C'est pas mon idée !

samedi 25 février 2017

L'étrange plan de sauvetage de RBS

RBS
Huit ans après sa nationalisation, le groupe britannique RBS continue à accumuler les pertes, tout en échouant à remplir les conditions que lui avaient fixées les autorités européennes en contrepartie de son sauvetage par le gouvernement de sa Majesté. Ce dernier propose maintenant une autre approche, pour le moins originale…

Sur les 5 obligations imposées à RBS lors des négociations avec le commissaire européen à la concurrence en 2009 et en 2014, il en reste une qui n'a pas été remplie, dont l'échéance arrive à la fin de cette année et qui paraît maintenant impossible à satisfaire (notamment en raison du Brexit, selon ses responsables) : la séparation et la cession d'une partie de l'activité de la banque, matérialisée aujourd'hui par un réseau de 307 agences rassemblées sous la marque Williams & Glyn.

Devant cette impasse, le chancelier de l'échiquier a concocté un plan radicalement différent. Celui-ci préserverait l'objectif initial de la mesure de stimuler la concurrence sur les services financiers au Royaume-Uni, mais il présenterait l'avantage d'être beaucoup mieux adapté aux enjeux du secteur en 2017 et en parfait alignement avec la stratégie actuelle du gouvernement. Il s'agirait en effet de favoriser directement et concrètement le développement des banques « challengers », dont les startups de la FinTech.

En pratique, la formule retenue comprendrait 4 axes principaux : la mise en place d'un fonds indépendant affecté au financement des néo-banques pour l'extension de leurs services aux PME, une réserve destinée à soutenir les incitations aux entreprises à migrer leurs comptes vers les nouveaux entrants, la mise à disposition du réseau d'agences de RBS pour les opérations sur les espèces et les chèques des clients de ses petits concurrents et la création d'un fonds d'investissement dédié à la FinTech.

Le dispositif complet représenterait un coût de 750 millions de livres pour le groupe, qui l'a, d'ailleurs, déjà provisionné dans ses comptes de 2016. Et, pour résumer l'idée du gouvernement britannique, cette somme (conséquente) constituerait donc une contribution extraordinairement directe de RBS à la promotion de sa propre concurrence (jusqu'à pousser ses clients à la quitter pour les acteurs émergents !). Il faudra certainement instituer des contrôles sévères pour éviter toute dérive !

En tout état de cause, la détermination des autorités à faire de la Grande-Bretagne (et, surtout, de Londres) le paradis de la FinTech est plus forte que jamais et conduisent à des solutions aussi diverses qu'inédites. Outre la prise de conscience du besoin d'une concurrence locale plus vive, toutes ces démarches montrent aussi une volonté inébranlable de limiter les effets du Brexit sur un secteur extrêmement important pour l'économie du pays. Les places européennes qui veulent s'emparer de son titre n'ont pourtant pas l'air de prendre la mesure des moyens engagés dans cette bataille vitale…

Information Williams & Glyn

vendredi 24 février 2017

La menace quantique pèse sur la cybersécurité

Atome
Comme si la cybercriminalité quotidienne ne suffisait pas à empêcher les spécialistes de la sécurité de dormir, les progrès rapides de l'informatique quantique feraient maintenant planer une sérieuse menace d'obsolescence sur les algorithmes de chiffrement modernes. Mais faut-il vraiment s'en inquiéter dès aujourd'hui ?

Même si la perspective paraît encore lointaine, les premiers ordinateurs quantiques opérationnels ne devant pas arriver sur le marché avant une dizaine d'années, elle présente un défi d'une telle ampleur que la tension monte parmi les experts. En effet, toute nos données sensibles – qu'elles soient au repos (stockées sur des supports chiffrés) ou en transit (échangées via des protocoles comme HTTPS) – sont protégées par des algorithmes incapables de résister aux capacités de ces futurs calculateurs.

