C'est pas mon idée !

mercredi 1 avril 2015

Albert, terminal de paiement mobile 2.0

CommBank Pi
Avec un retard hélas caractéristique des institutions financières, l'australienne Commonwealth Bank of Australia (CommBank) vient enfin de lancer la solution d'encaissement mobile Albert qu'elle annonçait dès l'été 2012 (!). L'attente en valait tout de même la peine puisque son concept reste inédit à ce jour dans le monde.

En fait, et cela souligne justement l'originalité du produit, il se murmure dans certains médias que les délais de déploiement seraient plus la conséquence de difficultés administratives et réglementaires liées aux nouveautés introduites que de quelconques problèmes techniques. Car, sous les apparences d'une simple tablette capable d'accepter les paiements par carte, comme le propose Square depuis des années (pour ne citer qu'un exemple), Albert recèle plusieurs avancées majeures.

La première de celles-ci est l'intégration du lecteur de carte dans l'appareil. Cette idée peut certes être perçue comme une régression par rapport aux accessoires (plus ou moins légers) fournis avec les systèmes concurrents, puisqu'elle impose l'utilisation d'un matériel spécialisé. Cependant, en contrepartie, elle apporte l'immense avantage de supporter les paiements EMV et sans contact (NFC), directement et sans requérir aucun autre matériel, avec lecture de la puce et saisie du code PIN sur l'écran de la tablette.

La différence par rapport aux dispositifs existants (notamment ceux qui imposent un lecteur séparé, avec clavier, connecté par Bluetooth) peut sembler mince, elle est pourtant absolument primordiale pour la qualité de l'expérience utilisateur. C'est elle qui fera que, par exemple, un des cas d'usage les plus fréquemment envisagés – de donner la possibilité aux consommateurs de payer leurs achats dans les allées des grands magasins – pourra être effectivement mis en œuvre.

Présentation d'Albert

L'autre particularité d'Albert est qu'il s'agit d'une véritable plate-forme, développée sur la base de l'environnement « Pi » de CommBank (fondé sur un socle Android). À ce titre, elle est en mesure d'offrir une myriade d'options complémentaires aux commerçants qui l'utilisent, au-delà de sa simple fonction de paiement. D'origine, la tablette est équipée, entre autres, d'applications de gestion d'ardoise (pour les clients fidèles), de partage d'addition ou encore d'analyse des ventes. En sus, la nature ouverte du système permet à toute entreprise qualifiée d'ajouter ses propres logiciels à l'AppStore dédié.

La stratégie est attractive autant pour les petits marchands – qui disposent avec Albert d'une solution intégrée de pilotage de leur activité, configurable à volonté grâce aux diverses applications disponibles – que pour les grandes chaînes de distribution – qui y trouveront la liberté de personnaliser elles-mêmes la plate-forme, avec leurs outils internes (gestion des stocks, du réapprovisionnement, des programmes de fidélité…), connectés à leur système d'information.

En prenant un peu de recul, CommBank nous fournit avec cette initiative une belle démonstration du nécessaire changement de point de vue dans la conception des offres des banques. La fameuse vision « centrée client » dont beaucoup se réclament impose en effet de ne plus penser en termes de produit (ici le service de paiement) mais de réponse globale à un besoin (gérer les ventes). Cette nouvelle réalité, encore timidement abordée sur le marché des particuliers, est tout aussi importante pour les professionnels.

mardi 31 mars 2015

La FBF joue sur la peur face à la modernité

FBF
Depuis que le projet en a émergé en 2013, la prochaine révision [PDF] de la directive européenne des services de paiement (« DSP2 ») – qui devrait être adoptée en 2015, pour une transposition prévue en France vers 2017 – fait grincer les dents des banquiers. A l'approche de l'échéance, leurs arguments se font de plus en plus spécieux.

