C'est pas mon idée !

vendredi 29 août 2014

Westpac géolocalise ses clients voyageurs

Westpac
Dans leurs efforts de lutte contre la fraude, de nombreuses banques mettent en place des protections sur l'usage des moyens de paiement dans les pays étrangers, charge au client de signaler ses déplacements, le cas échéant. Westpac (encore elle !) a conçu un nouveau service afin de rendre cette démarche beaucoup plus conviviale.

Pour les consommateurs prêts à accepter l'option qui vient de faire son apparition dans la dernière mise à jour de l'application mobile de la banque, la corvée deviendra une simple formalité. Terminé l'appel au centre de contact ou le passage à l'agence juste avant le départ, finis les oublis de déclaration et les retraits indûment bloqués aux distributeurs… : dès leur entrée dans un aéroport international, ils recevront une alerte les invitant à préciser leur pays de destination en quelques gestes.

Le dispositif ne s'en tient pas là et la géolocalisation est également mise à contribution pour un autre objectif. A l'arrivée de leur vol, les voyageurs sont accueillis par un deuxième message, qui leur souhaite la bienvenue et leur fournit des détails sur les réseaux d'automates en accès gratuit dans la région où ils ont atterri. Aux considérations de sécurité s'ajoute donc une dimension de conseil contextualisé, susceptible de faire (un peu) mieux accepter les contraintes imposées par la banque.

Alerte mobile Westpac

Le souci du détail est poussé jusqu'à garantir que la notification émise au débarquement fonctionne (vraisemblablement) sans connexion réseau, même si la géolocalisation du téléphone reste active. La banque évite ainsi toutes les difficultés que pourraient induire les coûts de roaming et autres restrictions d'accès à l'étranger. Ce choix justifie aussi certainement l'exigence de déclaration de la destination avant le départ plutôt que de procéder à une transmission (plus ou moins) automatique à l'arrivée.

La technologie employée par Westpac pour offrir ce service – à base de geofencing (délimitation géographique) – est désormais triviale à implémenter sur les smartphones omniprésents dans les poches de ses clients. La seule difficulté résiduelle (et, en réalité, aisément surmontable) est de collecter et gérer les coordonnées des « points chauds » à prendre en compte dans les algorithmes d'analyse (en l'occurrence, les aéroports).

En attendant le développement de protections plus élaborées et plus automatisées – localisation de chaque dépense ou identification des déplacements prévus parmi les transactions passées (achat de billet d'avion ?), pour ne citer que ces 2 exemples – l'approche de Westpac est une brillante démonstration de création d'un service mobile innovant, facile à mettre en œuvre, réellement utile et acceptable aussi par les consommateurs méfiants vis-à-vis de l'utilisation de leurs données personnelles.

jeudi 28 août 2014

Santander consulte sur bitcoin

Santander
Bien qu'elles soient encore peu nombreuses dans ce cas, quelques banques commencent à s'interroger sur les opportunités que pourrait représenter bitcoin pour leurs activités. La plupart du temps, les études correspondantes sont confiées à des sociétés de conseil traditionnelles. Santander opte pour une toute autre approche.

Le groupe espagnol a en effet choisi de lancer un défi sur la plate-forme ouverte Yegii, que je découvre à cette occasion. L'objectif affiché est de rassembler une équipe aux compétences pluri-disciplinaires, comprenant un expert de la cryptomonnaie, un chef de projet, un spécialiste des données (data scientist), un banquier… – et mixant, si possible, fervents défenseurs et sceptiques – afin d'analyser les impacts de bitcoin sur les institutions financières et d'esquisser un plan d'action.

Les personnes intéressées par l'initiative sont invitées, dans un premier temps, à s'inscrire en tant que contributeurs sur le site de Yegii, en exposant leur expertise et leur expérience. La deuxième étape consistera à soumettre une candidature au défi de Santander avec une réponse à la question qualificative : « comment approcheriez vous le sujet de l'impact de bitcoin sur les banques ? ». Une fois l'équipe idéale constituée, elle aura 10 jours pour finaliser le rapport attendu.