Face à ce danger, les intervenants d'une table ronde consacrée à ce sujet lors de la récente conférence RSA délivrent un message rassurant : ne paniquez pas et n'agissez pas dans la précipitation. Plus précisément, ils conseillent d'abord d'attendre les conclusions d'un chantier lancé à la fin de l'année dernière par le NIST (l'institut américain en charge des standards technologiques), actuellement en phase d'appel à contributions, et qui devrait aboutir à une recommandation officielle dans les 5 ans.

Il n'en reste pas moins que, dans l'intervalle, il n'est probablement pas inutile de se préparer. Car, quelle que soit l'échéance à laquelle la menace se concrétisera, il est au moins deux certitudes incontournables à prendre en compte sans tarder. En premier lieu, les techniques de chiffrement en vigueur en 2017 devront impérativement être remplacées, à terme. Or, au vu des délais de retrait des algorithmes devenus obsolètes par le passé, mieux vaut s'accoutumer tout de suite à l'idée du changement à venir…

D'autre part, la promesse de l'arrivée de systèmes capables de percer un jour des secrets pour l'instant inviolables donne des idées à certaines organisations, qui capturent et collectent des masses de données chiffrées en imaginant qu'elles pourront en tirer de la valeur quand elles disposeront des moyens de les exploiter. Cette hypothèse ne devrait pas angoisser la plupart des entreprises, mais peut-être vaut-il mieux s'en assurer et prendre des précautions spécifiques vis-à-vis des éventuels risques résiduels.

Les experts ne manquent pas de souligner que, avant la généralisation des ordinateurs quantiques, une multitude d'autres menaces, bien réelles, pèsent déjà sur la société de l'information – entre erreurs d'implémentation des protocoles existants et défauts logiciels – et doivent constituer la priorité des professionnels de la sécurité. De leur côté, les chercheurs ont un extraordinaire challenge à relever, celui de créer les algorithmes de chiffrement résistants de demain et, beaucoup plus difficile, d'en valider la robustesse.

Effet Quantique

jeudi 23 février 2017

Une boussole pour l'innovation

Celent
Maintenant que la plupart des dirigeants d'entreprise sont convaincus de la nécessité d'innover, ils se posent de nouvelles questions : face au foisonnement de technologies émergentes, aux changements dans les comportements des clients, aux acteurs disruptifs, comment identifier les pistes les plus prometteuses et quels moyens faut-il leur consacrer ?

Rebondissant sur un événement intitulé « Lost in Innovation » organisé à Londres par le cabinet Celent, Jamie Macgregor, SVP, se penche sur ce sujet dans le contexte spécifique de l'assurance. Là comme dans les autres secteurs économiques, les défis ne manquent pas, entre internet des objets, intelligence artificielle, blockchain… du côté des stimulants technologiques, et vague de l'InsurTech, développement de l'économie collaborative, dérèglement climatique… en guise d'aiguillons du changement.

Intuitivement, il semble évident qu'il est impensable pour une compagnie d'assurance de lancer des expérimentations tous azimuts, avec des budgets et des ressources illimités. En revanche, il est tout aussi impossible de savoir par avance quelles directions sont susceptibles d'aboutir à des solutions gagnantes. En conséquence, tous les acteurs de l'innovation finissent toujours par affronter le même dilemme : trouver l'équilibre parfait entre la diversité des projets et la répartition des moyens (limités) disponibles.

En simplifiant un peu le propos, la solution réside dans une culture d'exploration. En surface, cela revient à confirmer qu'aucune possibilité ne doit être négligée. Au préalable, il faut cependant définir un cadre permettant de fixer des limites et éviter les dérives (de coûts, notamment). Dès lors, les hypothèses peuvent être testées rapidement, donnant lieu systématiquement à une collecte d'information et une analyse des résultats avant d'envisager une suite. Le réflexe le plus dangereux est de vouloir industrialiser un concept trop tôt, avant qu'il n'ait réellement fait ses preuves, de préférence sur le terrain.