L'objet du litige est bien connu : selon le texte proposé, les banques auraient l'obligation de mettre à disposition des établissements de paiement – dûment accrédités – un certain nombre d'informations sur les comptes de leurs clients (par exemple la disponibilité des fonds nécessaires à l'exécution d'une opération), sur demande de ces derniers. Naturellement, il est facile de comprendre la nervosité des banques à ouvrir ainsi au monde extérieur le « trésor » que constituent les données de leurs clients.

D'une part, il s'agit d'une vraie brèche ouverte dans leur monopole, alors qu'elles possèdent aujourd'hui un avantage exclusif, notamment dans la gestion de moyens de paiement autres que la carte bancaire (dont les virements). Par ailleurs, la mise en œuvre de dispositifs offrant un accès aux comptes des clients est plus ou moins « contre nature » dans un secteur qui, historiquement, cultive le secret et l'opacité. Enfin, accessoirement (ou pas ?), tout cela représentera une charge nette pour les banques.

Cependant, les institutions financières ne peuvent admettre trop clairement qu'elles souhaitent protéger leur pré carré ni, pire encore, qu'elles pourraient avoir des difficultés techniques à répondre à ces exigences réglementaires additionnelles. Alors, par la voix de la FBF (Fédération Bancaire Française), elles affirment accueillir la concurrence à bras ouvert mais craindre pour la sécurité des données qu'elles devront partager. Voilà le prétexte imparable, qui justifie de se méfier de tout, de la technologie, des nouveaux entrants, des idées originales…

Message de la FBF

La stratégie « FUD » (« Fear, Uncertainty and Doubt ») déployée ici est classique, et, comme toujours, elle n'est soutenue par aucune réalité. Non seulement la directive DSP2 inclut les garde-fous nécessaires pour protéger l'argent des consommateurs, mais, de plus, les données concernées ne sont pas les plus sensibles. En réalité, s'il existe effectivement un risque de sécurité, c'est peut-être plutôt du côté des systèmes des banques qu'il sera le plus critique, en raison de leur nouvelle ouverture sur l'extérieur.

Finalement, là réside probablement la véritable raison du rejet de la directive, effrayante par la responsabilité qu'elle fait porter sur des établissements incapables de se projeter dans le monde moderne où règnent la collaboration et le partage d'information. Qu'adviendra-t-il donc quand la réglementation leur imposera de mettre des APIs à disposition des développeurs (comme l'envisage le Royaume-Uni) au lieu de faire comme si les outils de PFM actuels n'existaient pas, alors qu'ils collectent les identifiants d'accès aux services en ligne de leurs utilisateurs ?

Plutôt que de s'épuiser en arguments stériles, les banques feraient beaucoup mieux de se préparer concrètement à l'inévitable, qui arrive déjà via les concurrents qu'elles disent accepter. Qui sait, elles y trouveraient peut-être même des opportunités insoupçonnées (suivez mon regard vers le CA Store…) ?

lundi 30 mars 2015

Final crée une carte de paiement anti-fraude

Final
Pour les fondateurs de Final, la lutte contre la fraude a une saveur particulièrement amère puisque, à la suite du vol massif de données chez Target en 2013, les désactivations brutales de leurs cartes bancaires les ont laissés, l'un dans l'impossibilité de payer son café, l'autre sans aucun accès à son argent pendant un voyage en Europe.

De cet incident est née leur idée de créer une solution différente, qui éviterait que la défaillance d'un commerçant quelconque n'ait, sur la vie entière de ses clients, un impact aussi dramatique que celui qu'ils ont vécu. Pour ce faire, ils se sont simplement emparés du concept de (numéro de) carte à usage unique, qu'ils ont ensuite complété pour mieux l'adapter aux exigences du consommateur moderne, notamment en termes d'expérience utilisateur et de richesse fonctionnelle.

