promouvoir la mobilité bancaire – depuis la mise en place d'un service universel garantissant un transfert en moins de 7 jours jusqu'au déploiement de comparateurs évolués – aboutissent à un résultat décevant, avec des taux de migration stables par rapport à la situation antérieure. Conclusion immédiate, les consommateurs n'ont fondamentalement pas envie de changer de banque principale.

En conséquence, la recommandation de Dan Latimore est de limiter les budgets consacrés à la rétention des clients existants et de ne pas investir dans des initiatives destinées à faciliter la migration depuis la concurrence. Aujourd'hui, il existe des axes d'amélioration plus prioritaires, qui pourront profiter des économies ainsi réalisées, à commencer par la focalisation sur la qualité de service aux clients les plus profitables, afin, entre autres, d'en faire des ambassadeurs auprès de leurs proches.

Current Account Switching Service

Simple et implacable, n'est-ce pas ? Peut-être pas tant que cela, dans les faits… D'abord, le constat et les recommandations ne doivent être pris que dans le contexte présent. Selon les responsables du service de mobilité anglais, une des causes de l'apathie vis-à-vis du système est l'absence – réelle ou perçue – de véritables différences entre les banques. Si cette analyse est correcte, il n'est pas à exclure qu'une offre disruptive – de celles que la FinTech s'efforce de construire – puisse changer les comportements.

Cette perspective est probablement encore lointaine mais il existe une autre menace, plus immédiate : à défaut de changer d'établissement principal, les consommateurs sont de plus en plus nombreux à ouvrir des comptes secondaires, voire à se tourner vers de nouveaux acteurs (par exemple de la finance participative), qui, tous, s'approprient automatiquement une partie des flux commerciaux et représentent, de la sorte, un facteur d'attrition des revenus. Dans ce registre également, la fidélité est essentielle !

Et c'est sur celle-ci – extrêmement difficile à maintenir – qu'il faut donc désormais mettre l'accent, en passant, notamment, par l'excellence de l'expérience utilisateur. Car la particularité des personnes multi-équipées est d'être en position de comparer elles-mêmes leurs fournisseurs, sur les critères qui comptent vraiment pour elles, et non uniquement sur le prix (seul paramètre de la plupart des outils spécialisés). La rétention des clients est plus que jamais un enjeu critique, mais elle change de forme…

mardi 2 février 2016

Betterment s'attaque à l'épargne réglementée

Betterment for Business
En 5 ans d'existence, la plate-forme d'investissement automatisé de Betterment a réussi à conquérir 130 000 clients particuliers, pour lesquels elle gère actuellement plus de 3 milliards de dollars d'actifs. Depuis peu, elle cible également les entreprises, avec le lancement d'une solution d'épargne retraite extrêmement compétitive.

En pratique, la nouvelle offre du robo-advisor – baptisée « Betterment for Business » – consiste en ce que les américains appellent un plan 401(k), c'est-à-dire l'un des instruments les plus populaires aux États-Unis en matière de préparation de la retraite. Proposé par beaucoup d'entreprises à leurs collaborateurs, il s'agit simplement d'un portefeuille d'investissement, dont le capital est constitué par des prélèvements (défiscalisés) sur les rémunérations, parfois abondés par l'employeur.

Le marché représentant plus de 5 billions (millions de millions) de dollars, il n'est pas étonnant qu'il attire la convoitise de la startup, d'autant plus qu'il semble prêt à la disruption « digitale ». Betterment arrive en effet avec sa promesse habituelle – inédite dans ce domaine – de coûts transparents et modérés, de conseils personnalisés et de stratégies d'investissement individualisées pour les bénéficiaires. À cela, elle ajoute aussi une facilité de mise en œuvre, « clés en main », pour les entreprises.

Accueil Betterment for Business

Comme avec beaucoup de produits financiers, les positions des acteurs de l'épargne retraite sont aujourd'hui relativement figées, entre autres parce que les solutions tendent à toutes se ressembler et que les frictions lors d'un changement de fournisseur favorisent le statu quo. Cependant, et même si Betterment doit se préparer à affronter l'immobilisme ambiant, la révolution qu'elle veut introduire ne pourra laisser indifférents les salariés et, par ricochet, leurs employeurs, dans un contexte (pour certains d'entre eux) de concurrence féroce pour les talents, via les avantages indirects.