Pour accompagner cette démarche, quelques conseils utiles méritent d'être rappelés. Outre l'injection de « sang frais » provenant d'horizons différents (dont il faudra néanmoins prendre soin de maintenir la motivation), le recours à des partenariats est à placer en tête de liste, car il offre une réponse facile à la pénurie de ressources internes (que ce soit en termes de disponibilité ou de compétences). La mesure de la valeur de l'innovation est un autre sujet critique : pourquoi ne pas passer du sacro-saint ROI, généralement inepte avec des idées d'avant-garde, à une notion de « perte acceptable », par exemple ?

Enfin, l'innovation requiert un indispensable regard critique sur ce qui est produit, avec une évaluation permanente (en cycles extrêmement courts), objective et transparente du bénéfice apporté au client, à partir d'informations fiables. C'est à cette condition qu'il deviendra possible d'écarter rapidement les concepts à la mode mais sans avenir et de placer les efforts (et les budgets) sur les projets ayant à la fois le plus de chances de réussite et le meilleur potentiel de disruption (et, un jour, de retour sur investissement !).

Boussole

mercredi 22 février 2017

Naissance d'une méga-néo-banque ?

SoFi
Les signes de l'imminence du troisième âge de la FinTech se précisent peu à peu. Ainsi, quand SoFi, une des rares licornes de la finance participative, acquiert Zenbanx, fournisseur de compte mobile multi-devises, la voie est ouverte à l'émergence d'une néo-banque géante prête à fondre sur les marchés protégés des institutions traditionnelles.

À l'origine, Social Finance (SoFi) a été conçue comme une plate-forme de crowdfunding spécialisée dans le refinancement de prêts étudiants. Elle s'est ensuite diversifiée, notamment dans le crédit à la consommation et le crédit hypothécaire ainsi que, sur le versant investissement de son modèle, l'assurance vie et la gestion de patrimoine. Et même si les 12 milliards de dollars prêtés qu'elle affiche à ce jour sont une goutte d'eau dans le secteur, elle doit son titre de licorne non seulement à sa valorisation mais aussi aux presque 2 milliards que lui ont apportés plusieurs investisseurs renommés.

Zenbanx, de son côté, a été fondée par le pionnier de la banque à distance en Amérique du Nord, sur l'idée de créer un compte multi-devises, pour les citoyens du monde, simple d'accès, toujours disponible et économique. Sans être elle-même détentrice d'une licence bancaire, la jeune pousse s'appuie sur les services de partenaires locaux (au Canada et aux États-Unis, où sa solution est actuellement disponible) pour offrir à ses clients un véritable compte courant (assuré) et non seulement une carte prépayée.

Avec cette fusion, SoFi veut donc étendre son emprise au-delà du crowdlending. Or, contrairement à quelques précédents, l'objectif visé ici n'est pas seulement de capitaliser sur une clientèle existante susceptible d'adopter des produits supplémentaires. L'ambition commune affichée par les deux partenaires est en effet de bâtir un autre modèle de services financiers, reposant sur une expérience client optimisée, accessible partout et à tout moment, et couvrant toute l'étendue des besoins des consommateurs.

En pratique, le rapprochement est particulièrement significatif à la fois parce qu'il permet à SoFi de proposer à ses clients une palette de produits qui la place de plus en plus en concurrence directe des banques traditionnelles et également par la possibilité d'extension qu'il laisse entrevoir sur son modèle économique. Même s'il s'agit d'un retour à un modèle classique, l'ajout de capacités de financement des prêts par les dépôts sur les comptes courants peut représenter un intéressant accélérateur de son activité, d'autant qu'il pourrait tout de même prendre une forme d'épargne originale.

La stratégie esquissée SoFi et Zenbanx est claire et ambitieuse. Elle dénote peut-être un excès de mégalomanie de la part d'un acteur courtisé par les investisseurs et dont les coffres sont bien (trop ?) remplis. Toujours est-il qu'elle représente probablement une tendance qui va s'affirmer progressivement dans les prochains mois et années et qui finira inéluctablement par peser sur les institutions financières qui restent imperturbablement convaincues que les startups ne peuvent survivre sans collaborer avec elles.