Sa première originalité est de ne pas se limiter aux paiements en ligne, ce qui était évidemment un impératif dans le contexte de sa création. L'offre comprend donc une vraie carte en plastique – au standard EMV, qui plus est – produisant un nouveau numéro, jetable, pour chaque transaction exécutée. De la sorte, dans le cas d'un piratage dans les systèmes informatiques du marchand, le porteur ne court aucun risque, les données enregistrées ne sont absolument pas réutilisables. L'intégration dans un porte-monnaie mobile (Apple Pay, peut-être ?) est aussi prise en charge.

D'autre part, la protection des opérations réalisées en ligne ou sur mobile est elle-même enrichie par rapport à ce que l'on connaît jusqu'à maintenant. Classiquement, un greffon pour les principaux navigateurs web ainsi qu'une application mobile permettent de générer (et, souvent, de remplir automatiquement) un numéro de carte temporaire, pour un montant plafonné, si nécessaire. Mais il est également possible, avec les mêmes outils, d'associer une carte virtuelle à un commerçant spécifique.

Final

Grâce à ce mécanisme, plus pratique que la génération systématique d'un numéro (en particulier sur les sites qui permettent l'enregistrement des coordonnées bancaires), la protection de la carte devient un jeu d'enfant. Tout d'abord, l'émetteur peut procéder à une annulation lorsqu'il est notifié d'un incident chez un marchand, sans frais et sans affecter globalement la capacité de paiement de ses clients. Et ces derniers peuvent révoquer eux-mêmes, d'un geste, la carte associée à une marque, d'autant qu'ils reçoivent une notification « actionnable » dès qu'une transaction est réalisée.

Les concepteurs de Final sont conscients qu'il n'est pas facile de convaincre les consommateurs de prendre soin de leur sécurité, surtout avec des outils qui restent, malgré tout, contraignants. Ils comptent cependant sur les effets des multiples affaires récentes de vol de données, dont la large couverture médiatique devrait avoir contribué à changer les mentalités. Pour le reste, c'est la qualité de l'expérience offerte qui devra faire la différence et la startup est plutôt bien dotée, sur ce plan.

Bien que le concept soit séduisant, le positionnement de la carte Final est tout de même à contre-courant des tendances actuelles, qui visent à remplacer – au moins dans les porte-monnaie mobiles – la transmission des références de paiement par une solution standardisée d'envoi de jeton (« token ») à usage unique. Elle répond donc bien à un problème immédiat (et sensible), mais son espérance de vie sera intimement liée aux progrès de ces approches de sécurité émergentes.

dimanche 29 mars 2015

Nouveau Facebook, nouvelles opportunités

Facebook
Quelques jours après la présentation de son service de paiement entre particuliers, Facebook profitait de sa conférence développeurs « F8 » pour dévoiler une autre série de nouveautés, qui devraient permettre aux entreprises de mieux capitaliser sur l'immense potentiel du réseau social, notamment en matière de relation client.

Tout d'abord, donnant (enfin !) un sens à la scission de son application mobile en deux, il y a plus de 3 ans, Facebook transforme désormais son outil de messagerie instantanée Messenger en une plate-forme de services. Les développeurs obtiennent ainsi le moyen d'y intégrer leurs propres solutions, de manière à enrichir l'expérience des 600 millions de personnes qui l'utilisent chaque mois. Il devient alors possible d'offrir au mobinaute des options inédites et autres contenus originaux, interactifs et simples d'accès.

Dans la droite ligne de ce premier ajout, Facebook lance – initialement avec quelques partenaires triés sur le volet – une solution spécifique pour les entreprises : Businesses on Messenger. L'ambition affichée est de concevoir un nouveau modèle de service après-vente. Une fois inscrit, après un achat, le client dispose d'un vecteur de conversation directe avec la marque, grâce auquel il peut poser des questions, demander à modifier sa commande… ou, à l'inverse, recevoir des informations, des offres spéciales…

Facebook Messenger pour les entreprises

Les cas d'utilisation exposés sur le site de Messenger manquent singulièrement d'imagination, entre la quarantaine d'applications déjà intégrées dans la plate-forme – qui se contentent, pour la plupart, de jouer sur le type des messages échangés – et la cible, certes évidente, de l'assistance à la clientèle dans le commerce de détail. Si Facebook laisse une certaine liberté aux développeurs, il est relativement facile d'envisager une multitudes d'opportunités pour ces services, en particulier dans le secteur financier.