Santander dote son opération d'un modeste budget de 5 000 euros, sans commune mesure avec ce que coûterait l'intervention d'un des prestigieux cabinets de conseil monopolisant habituellement les prestations de ce genre auprès des directions générales. Ce n'est pourtant pas là – selon toute vraisemblance – la principale considération qui justifie la méthode originale retenue. Sa valeur réside avant tout dans l'assurance d'obtenir une vision qui sorte des conventions, ce qui est nécessairement le but recherché dans une réflexion sur un sujet tel que bitcoin.

Du point de vue de l'innovation, la démarche retient finalement plus l'attention que le thème traité, laissant entrevoir une révolution dans le secteur du conseil, voire dans la gestion des ressources humaines des grandes structures. Le recours à une palette d'expertises extrêmement variées et d'origines très diverses (loin des silos de compétence aseptisée des cabinets connus), sélectionnées individuellement et assemblées à la demande – le temps d'un projet – en fonction du besoin immédiat, constitue un renversement des modèles d'organisation classiques.

Le cadre de mise en œuvre est ici particulièrement propice mais le phénomène pourrait aisément prendre de l'ampleur dans les entreprises, favorisé par la facilité avec laquelle il est désormais possible – grâce (notamment) à Internet et aux réseaux sociaux – d'accéder à une inépuisable réserve de talents et de faire travailler ensemble des personnes dispersées aux quatre coins de la planète.

Bitcoin

mercredi 27 août 2014

Acorns : épargner centime par centime

Acorns
En France, nous avons « L'Arrondi », qui propose aux consommateurs d'arrondir le montant de leurs achats (entre autres) et de faire don de la différence à des grandes causes, les américains ont désormais Acorns, qui adopte le même principe, mais en faveur de l'épargne personnelle plutôt qu'au profit d'une association humanitaire.

Le service de la jeune pousse est disponible exclusivement sous la forme d'une application mobile. Lors de sa première utilisation, le nouvel inscrit doit tout d'abord « connecter » son compte de carte (de débit ou de crédit), en fournissant ses identifiants d'accès aux services en ligne de son institution financière. Dès cet instant, chaque achat réalisé va être automatiquement arrondi au dollar supérieur et les quelques centimes ainsi recueillis seront immédiatement transférés vers un portefeuille d'investissement.

L'utilisateur garde tout de même le contrôle sur plusieurs paramètres de fonctionnement du service, l'application lui offrant en permanence une visibilité complète sur l'état de son compte et de ses dépenses. Il peut notamment choisir de déclencher lui-même la génération des arrondis et effectuer les virements uniquement à sa demande. Par ailleurs, il dispose de 5 options différentes d'investissement, de la plus sûre (et moins rentable) à la plus agressive (et plus risquée), parmi lesquelles il a la possibilité de ré-allouer son portefeuille à tout moment.

Application Acorns

Petite touche supplémentaire, le dispositif d'Acorns est également capable de détecter – au sein des opérations bancaires auxquelles il a accès – les éventuelles remises promotionnelles dont a pu bénéficier l'utilisateur sur ses achats (une pratique fréquente aux États-Unis), et suggérer à celui-ci de les investir à leur tour. Par ailleurs, un mécanisme d'intégration avec divers programmes de fidélité est prévu pour prolonger cette idée hors du strict périmètre des comptes de cartes de paiement.

Pour la population de jeunes visée par Acorns, investir est un concept difficile à appréhender et encore plus à exécuter. Entre l'insouciance vis-à-vis de l'avenir, les envies de dépenser des revenus toujours trop justes et les innombrables barrières que dressent devant eux les intermédiaires traditionnels (versements minimums, montant des commissions…), la solution proposée par la startup apporte une réponse originale et parfaitement adaptée : épargne (presque) transparente et indolore, sans contraintes, suivie via une application mobile…

mardi 26 août 2014

Retour sur la « Communauté » de clients RBC

RBC
Au début de 2013, RBC devenait la première institution financière canadienne à lancer une plate-forme collaborative dédiée aux échanges entre ses clients investisseurs (individuels). Il y a quelques jours, la banque faisait un point d'étape sur l'utilisation de ce service, dont certains aspects font toujours figure d'innovation à ce jour.