Mariage entre SoFi et Zenbanx

mardi 21 février 2017

Un plan d'action « digital » concret pour BPCE

BPCE
Yves Tyrode, « Chief Digital Officer », nous l'avait promis peu de temps après son arrivée, le plan d'action « digital » de BPCE est maintenant arrivé. Et, en comparaison des orientations ultra-génériques dont les banques ont l'habitude, celui-ci fait montre d'une certaine substance, de bon augure. Il ne reste plus qu'à en assurer la mise en œuvre…

S'adapter à l'évolution des comportements des consommateurs, faire face à l'émergence d'une nouvelle concurrence, prendre en compte l'accélération technologique… ce sont les défis qu'identifient toutes les institutions financières et, au-delà, les entreprises de tous les secteurs. Et le besoin de placer le client au centre des préoccupations, la nécessité d'adopter d'autres manières de travailler (dont le fameux « mode startup »), l'exigence d'efficacité opérationnelle… constituent leurs réponses standardisées.

Malheureusement, beaucoup évitent soigneusement d'expliquer comment elles comptent passer de ces généralités (banalités ?) à la pratique. C'est la principale raison pour laquelle la présentation du plan de BPCE surprend : sans être excessivement détaillée, elle dessine clairement les contours des multiples chantiers à entreprendre. Ainsi, non seulement la banque se fixe-t-elle une cible de transformation à partir des constats (universels) qu'elle dresse, elle précise également comment elle espère l'atteindre.

En filigrane, c'est encore un autre aspect de cette description qui retient le plus l'attention. Car si quelques solutions destinées aux clients sont bien présentes dans le panorama (après tout, il s'agit de faire évoluer la banque de proximité !), un accent particulier est mis aussi (peut-être même plus) sur les fondations, parmi lesquelles figurent, notamment, les moyens nécessaires au changement de culture interne et le socle technique capable de supporter la future banque « digitale », dans un écosystème étendu.

Transformation de la Banque de Proximité BPCE

La mutation commence par l'organisation de l'informatique. Schématisée par un modèle à 3 niveaux – cœur bancaire, plate-forme d'API et applications –, elle reprend l'approche bi-modale chère à Gartner. Dans cette logique, le socle de base a vocation à être industrialisé à l'extrême, ce qui se traduit par des efforts de mutualisation et de rationalisation, matérialisés par un plan spécifique d'excellence opérationnelle, visant à économiser 350 millions d'euros (part de l'IT, sur un total d'un milliard) sur 3 ans.

Le versant applicatif, quant à lui, sera pris en charge par une « digital factory » – plus agile, conçue pour des cycles de développement rapides –, qui devrait rassembler 1 000 personnes et qui bénéficiera d'investissements significatifs, à hauteur de 750 millions d'euros. Enfin, entre ces deux univers, le lien sera assuré par une couche généralisée d'API industrielles. Là se situe la réserve que j'émettrai sur le projet (et, plus généralement, sur la recommandation de Gartner). En effet, l'articulation entre les deux modes est extraordinairement délicate, et pas uniquement sur le plan technique.

À partir de cette architecture ré-agencée, de nouvelles opportunités pourront être captées. Ce sera le cas, par exemple, de l'ouverture des services financiers à des partenaires – startups en tête –, qui deviendra un axe fort de développement pour BPCE, avec non seulement la mise à disposition de ces capacités informatiques mais également des dispositifs complémentaires : offre bancaire adaptée, « startup act » pour assouplir les processus d'achats, accès aux clients du groupe pour des tests…

Vient ensuite le volet « culturel », c'est-à-dire l'indispensable accompagnement de l'ensemble des effectifs dans une nouvelle ère de la banque. Dans ce registre, l'équipement individuel (matériel et logiciel, via un AppStore privé), le renforcement des moyens de collaboration interne (dont le réseau social d'entreprise), la mise en place de campagnes de développement « digital » personnel… sont quelques-unes des actions concrètes qui seront lancées pour éviter tout effet d'isolation de la « digital factory ».