Des alternatives à l'option de paiement conçue par Facebook pourraient par exemple être mises en œuvre par les banques, en tentant de jouer sur des arguments différents (la confiance ou la sécurité, peut-être ?). Avec un peu plus d'ambition, pourquoi ne pas concevoir un véritable canal de dialogue avec un conseiller financier ou un agent d'assurance (plus riche et plus moderne que le SMS), affirmant de la sorte une présence sur les médias préférés d'une partie (intéressante) de la clientèle ?

Car, si l'enjeu pour Facebook est de retenir ses utilisateurs sur sa plate-forme le plus longtemps possible (en vue de capter un maximum de revenus via leur exposition à ses publicités), les entreprises peuvent également tirer avantage de leur fréquentation massive (qui touche à l'addiction) et de leur fidélité, afin de renforcer le lien qu'elles entretiennent avec leurs clients.

samedi 28 mars 2015

Mobilité bancaire, le match France-Angleterre

U.K. Department for Business, Innovation and Skills
Tandis que, en France, un projet de loi est tout juste en préparation [PDF] afin de faciliter un peu plus le changement de banque pour les particuliers, le Royaume-Uni accueille désormais son premier comparateur en ligne basé sur les données de transactions réelles du candidat à la migration. L'écart de maturité se creuse rapidement…

Ainsi, les dernières propositions du Comité Consultatif du Secteur Financier (CCSF) hexagonal évoquent la mise en place – dans le cas d'un transfert de compte d'un fournisseur vers un autre – de méthodes d'échange automatisé des informations relatives aux mandats de prélèvements et autres virements récurrents, ainsi qu'un mécanisme d'alerte sur les chèques présentés après clôture. Bien que le résultat soit presque identique pour le consommateur, cette approche est tout de même en retrait par rapport au service britannique équivalent, notamment en termes de fiabilité.

Par ailleurs, depuis que la procédure de migration de compte a été mise en place, en 2013, le gouvernement de sa majesté a accru la pression sur les institutions financières. L'étape suivante, initiée la même année, consistait – à travers le programme « midata » à inciter ces dernières à offrir à leurs clients un accès à leurs données bancaires. Un an plus tard, les 6 principaux établissements du pays s'inclinaient et acceptaient de participer à l'entreprise. Encore 9 mois et voici donc la concrétisation des efforts.

Présentation de midata par GoCompare

C'est Gocompare.com – comparateur web couvrant une multitude de domaines (argent, assurance, voyage, énergie…) – qui lance ainsi le premier outil de recherche personnalisée de compte courant. Finies les évaluations à l'aveuglette, dans lesquelles l'internaute précise tant bien que mal ses besoins en fonctions de ses habitudes (plus supposées que réelles). Ici, l'utilisateur transmet l'historique de ses opérations, obtenu en quelques clics auprès de sa banque, et le site lui indique l'offre optimale pour le comportement budgétaire déterminé par l'analyse de ces données.

Grâce à ce dispositif, qui n'est certainement pas le dernier qu'engendrera le programme « midata », le changement de banque n'aura jamais été plus simple pour le consommateur britannique, depuis la recherche de la solution qui lui convient le mieux jusqu'à la migration effective de ses comptes. Étonnamment, il n'aura même pas été nécessaire de légiférer pour arriver à ce résultat, au moins pour les 6 enseignes concernées actuellement, qui ont simplement cédé à la menace réglementaire.