La « Communauté » est conçue autour de deux modules principaux : d'une part, un espace de suivi des placements, dans lequel l'utilisateur est notamment invité à définir et suivre les objectifs financiers qu'il désire fixer pour son portefeuille, et, d'autre part, un forum de discussion, où les membres peuvent poser des questions, s'entraider, partager des informations et des conseils… Dans une approche aux réminiscences de réseau social, chaque participant se voit attribuer un score de réputation, selon ses contributions, et il est également possible d'établir des contacts individuels.

La section « Univers » est certainement la plus originale de cet ensemble. Là, chaque investisseur peut obtenir un aperçu des stratégies et des performances de ses pairs et, en particulier, de leurs objectifs. Présentée sous la forme d'un graphique illustrant les rendements des portefeuilles en fonction de leur volatilité, chacun des points que celui-ci comporte, correspondant à un autre client, donne accès à une visualisation de la répartition de ses avoirs, son niveau d'expertise et ses centres d'intérêt. Naturellement, l'anonymat est respecté et aucun montant ou volume d'actifs n'est divulgué.

Univers - Communauté RBC

Plus d'un an après son démarrage, RBC se déclare très satisfaite du succès de sa « Communauté ». L'une des observations les plus étonnantes qui peut en être retirée est la répartition homogène des utilisateurs à travers toutes les classes d'âge, avec une moitié d'inscrits (environ) issus des générations X et Y (les moins de 49 ans) et une autre moitié parmi les baby boomers et les retraités. Il est désormais incontestable que, propulsée par la popularité des médias sociaux grand public, la collaboration en ligne est entrée dans les mœurs…

En revanche, le nombre de clients participant à la plate-forme – 8 500 selon le communiqué officiel de la banque – ne peut décemment pas être considéré comme une grande réussite (il justifie d'ailleurs le lancement d'un concours pour stimuler les nouvelles inscriptions). Et voilà une démonstration supplémentaire – s'il était nécessaire – de la difficulté que représente la constitution d'une communauté virtuelle, active, fidèle et génératrice de valeur : il faut plus qu'un forum, quelques services utiles et une poignée de cadeaux pour y parvenir…

lundi 25 août 2014

Moven signe avec Westpac : la fin d'un rêve ?

Westpac
La rumeur couvait depuis un moment, notamment à l'occasion d'une levée de fonds opérée au début de l'été, l'expansion internationale de Moven est désormais confirmée : le trublion de la banque apporte sa technologie à la branche néo-zélandaise de Westpac, avant l'annonce imminente d'un autre partenariat, au Canada.

Dès le mois d'octobre, de nouveaux services de gestion de finances personnelles commenceront donc à faire leur apparition dans l'application mobile de l'établissement, tandis que son site web devrait en bénéficier à compter du début de 2015, le temps pour Moven de réaliser les adaptations nécessaires. Toute l'originalité de l'offre de la startup se retrouvera progressivement sous les couleurs de Westpac : les notifications d'achats et autres alertes en temps réel, la catégorisation automatique des transactions, le suivi visuel des dépenses par rapport aux moyennes du passé…

Pour la banque, ce partenariat est une extraordinaire occasion de profiter d'une expertise sans égale et de se positionner en leader d'une vision différente de son métier, focalisée sur la transparence, l'immédiateté et le conseil aux clients. Sans aller jusqu'au concept d'« assistant shopping » que j'évoquais récemment, les outils proposés permettront à leurs utilisateurs de savoir instantanément s'ils ont les moyens de s'offrir l'objet de leurs désirs ou s'ils se sont mis dans une situation difficile à la suite d'un achat inconsidéré.