La recette est désormais bien connue : trouvez un marché sclérosé et opaque, utilisez la technologie pour rendre obsolètes les vieilles méthodes, profitez de l'efficacité ainsi démultipliée pour « casser les prix », jouez la carte de la transparence inconditionnelle… Avec sa plate-forme d'investissement redoutablement performante, Betterment la décline, cette fois, dans l'environnement de l'épargne retraite réglementée, évidemment mûr pour une profonde mutation, et pas uniquement aux États-Unis !

lundi 1 février 2016

La FinTech peut aussi être éthique

LendUp
L'histoire de LendUp et de son approche éthique du crédit peut aisément résonner comme une rengaine, mais quand la startup annonce un tour d'investissement de 50 millions de dollars, de la part de quelques grands noms, force est de s'arrêter à nouveau sur les recettes qui font réellement bouger les lignes dans le secteur financier.

À l'origine, les fondateurs de LendUp ont voulu s'attaquer aux requins de l'avance sur salaire, un marché florissant aux États-Unis. Pour ce faire, leur méthode est relativement classique, pour une entreprise de sa catégorie. Dans un premier temps, des algorithmes intelligents analysent les données disponibles sur les clients (dont leurs transactions bancaires) afin d'évaluer leur niveau de risque, en l'absence de score de crédit « officiel ». Par la suite, leur comportement leur permet de gravir l'échelle de la confiance.

Grâce à sa technologie, la jeune pousse peut limiter ses coûts – autant par l'automatisation de ses opérations que par la réduction des défauts de remboursement – et, ainsi, proposer aux consommateurs des conditions extrêmement avantageuses, avec une transparence inégalée, en comparaison des acteurs traditionnels qui ne cherchent pas à connaître leurs clients et se contentent d'appliquer à tous les mêmes taux usuraires. Forte de son succès dans ce domaine, Lendup veut maintenant décliner le concept sur les cartes de crédit, avec le lancement d'un nouveau produit, la « L Card ».

Le contexte est en effet très similaire à celui de l'avance sur salaire, avec une pléthore de solutions qui poussent les porteurs à dépenser sans compter et à retarder leurs paiements, de manière à accumuler les intérêts facturés. Mais il comporte aussi un obstacle supplémentaire : les cartes de crédit ne sont généralement accessibles qu'aux personnes dont le score est suffisamment élevé. Or, notre startup veut adresser les deux problèmes de front, dans une logique d'accompagnement vers l'inclusion financière.

LendUp en vedette à Times Square

D'un côté, il s'agit donc de prolonger son offre initiale, avec un produit moins coûteux, en déployant toujours simplicité et lisibilité dans les frais imputés, complétées d'une visibilité immédiate sur les achats effectués et leur impact sur le budget de l'utilisateur (ainsi que des options de contrôle avancées sur le fonctionnement de la carte). De l'autre, l'accès à un tel instrument représente également un facteur crucial de constitution d'un historique financier, qui permet, à son tour, de faire progresser le score de crédit.

Une majorité d'entreprises de la FinTech – dans une multitude de domaines – vantent les bénéfices de la technologie pour améliorer l'efficacité des solutions existantes et, de la sorte, « casser les prix » pratiqués par les institutions financières. Ces dernières ont déjà du mal à se défendre de cette concurrence, parce qu'elles sont handicapées par leurs structures lourdes (pas seulement informatiques) voire, pour certaines activités, parce qu'elles se sont habituées au confort d'une rente de situation…

Mais quand arrive un trublion qui profite de son modèle économique performant pour développer une offre sincèrement éthique, la menace s'appesantit encore. Dans ce cas, à la bataille sur les coûts s'ajoute alors une pression sur la transparence et les valeurs fondamentales défendues, à laquelle les établissements traditionnels sont bien mal armés pour répondre. Le retrait progressif d'American Express de ses aventures en direction des populations sous-bancarisées en apporte une preuve éclatante…