Et voilà comment un gouvernement tient sa promesse de stimuler la concurrence bancaire grâce à des initiatives technologiques, en soutenant plus particulièrement les nouveaux entrants (qui se multiplient). Pendant ce temps, en France et dans beaucoup d'autres pays, on en est encore à tergiverser sur les moyens de fluidifier les échanges d'information entre établissements, en vue d'accélérer une mobilité des comptes qui continue à reposer largement sur des procédures manuelles…

vendredi 27 mars 2015

Aspiration, l'investissement avec une conscience

Aspiration
Aidé par la notoriété grandissante de quelques startups à travers le monde, le concept de « conseil financier automatisé » (« robo-advisor ») commence à inquiéter les acteurs historiques de l'investissement. À voir le bouillonnement d'idées qui continue à agiter le secteur, ils ne sont certainement pas au bout de leurs peines.

Ainsi, parmi les dernières nées dans ce domaine (aux États-Unis), Aspiration repousse encore un peu les limites, en adoptant un positionnement citoyen, soutenu par un modèle économique étonnant, une envie de contribuer au bien commun et une volonté de transparence absolue. Pour une entreprise qui se donne tout de même pour mission d'apporter aux classes moyennes la qualité du conseil financier réservé aujourd'hui aux grandes fortunes, le message a de quoi surprendre !

D'un côté, il s'agit donc, dans une approche désormais classique, d'offrir des stratégies d'investissement optimisées, accessibles au commun des mortels (à partir de 500 USD), grâce à une automatisation poussée (mais pas totale). En pratique, cela se traduit initialement par la création d'un fonds mutuel (plusieurs autres viendront compléter le catalogue ultérieurement) promettant, sans grande surprise, un rendement élevé à long terme tout en limitant le risque de pertes en cas de retournement économique.

Page d'accueil Aspiration

En dehors des stratégies mises en place, une spécificité notable d'Aspiration, par rapport à des fonds traditionnels, est que les clients fixent eux-mêmes le montant des commissions qu'ils attribuent à leur gestionnaire. De plus, la société affirme qu'elle reverse 10% de ces revenus à des associations œuvrant pour l'éducation, la lutte contre la pauvreté, l'environnement, les droits de l'homme…, par exemple à travers l'organisme de micro-crédit Accion. Enfin, dans le prolongement de cette logique, elle incite également ses clients à apporter une partie de leurs gains aux causes qu'elle défend.

Dans un métier qui repose sur la confiance, le pari audacieux et inédit que fait la startup est de partager intégralement celle-ci avec ses clients : elle compte, pour vivre et prospérer, sur la bonne volonté de ceux qui lui confient leurs économies. Le principe est particulièrement intelligent pour capter l'attention d'un public qui n'est plus aveuglément attaché aux grandes enseignes – dont la réputation est sérieusement entachée depuis la dernière crise – mais qui n'a, de ce fait, plus beaucoup de critères de choix…

Plus profondément, la stratégie entière d'Aspiration repose sur une idée différente de l'investissement, particulièrement adaptée à sa cible des classes moyennes. En mettant l'accent sur ses actions positives pour le monde, en jouant intensément sur la transparence et l'équilibre du rapport de force avec ses clients, elle donne corps à son modèle de partenaire financier du consommateur. Et voilà une autre forme de disruption majeure à laquelle les établissements en place sont bien incapables de répondre.

Information repérée par Jonathan from Anatec (merci !)

jeudi 26 mars 2015

Visa copie Apple… et rate l'essentiel

Visa
Tout en étant partenaire d'Apple dans la mise en œuvre de sa solution de paiement mobile, Visa n'en cherche pas moins à rester maître du jeu là où il le peut encore, par exemple hors des États-Unis et sur les smartphones Android. Étape importante de cette stratégie, une nouvelle expérimentation est lancée en France, avec 4 grandes banques.