La route est désormais tracée et elle ne sera certainement pas de tout repos. Quoi qu'il en soit, les ambitions affichées par BPCE et les moyens qu'elle se donne pour les satisfaire sont manifestement à la hauteur des enjeux, autant par la dimension pharaonique des travaux qu'elle veut engager que par l'« extensivité » de leur périmètre (et encore n'ai-je pas ici abordé les projets pour Fidor ou pour les réseaux d'agences). Rendez-vous est donc pris dans un peu moins de 4 ans avec une nouvelle banque « digitale »…

lundi 20 février 2017

Un bac à sable industriel pour le Royaume-Uni

Innovate Finance
Depuis quelques mois, les « bacs à sable » réglementaires se sont multipliés, permettant à de jeunes pousses d'expérimenter leur produit sous un régime simplifié. Au Royaume-Uni, où cette idée est née, une version plus technologique du même concept est actuellement à l'étude afin, toujours, de favoriser l'innovation dans le secteur financier.

Le projet n'en est aujourd'hui qu'au stade de la consultation publique, initiée par l'association Innovate Finance – dont les membres comprennent plusieurs banques, quelques grandes entreprises informatiques et une liste impressionnante de startups de la FinTech – sous l'impulsion de la FCA, le régulateur britannique. Il est vrai qu'il est suffisamment ambitieux pour nécessiter un temps de réflexion préalable, ne serait-ce que pour valider la convergence d'intérêts de tous les acteurs qu'il envisage d'impliquer.

Le principe du « bac à sable » consisterait en effet à établir un environnement virtuel, dans lequel seraient assemblés des données et des solutions technologiques, fournies par ses différents membres et partenaires. Ainsi armés, les entrepreneurs pourraient alors concrétiser leurs idées plus rapidement et accélérer leurs cycles de développement. Les institutions financières y trouveraient également leur compte grâce à la démultiplication des opportunités de co-innovation que procurerait l'ouverture de leurs ressources.

Un deuxième avantage d'un dispositif commun, dont l'enjeu est potentiellement colossal pour la place de Londres, serait sa possible capacité à fédérer l'écosystème de la finance (acteurs historiques et émergents confondus) autour de projets de place, tels que la gestion d'identité numérique, la lutte contre la fraude, la supervision des algorithmes d'intelligence artificielle…, dont on ne peut espérer raisonnablement qu'ils aboutissent rapidement si les efforts sont dispersés et produisent des solutions hétérogènes.

Naturellement, la démarche proposée risque de froisser les banques, pour lesquelles la proposition de valeur est susceptible de paraître déséquilibrée, puisqu'elles seraient vraisemblablement les principales pourvoyeuses de données, au profit de concurrents potentiels. Si elles ne parviennent pas à apprécier à sa juste mesure le retour qu'elle peuvent espérer sur un modèle d'innovation ouverte, il ne restera qu'au régulateur à leur donner un coup de pouce comme il en a le secret (vu à l'œuvre avec l'initiative midata).

Le « bac à sable » est encore loin du déploiement et bien des obstacles ralentiront certainement sa mise en place. Quoi qu'il en soit et même dans son état présent de simple concept, il constitue une arme supplémentaire dans l'armada britannique visant à défendre la place de numéro 1 de la FinTech qu'a acquise la ville de Londres. Et elle présente des arguments extrêmement convaincants aux entrepreneurs…

Appel à commentaires Innovate Finance

dimanche 19 février 2017

Offre bancaire différente pour clients différents

Barclays
Tandis que le monde change autour de nous, dans de multiples dimensions, les banques sont constamment mises au défi d'adapter leurs modèles séculaires aux nouvelles réalités. Parmi celles-ci, l'évolution des approches de l'emploi s'avère particulièrement difficile à appréhender. Barclays est une des premières à s'y attaquer…

Historiquement, la relation avec les institutions financières repose pour une large part sur la domiciliation d'un salaire fixe. Encore régulièrement exigée pour l'ouverture d'un compte courant, cette condition devient (presque) impérative pour espérer obtenir un crédit immobilier. Le niveau de rémunération de l'emprunteur est alors le critère principal utilisé pour fixer le montant maximal du prêt et plafonner sa capacité de remboursement. Conséquence, une personne sans revenu stable est (plus ou moins) exclue.