Application mobile Moven

Du côté de Moven, en revanche, c'est une nouvelle orientation qui se dessine. En effet, la société s'éloigne de son approche initiale de banque disruptive – même si celle-ci était exclusivement centrée sur l'expérience client – et devient, en quelque sorte, fournisseur de plate-forme de PFM (gestion de finances personnelles). Quelle que soit la valeur de cette dernière, elle arrive sur un marché encombré et va nécessairement être limitée dans ses ambitions, par les contraintes des systèmes informatiques avec lesquels elle devra s'intégrer dans les institutions financières qui l'adopteront.

Il est à craindre que cette stratégie ne marque un ralentissement (sinon la fin) de l'innovation dans la jeune entreprise, puisqu'elle devra consacrer une part significative de son énergie et de ses ressources à adapter son offre aux exigences de ses clients et accepter que ceux-ci fonctionnent à un rythme plus lent et sur un horizon temporel plus lointain que le sien propre. Il s'agit probablement, hélas, d'un retour aux réalités d'une nécessaire (future) rentabilité économique. Simple y a fait face en s'adossant à un acteur historique, Moven choisit de changer de modèle. Il n'est décidément pas facile de créer une « autre » banque…

dimanche 24 août 2014

St George : la banque au bout du doigt

St George Bank
Depuis l'annonce, au mois de juin, de l'ouverture à tous les développeurs du dispositif d'authentification par empreinte digitale de l'iPhone 5s, plusieurs institutions financières se sont intéressées à son utilisation. L'australienne St George Bank devrait figurer parmi les premières à être prête dès le lancement officiel du nouvel iOS 8.

Grâce à cette innovation, les clients de l'établissement auront à leur disposition une nouvelle option pour accéder à leur application de banque mobile. Ils pouvaient déjà adopter un code à 4 chiffres, plus rapide que le classique couple identifiant – mot de passe, ils pourront désormais se contenter de passer le doigt sur le bouton de leur téléphone. Aucune obligation, cependant : chaque utilisateur continuera à choisir le mode d'authentification qu'il préfère entre ces 3 possibilités.

Les consommateurs étant de plus en plus enclins à consulter leurs comptes plusieurs fois par jour, il est vrai qu'une simplification sensible des gestes nécessaires pour ce faire peut paraître non seulement légitime mais aussi, potentiellement, porteuse de valeur commerciale. Comme, par ailleurs, 15% des adeptes des services de banque mobile – qui représentent eux-mêmes la moitié des 1,2 millions de clients de St George – sont aujourd'hui propriétaires d'un iPhone 5s, l'initiative prend tout son sens.

En dépit des risques qu'est susceptible d'introduire dans une application sensible l'utilisation de la technologie biométrique « Touch ID » d'Apple (déjà abordés dans ces colonnes), le responsable informatique de la banque se déclare confiant pour la sécurité de cette approche. Naturellement, cette appréciation est à mettre en regard de l'extraordinaire facilité d'accès obtenue. De plus, le caractère optionnel du mécanisme laisse supposer qu'il peut être désactivé rapidement en cas d'incident majeur.

Entre les applications qui affichent des informations sans authentification préalable et ces nouvelles tentatives de simplification des procédures d'identification, la tendance actuelle dans la banque mobile est résolument à l'optimisation de l'expérience client, quitte à bousculer (légèrement) le délicat équilibre avec la protection des comptes…

Touch Id sur iPhone 5s

samedi 23 août 2014

L'assistant virtuel USAA a réponse à tout

USAA
Lancé en mode expérimental il y a 2 ans et constamment amélioré depuis, l'assistant virtuel intelligent de l'américaine USAA vient de faire son entrée officielle au cœur de son application de banque mobile, prêt à répondre à toutes les questions de ses clients. Interagir à distance avec ses finances personnelles n'a jamais été aussi simple !