Depuis plus de dix ans, les acteurs historiques du secteur multiplient les tests du genre – notamment à Caen, Strasbourg et Nice – afin de convaincre les consommateurs et les commerçants des avantages du paiement sans contact sur mobile. Jamais ils n'ont réussi. On aurait alors pu imaginer que les résultats prometteurs d'Apple Pay constitueraient une source d'inspiration pour comprendre les raisons de l'échec et aborder la tentative suivante avec un œil neuf. Ce n'est hélas pas vraiment le cas…

En effet, le nouvel essai (mais combien en faudra-t-il, à la fin ?), auquel participent BNP Paribas, BPCE, La Banque Postale et Société Générale, ressemble tant aux précédents qu'on peut se demander à quoi pensent ses concepteurs. Il est vrai que celui-ci introduit deux nouvelles technologies : la « tokénisation » des données de paiement, qui renforce la sécurité des transactions, et l'architecture HCE (« Host Card Emulation »), qui virtualise les cartes dans le « cloud » et a pour but principal d'écarter les opérateurs de télécommunication de l'écosystème.

Fort bien, mais il est connu et reconnu, depuis très longtemps, que le problème de fond du paiement par mobile est lié à son expérience client, souffrant de la comparaison avec l'utilisation d'une carte, qui est, de plus, profondément ancrée dans les habitudes des consommateurs. Que font les nouveautés introduites pour améliorer cet aspect essentiel et corriger les erreurs passées ? Presque rien, au-delà d'une possible simplification du processus d'activation, qui s'affranchit désormais de la SIM. Encore faudra-t-il que les banques ne rendent pas cette étape plus compliquée que nécessaire.

La démonstration magistrale d'Apple, dont la solution permet de payer d'un seul geste de manière 100% sécurisée, reste donc vaine. Ici, entre les achats de moins de 20 euros réglés sans aucune sécurité et ceux supérieurs à ce montant, qui demandent une saisie de code secret (à 5 chiffres !) et 2 « tapes » sur le terminal, l'utilisateur a le loisir d'ajouter d'autres mécanismes de protection qui rendront la transaction toujours plus longue et plus complexe à finaliser. Aucun progrès n'a donc été fait depuis 10 ans !

Paiement mobile Apetiz

Même en dehors de ce sujet crucial de l'expérience client (qui, certes, exige une bonne dose de créativité), il y aurait matière à apporter un service à valeur ajoutée aux adeptes du paiement mobile. Par exemple, Visa indique qu'il est possible de lier plusieurs cartes à l'application : plutôt que de demander d'en choisir une au moment d'effectuer une opération (ce qui nuit une fois de plus à la fluidité d'usage), il faudrait imaginer d'autres manières de faire : sélection a posteriori (à tête reposée) ou options de personnalisation des types de dépenses à affecter à telle ou telle carte.

L'idée vient naturellement à la découverte de l'implémentation proposée par le groupe BPCE, qui intègre ses titres restaurant dématérialisés Apetiz à son porte-monnaie mobile. Là, on se prend même à rêver d'un moyen d'acquitter le prix de son repas d'un seul geste, en optimisant plus ou moins automatiquement la répartition du montant entre la carte bancaire et le solde du compte Apetiz, en respectant les règles en la matière (plafond de 19 euros par jour, interdiction d'utilisation le dimanche et les jours fériés…).

Autre idée qui pourrait (devrait) être développée : profiter de l'utilisation du téléphone comme instrument de paiement pour introduire une gestion des finances personnelles en temps réel, au sein des applications bancaires. Chaque transaction pourrait ainsi être exploitée immédiatement afin d'offrir un suivi rapproché de l'état des comptes, des alertes à l'approche d'un seuil pré-déterminé ou d'un risque de découvert… Et la voie serait alors ouverte aux services prescriptifs tant attendus.

Bien sûr, j'entends d'ici les voix qui s'élèvent pour expliquer que tout cela est impossible. Et si on y réfléchissait un peu, sérieusement, calmement ?

mercredi 25 mars 2015

Quelqu'un peut expliquer le « P2P » à IBM ?