Si les occurrences de ce genre étaient jusqu'à récemment, sinon rares, du moins cantonnées à quelques cas relativement bien maîtrisés (professions libérales, artisans, CDD…), elle deviennent maintenant beaucoup plus fréquentes et, surtout, correspondent à des situations extrêmement diverses, entre le chauffeur Uber et le fondateur de startup, par exemple. De plus en plus de personnes étant concernées, les banques n'ont d'autre choix que d'adapter leurs offres à ces clients qu'elles considèrent atypiques.

C'est donc ce que tente de faire, plutôt timidement pour l'instant, Barclays au Royaume-Uni, en abordant une frange spécifique de population : les entrepreneurs de secteurs de forte croissance. Concrètement, sa nouvelle offre de crédit hypothécaire prend en compte, au-delà des salaires (peu représentatifs de leur situation globale), les revenus de leurs investissements et ceux qu'ils tirent de leur propre entreprise, intégrant ainsi dans l'évaluation de leur capacité d'emprunt des sources de profits plus incertaines.

Bien sûr, on est encore très loin, ici, de l'inclusion financière des modèles d'emploi alternatifs, d'autant que l'initiative émane de la banque privée de Barclays et qu'elle ne s'adresse donc qu'à des clients préalablement identifiés comme possédant un patrimoine. Ce choix présente cependant l'avantage de permettre un « filtrage » manuel et individualisé (car ciblant un faible nombre de bénéficiaires potentiels), grâce auquel une démarche expérimentale est probablement plus simple à mettre en œuvre.

Rapidement, les banques devront apprendre à gérer des populations aux profils variés, pour lesquelles leurs vieux standards sont inapplicables. Pour ce faire, il leur faut identifier les tendances émergentes de l'emploi et réfléchir aux critères spécifiques à chacune d'elles, qui leur fourniront la mesure de risques dont elles ont besoin pour remplir leur rôle tout en continuant à respecter leurs normes de sécurité. À défaut, de nouveaux acteurs arrivant sur le marché avec des solutions de niche capteront les opportunités…

Barclays pour les entrepreneurs

samedi 18 février 2017

Kevin, le chatbot qui assure !

Kevinsured
Chatbot, blockchain, économie du partage, réseaux sociaux… toutes ces tendances à la mode rassemblées pour créer une assurance d'un nouveau genre ? Il serait facile de croire à un débordement de communicant sous acide… Pourtant, Kevin réussit parfaitement cette alchimie et parvient à délivrer une promesse tout à fait convaincante.

L'ambition de cette solution originale – conçue grâce à une collaboration entre une jeune pousse spécialiste de la réputation sociale, Traity, et un grand groupe d'assurance australien, Suncorp – est d'offrir une couverture sur les transactions commerciales entre particuliers, notamment sur les sites de petites annonces, quels qu'ils soient. Comme il arrive souvent, une mésaventure personnelle d'un des fondateurs de la startup, victime d'une fraude lors de l'achat d'un PC, est à l'origine de l'idée.

En pratique, le parcours de l'utilisateur se déroule en quelques étapes simples. Tout d'abord, l'une des parties de l'échange, préalablement inscrite, interpelle le chatbot Kevin sur Facebook Messenger et décrit, le plus précisément possible, les termes de l'opération à assurer. Le service répond avec une proposition de « contrat », sous la forme d'un lien qui va être utilisé pour identifier la contrepartie : l'accès aux profils sociaux (Facebook, a priori) des deux personnes concernées permet de valider leur « fiabilité ».