Les échanges avec le nouveau service – qui reste accessible à tout moment au cours de la navigation dans le logiciel – sont conduits en langage naturel, vocalement ou par tchat (la voix étant particulièrement prisée en voiture, à la grande satisfaction de l'assureur qu'est aussi USAA). Capable d'interpréter des formulations relativement sophistiquées, il permet au mobinaute aussi bien d'effectuer une recherche dans ses comptes (« combien d'argent ai-je dépensé le mois dernier ? ») que de demander un conseil ou exécuter une transaction (« paye ma facture d'électricité mardi prochain »).

Afin de rendre son assistant encore plus pertinent et plus efficace, USAA l'a récemment doté de capacités d'auto-apprentissage. Ainsi, à partir d'une observation et d'une analyse du comportement de l'utilisateur dans l'application (par exemple ses habitudes de connexion ou de traitement des opérations), l'outil pourra mieux comprendre ses interrogations, mais aussi lui offrir des recommandations personnalisées, pro-actives, destinées à l'aider dans son quotidien ou lors de ses grandes décisions (investissement, achat immobilier…).

Aujourd'hui, le système est à même d'appréhender quelques 2 000 types de questions. Ce corpus est régulièrement enrichi par une équipe interne dédiée, qui collecte et analyse les demandes des utilisateurs et ajoute les modèles de réponse appropriés, au fur et à mesure de leur mise au point. Pour démultiplier ses compétences (en cible, il devrait être possible de gérer 10 fois plus de questions), la banque envisage de mettre à contribution l'agent Watson d'IBM (qu'elle exploite déjà dans un autre domaine).

Assistant virtuel mobile USAA

Aussi intelligent que soit son assistant virtuel, USAA reconnaît que, parfois, ses clients ont également besoin de dialoguer avec un humain pour traiter leur problématique. Alors, où qu'ils se trouvent dans l'application mobile et en particulier s'ils ne sont pas satisfait d'une réponse « automatique », ils peuvent contacter le centre d'appel d'un seul geste. Et là, magie de la technologie (en l'occurrence la « ToIP », c'est-à-dire la téléphonie par Internet), le contexte de la demande (comprenant les dernières actions réalisées) est transmis à l'opérateur qui prend en charge la demande.

En pratique, cela signifie que la conversation avec le conseiller peut reprendre, instantanément, exactement là où l'utilisateur de l'application a rencontré une difficulté ou a éprouvé le besoin de solliciter un conseil. Voilà un magnifique exemple de banque « omni-canal » (comme on dit maintenant) ! Le souci du détail va jusqu'à la gestion de l'authentification : lorsqu'il émet un appel par ce biais, le client n'a pas besoin de faire valider son identité, la sécurité intégrée au logiciel mobile est en quelque sorte transposée sur le canal téléphonique.

La démarche adoptée par USAA constitue elle-même un modèle : là où beaucoup d'« innovateurs » se contenteraient de mettre en œuvre un dispositif (technique) d'assistant virtuel, l'attention est ici focalisée sur les attentes des clients. Ayant observé le nombre important d'appels à un conseiller dans la demie-heure qui suit une session mobile, la banque renforce d'abord la qualité des réponses apportées au sein de son application, puis facilite le rebond vers le centre de contact, dans une évolution extensive et cohérente de son offre.

vendredi 22 août 2014

Bitcoin au secours des micro-paiements ?

ChangeTip
Il est une idée largement répandue qui suggère que le coût marginal d'exécution des transactions en Bitcoin permettrait de faire de la cryptomonnaie une réponse idéale aux besoins de micro-paiements. Pourtant, lorsque CoinBase se lance dans l'aventure en lançant ChangeTip, il apparaît que la réalité est légèrement différente…

Dans son principe, le modèle retenu par la startup est parfaitement adapté aux cas d'utilisation envisagés : il suffit en effet de poster un message ou un commentaire sur l'une des plates-formes de réseau social supportées (Twitter, YouTube, Google+, Tumblr, Quora…), en mentionnant le destinataire et le montant à verser (sans oublier de citer ChangeTip, naturellement), pour effectuer un don à l'auteur d'un billet ou d'une vidéo, bénéficier d'un accès sans publicité à un blog, envoyer un cadeau à un ami, partager les frais d'une soirée…