IBM
Le plus sûr signe de l'arrivée à maturité d'une technologie ou d'un concept émergent est l'apparition de dérives marketing et autres tentatives de lavage de cerveau orchestrées par de grandes entreprises. S'il faut en croire les récentes avances d'IBM en direction des banques centrales, le bitcoin est désormais devenu incontournable.

Il n'est plus un secret que, en dépit d'inquiétudes marquées et d'une attitude extrêmement prudente, nombre d'institutions souveraines s'intéressent de très près à la crypto-devise et au concept sous-jacent de « blockchain », ne serait-ce que par le potentiel d'économies qu'ils pourraient représenter dans leurs activités de gestion de la monnaie. Sans grande surprise, ces premières manifestations de curiosité suscitent la convoitise des grands acteurs de la technologie, tels qu'IBM.

Voilà donc Big Blue s'embarquant dans une entreprise de séduction massive, quitte à dénaturer les concepts dont il s'empare pour mieux s'accommoder des réticences des banques centrales. Et de proposer à ces dernières une crypto-devise qui a la couleur et le goût du bitcoin, mais sans ses dangers. Concrètement, l'idée proposée est de mettre en place un système de gestion des monnaies existantes sur un système de « blockchain » centralisé (?!), déployé et administré par IBM (naturellement).

Quelle absurdité ! La « blockchain » est une sorte de livre comptable électronique, conservant une trace permanente des transactions exécutées. La seule caractéristique qui en fait une innovation révolutionnaire – dans la mise en œuvre du bitcoin – est son caractère décentralisé. C'est le fait qu'une multitude d'intervenants différents, indépendants les uns des autres, conservent les informations en parallèle qui en garantit l'intégrité et la sécurité. Gérée en un point unique, il ne s'agit plus que d'une tenue de compte banale à mourir, avec ses risques inhérents de piratage, par exemple.

La nature de la crypto-devise semble toujours difficile à appréhender dans les milieux financiers et technologiques traditionnels. D'ailleurs, IBM n'est pas le seul à se tromper dans ses jugements. Un rapport de Crédit Suisse sur le bitcoin – qui reconnaît tout de même que la décentralisation est son atout majeur – est ainsi prompt à considérer que l'absence d'une autorité centrale de contrôle lui interdit de bénéficier de la confiance indispensable à un fonctionnement économique fiable et sûr. Une perception qui mériterait d'être confrontée aux nouvelles réalités du monde numérique…

Bitcoin
Illustration par Isokivi - CC BY-SA 3.0

mardi 24 mars 2015

BNP Paribas met ses calculateurs au vert

BNP Paribas
Depuis la mini vague verte des années 2005-2007, les rapports environnementaux des grandes entreprises se sont singulièrement appauvris, exposant au grand jour le désintérêt quasi-généralisé de leurs dirigeants pour l'avenir de la planète. Alors, quand BNP Paribas lance un projet, aussi modeste soit-il, il n'en prend que plus de valeur.

Comme il se doit dans une institution financière, dont une part importante des émissions de gaz à effet de serre est due à son informatique, c'est vers les ressources de calcul que les efforts portent en priorité. Plus précisément, une petite portion (5%) des calculs de risques de la banque verte sont désormais déportés sur la plate-forme de la startup française Qarnot Computing, qui adopte une approche originale du « cloud computing » pour limiter ses impacts environnementaux.

En effet, les serveurs de la jeune pousse – installés dans des habitations individuelles, dans des bureaux ou encore dans des bâtiments publics (écoles, universités…) – sont également des radiateurs thermiques, fournissant une chaleur gratuite dans les locaux équipés. Les bénéfices environnementaux sont doubles puisque, d'un côté, l'énergie nécessaire au refroidissement des centres de production informatique est économisée tandis que, de l'autre, les moyens de chauffage traditionnels disparaissent.