Une fois l'accord conclu, Kevin demandera aux parties, au terme de la transaction, si elles sont satisfaites de son déroulement, à travers un système de notation par étoiles (qui permet, incidemment, d'alimenter les algorithmes d'évaluation des risques). Naturellement, en cas de litige – vol, fraude, contrefaçon, fausse représentation…, signifié par une note minimale –, une procédure de dédommagement est initiée. En synthèse, nous nous trouvons ici face à une véritable solution d'assurance par réputation.

Accueil Kevinsured

Au-delà de son produit, Traity a également imaginé un mécanisme destiné à instaurer auprès des consommateurs la confiance qui fait la force des assureurs traditionnels. Chacun d'entre nous est prêt à payer une prime à une compagnie pour couvrir un risque parce que nous avons la certitude d'être indemnisé lorsque survient un sinistre (et des contrôles réglementaires le vérifient régulièrement). Comment un petite entreprise inconnue, sans références, peut-elle espérer convaincre ses clients de sa solvabilité ?

La méthode employée pour ce faire est finalement très simple, exploitant la capacité de la blockchain (du bitcoin) à jouer un rôle d'intermédiaire de confiance logiciel. Ainsi, outre que les polices d'assurance y sont elles-mêmes enregistrées, à fins d'horodatage, chacune d'elles s'accompagne de l'achat par Kevin de l'équivalent en crypto-devises de 10% du risque couvert (pour un risque réel estimé à 1%). Ce dépôt est revendu à l'échéance mais, entre temps, tout un chacun peut vérifier sur le grand livre du bitcoin la présence des réserves nécessaires au respect des engagements de la société.

Tout cela n'est, pour l'instant, qu'une expérience. L'assurance proposée est entièrement gratuite, pour une protection limitée à 100 dollars, et les déclarations de sinistres sont traitées manuellement (quelle révolution si le processus était automatisable !). Même le recours au chatbot n'est considéré que comme un premier pas. Par ailleurs, ses concepteurs ne font pas mystère de ses limitations actuelles. Mais ils posent les bases d'une réflexion sur ce que peut devenir l'assurance dans le monde de demain.

vendredi 17 février 2017

L'innovation peut-elle être automatisée ?

LSE Business Review
Dans la série des métiers à forte valeur ajoutée potentiellement menacés par les progrès de l'intelligence artificielle, un article de la revue de la « London School of Economics » aborde les possibilités d'automatiser l'innovation ouverte. Derrière les solides arguments avancés par ses auteurs, cette hypothèse est-elle sérieuse ?

Le raisonnement part d'un constat de semi-échec sur le marché des plates-formes d'innovation ouverte : entre des idées produites rarement disruptives et une difficulté à transformer un concept en projet concret, leurs résultats sont généralement mitigés. On pourrait arguer que cette observation porte sur un périmètre réduit, faiblement représentatif. La réalité la confirme pourtant plus largement. Quels que soient les outils et méthodes employés, le recours à la foule ne produit (presque) jamais de miracles.

Face à cette situation, il est donc aisé d'imaginer un scénario dans lequel un « robot » assume les tâches d'innovation ouverte. Il commence par écouter et analyser la demande de l'utilisateur, à partir de laquelle il identifie, grâce à un accès aux données de l'entreprise, les causes originelles du problème à résoudre. Il va ensuite pouvoir formuler sa recherche et parcourir le web afin de trouver des éléments de solution (dans la presse, les bases de brevets, les publications des startups…). Enfin, il ne lui restera(it) qu'à assembler l'information collectée pour apporter une réponse à la question posée.

Alors, l'innovation n'a-t-elle plus besoin d'innovateurs ? Ce serait aller un peu vite en besogne… Il est tout à fait vraisemblable que, à court ou moyen terme, des algorithmes intelligents pourront dérouler les étapes de captation d'idées jusqu'à la mise en forme d'un plan plus ou moins cohérent pour une implémentation. À ce stade, il n'est cependant pas encore question de l'exécution. Or le passage d'un concept – même défini rigoureusement – à la pratique reste la phase la plus difficile de l'innovation.