En son cœur, ChangeTip repose sur des échanges en Bitcoin, chaque utilisateur disposant d'un compte virtuel dans cette monnaie. Ce choix permet (théoriquement) de bénéficier des coûts extrêmement bas (par nature) des opérations, et est donc particulièrement pertinent pour des échanges de très petits montants. Afin d'accroître son attractivité, ChangeTip offre tout de même la possibilité de libeller les opérations dans la devise de son choix. Dans ce cas, une conversion (symbolique) intervient préalablement à l'exécution du mouvement, au cours en vigueur à cet instant.

ChangeTip

Cependant, le raisonnement n'est pas poursuivi jusqu'à son terme, puisque les transactions sont en fait gérées en dehors du blockchain, le « grand livre » comptable (distribué) du Bitcoin. Plus clairement, cela signifie que les paiements réalisés via ChangeTip sont uniquement enregistrés localement, dans les comptes (virtuels) détenus auprès de la startup. Les échanges monétaires ne sont réellement validés et « officialisés » que lors d'un transfert vers un porte-monnaie externe.

En conséquence, le dispositif s'avère finalement identique à ceux ayant fait l'objet d'expérimentations (peu concluantes) par le passé, avec pour seule différence une devise de traitement un peu originale. Si les frais d'alimentation et de retrait sont moins élevés qu'avec les solutions classiques, les frictions à l'usage restent entièrement présentes. Et tant pis pour le rêve dans lequel on pourrait associer son profil Twitter ou Facebook à son porte-monnaie Bitcoin existant et gérer les paiements directement, sans les inconvénients d'un compte intermédiaire…

Impossibilité technique ou choix délibéré des concepteurs ? Difficile d'acquérir une certitude. Il semblerait qu'il existe effectivement des limitations dans les protocoles de la cryptomonnaie, qui pourraient justifier qu'elle ne soit pas aussi adaptée qu'on le croit aux micro-paiements (en volume). Mais n'y aurait-il pas alors moyen de contourner cette difficulté ? Décidément, le Bitcoin est un sujet extraordinairement complexe pour le commun des mortels et ses multiples « recoins » ont encore besoin d'être explorés…

jeudi 21 août 2014

De la gestion de budget au conseiller shopping

Forrester
L'euphorie qu'a connue ces dernières années la gestion de finances personnelles (PFM pour son acronyme en anglais) – matérialisée par la création d'une multitude de nouvelles solutions aux innombrables variations de formes et de fonctions – est maintenant largement retombée. Alors, idée à oublier ou efforts à poursuivre ?

Un billet de blog par Stephen Walker (Forrester) présente une synthèse de la situation et procure quelques éléments de réflexion pour nous aider à répondre à cette importante question. Au niveau du constat, une seule statistique – extraite d'une enquête menée aux États-Unis et en Europe – suffit à éclairer le débat : interrogés sur leurs usages au cours des 90 jours précédents, seuls 22% des consommateurs affirment avoir utilisé au moins une fonction de gestion financière.

Alors que les outils adéquats sont désormais accessibles presque universellement, au cœur des services (en ligne et mobiles) des banques ou d'acteurs tiers (par exemple Bankin ou Linxo, en France), cette désaffection massive ne doit pas surprendre. En effet, personne n'a réellement envie de faire l'effort de gérer son argent et, si les représentations graphiques et autres gadgets ludiques peuvent séduire au premier abord, la tâche ingrate de suivi de budget ne résiste pas au temps.

Selon S. Walker, les personnes qui pourraient profiter le plus d'une solution de PFM (celles qui sont en situation difficile) sont probablement déprimées par l'image de leurs finances qui leur est renvoyée, ce qui les conduirait à les abandonner encore plus rapidement. Et les tentatives de « socialisation » des bonnes pratiques ou bien les conseils prodigués – consistant le plus souvent à préconiser d'épargner plus et à dépenser moins – ne font que renforcer une désagréable perception d'impuissance.