Surtout, la vision proposée cible uniquement la partie « facile » de l'innovation, celle qui part d'une difficulté bien identifiée, à laquelle il sera possible de remédier par une évolution incrémentale, dont les composantes sont probablement déjà disponibles quelque part en ligne, prêtes à être repérées par un automate. En revanche, envisager d'appliquer les mêmes recettes pour créer un produit ou service entièrement nouveau, répondant à un besoin non exprimé, ne me semble pas réaliste à brève échéance.

Ce qui ne veut pas dire qu'une partie de cette démarche n'est pas automatisable. Par exemple, l'analyse des attentes latentes des consommateurs, notamment sur les réseaux sociaux, ou la détection de tendances (technologiques ou comportementales) peuvent certainement être assistées à grande échelle par des logiciels. Mais un peu d'intelligence et de créativité humaines sont encore nécessaires – pour l'instant ! – pour transformer ces bribes d'information en innovations susceptibles de rencontrer le succès.

Innovation

jeudi 16 février 2017

Une livre de Liverpool dopée au bitcoin

Colu
La livre de Liverpool, lancée par une association de soutien au commerce indépendant de la cité, n'est certes qu'une monnaie locale comme il en existe déjà dans de nombreuses communautés. Elle est cependant une des premières à adopter une infrastructure entièrement numérique reposant sur la blockchain du bitcoin.

À l'instar des autres initiatives du genre, de la vénérable livre de Brixton au Coopek français que j'ai découvert plus récemment, celle de Liverpool porte l'ambition de promouvoir une économie de proximité, en instaurant une monnaie n'ayant cours que dans un périmètre restreint. À l'ère « digitale », celle-ci prend naturellement la forme d'un porte-monnaie mobile, offrant une palette de services étendue, du paiement en boutique aux échanges d'argent entre particuliers, en passant par un annuaire des commerçants.

Peut-être faut-il préciser à ce stade que la livre de Liverpool n'est pas réellement une nouvelle monnaie : en pratique elle n'est qu'une incarnation « digitale » de la livre sterling et ce n'est que par sa « mue » dans une application mobile qu'elle devient locale. Est-il utile d'ajouter qu'elle s'inscrit dans le cadre réglementaire britannique ? Elle fait également partie de la guilde des devises indépendantes, qui rassemble les acteurs du pays et vise à développer la notoriété de leur action auprès de la population.

La livre de Liverpool

Dans ses fondations, la livre de Liverpool constitue le premier déploiement opérationnel de la solution d'une startup israélienne, Colu. Et celle-ci présente donc la particularité de reposer sur une infrastructure de « pièces teintées » (« colored coins », dont les fondateurs de la société font partie des concepteurs originels), permettant d'utiliser la blockchain du bitcoin pour la gestion de différents types d'actifs. Ce choix original offre ainsi tous les avantages d'un socle technique existant, robuste et éprouvé.

Le premier de ceux-là se situe au niveau des coûts, non seulement par la mise en œuvre d'un écosystème financier nativement numérique mais également par l'élimination d'intermédiaires, tels que les banques, dans l'exécution des transactions. Conséquence directe, les paiements et autres transferts réalisés avec la livre de Liverpool sont entièrement gratuits. Seul un abonnement mensuel fixe de 25 livres est facturé aux commerçants participants (qui n'ont besoin que d'un smartphone pour l'encaissement).

Sans s'attarder sur la robustesse et la sécurité intrinsèques d'une blockchain publique, Colu met en avant un argument plus inattendu pour vanter les mérites de son application : l'immutabilité et la transparence du livre de comptes qu'elle gère de la sorte pour le compte de ses utilisateurs en font un atout vis-à-vis du régulateur, notamment en matière de lutte contre le blanchiment et autres fraudes…

En marge des invraisemblables délires qu'engendre la technologie de la blockchain (je pense, par exemple, au pur fantasme des dizaines de milliards qu'elle serait censée faire économiser aux banques), il est rassurant de voir encore émerger des solutions pragmatiques, basées sur des fondations solides (celles du bitcoin, notamment), mises au service de cas d'usage concrets, immédiats et porteurs de valeur effective…