PFM

La réalité est que ce que veulent les utilisateurs, c'est acheter, et ce qu'ils attendraient d'un outil de gestion financière, ce sont des recommandations pour consommer « mieux ». Il est inutile de leur proposer de créer un projet d'épargne pour s'offrir un jour une tablette ou un voyage au bout du monde, il vaut mieux accompagner la décision déjà prise. Ainsi, la solution « idéale » serait capable de leur dire : « tu n'as pas les moyens de te payer ceci mais, si tu y tiens absolument, tu devrais souscrire ce crédit et éviter d'aller si fréquemment au restaurant ».

Peut-être à ce moment et dans ce contexte précis est-il aussi possible de suggérer de remettre l'achat à plus tard, en établissant un projet d'épargne contextualisé. En tous cas, il n'est plus question de gestion de budget, l'application de PFM s'est transformée en « conseiller shopping » et, si celui-ci est suffisamment intelligent, il sera consulté régulièrement, les finances personnelles de l'utilisateur seront (un minimum) sous contrôle, et l'objectif de son fournisseur (banque ou startup) sera atteint !

mercredi 20 août 2014

Wells Fargo chaperonne les startups

Wells Fargo
Et une de plus ! Dans le sillage d'une vague qui conquiert les plus grandes banques du monde entier, Wells Fargo annonçait aujourd'hui le lancement officiel de son accélérateur de startups. Quelques particularités notables justifient tout de même de s'arrêter un moment sur cette nouvelle initiative.

Au premier abord, ses modalités de fonctionnement sont pourtant plutôt classiques. Quelques jeunes pousses (entre 10 et 20 par an, en régime de croisière), soigneusement sélectionnées (sur dossier), seront accueillies pour un programme de 6 mois, au cours duquel elles bénéficieront d'un accompagnement rapproché – de la part d'une équipe pluridisciplinaire – qui leur permettra d'affiner et valider leur projet. Par ailleurs, la banque investira entre 50 000 et 500 000 dollars dans chacune des entreprises participantes.

C'est du côté des objectifs assignés à l'accélérateur que l'approche devient moins conventionnelle. Ainsi, le rendement financier des investissements ne figure pas parmi les priorités de Wells Fargo. Surtout, la démarche d'accompagnement s'avère ici extrêmement concrète, puisque la véritable finalité du dispositif serait d'arriver à un déploiement dans la banque des produits des startups choisies. De plus, les candidats au programme seront rassurés de savoir qu'aucune exclusivité ne leur est demandée.

Wells Fargo Startup Accelerator

Ce modèle est frappé au coin du bon sens. En effet, parmi les entrepreneurs se lançant dans la « FinTech », nombreux sont ceux qui manquent cruellement d'expérience dans la relation avec les institutions financières qu'ils sont amenés à fréquenter ou dans les pratiques et usages incontournables du secteur, notamment dans le domaine réglementaire. En conséquence, ils se retrouvent fréquemment confrontés à des difficultés qu'ils n'avaient pas anticipées et qu'ils ne savent pas résoudre au moment de concrétiser leur premier contrat.

Dans ces conditions, il est parfaitement raisonnable de prendre le problème à bras-le-corps, en amont, et de consacrer le temps et les moyens nécessaires à aligner l'offre émergente de la jeune pousse avec les exigences de ses futurs clients ou partenaires. En ce sens, la valeur de l'accélérateur est inestimable pour les 2 parties : Wells Fargo devrait en retirer une certaine assurance d'obtenir une solution compatible avec sa « culture » et la startup gagnera un temps précieux dans son développement, en plus d'une référence prestigieuse.

Si les promesses sont tenues, cette initiative pourrait représenter un magnifique exemple à suivre pour toutes les grandes entreprises désireuses de collaborer avec des jeunes pousses afin de démultiplier leurs capacités d'innovation.