Naturellement, le système est moins efficace durant les mois les plus chauds. Cependant, différentes stratégies sont mises en œuvre afin de maintenir une disponibilité constante des ressources pour les clients : un mode « ralenti » permet de faire fonctionner les serveurs sans émission de chaleur notable, des machines sont installées dans des zones situées en altitude (où le chauffage est utile toute l'année) et, surtout, une partie de la capacité de calcul reste en permanence en réserve, offerte à des associations et des instituts de recherche pendant les périodes creuses.

Calculateur Q.rad de Qarnot Computing

En raison de ces compromis, l'affirmation selon laquelle Qarnot Computing permet de réduire de 78% l'empreinte environnementale des entreprises semble malheureusement très exagérée. Le bilan global de l'ensemble est néanmoins indubitablement positif, tout en étant extrêmement attractif pour tous les acteurs impliqués : ceux qui hébergent les serveurs disposent d'un chauffage gratuit (l'électricité consommée leur est remboursée) tandis que les tarifs pratiqués pour l'usage du cloud sont avantageux.

En ce qui concerne BNP Paribas, l'initiative est remarquable à plus d'un titre. Tout d'abord, son volet environnemental n'est pas totalement négligeable, même si l'ampleur du déploiement est aujourd'hui limitée (espérons qu'il ne s'agisse que d'un début). En parallèle, il s'agit aussi d'une étape importante franchie dans l'adoption du « cloud computing », qui reste une exception dans les banques. Enfin, le partenariat avec une startup constitue une autre rareté dans le secteur. La transformation progresse donc, à petits pas…

lundi 23 mars 2015

Les jeunes haïssent les banques

Goldman Sachs
La dernière crise financière étant derrière nous, les banquiers pourraient penser – aidés en cela par quelques sondages récents – que la confiance des consommateurs va revenir à ses niveaux d'antan. Or, en réalité, la défiance se maintient à un niveau élevé parmi les générations les plus jeunes, ce qui n'augure rien de bon pour l'avenir du secteur.

C'est d'abord dans les résultats d'une vaste enquête auprès des jeunes américains – incluse dans un rapport de recherche de Goldman Sachs – que se trouvent les premiers indices forts de l'évolution des mentalités. Ainsi, lorsque un tiers des répondants estiment qu'ils n'auront pas besoin de banque d'ici à 5 ans et quand 50% comptent sur les startups de la FinTech pour se substituer aux établissements traditionnels, il est probablement temps de sonner l'alarme au sein de ceux-ci.

Certes, les membres de cette génération tendent à associer les services bancaires aux seules transactions de la vie quotidienne, ce qui pourrait inciter à modérer les inquiétudes. Ce sont pourtant des signaux forts à prendre en compte, car ils instaurent des comportements nouveaux, par exemple à travers l'utilisation de systèmes de paiement intégrés dans lesquels la banque est invisible (à l'image d'iTunes) ou l'abandon progressif du cash, susceptible d'entraîner une désaffection massive des GABs.

Et qu'adviendra-t-il plus tard, quand ils auront besoin d'un crédit immobilier ou d'une assurance-vie ? N'ayant presque plus de relations avec une institution financière classique, ils se tourneront presque naturellement vers des fournisseurs et services alternatifs (tels que les plates-formes de crowdfunding), qu'ils connaissent déjà, puisqu'ils leur sont beaucoup plus accessibles (14% des entrepreneurs « milléniaux » ont actuellement recours à des sources de financement non conventionnelles).

Enquêtes sur les jeunes et la banque

Dans un tout autre registre, nous avons la Febelfin – fédération belge du secteur financier – qui s'inquiète de l'opinion des enfants vis-à-vis de la banque. Pourquoi ? Tout simplement parce que, pour qu'elle continue à remplir son rôle, elle aura besoin un jour de renouveler ses forces vives et qu'il lui faudra alors conquérir les éléments les plus brillants. Dans une vidéo éloquente (ci-dessous), une poignée d'écoliers sont donc invités à parler du métier de leurs rêves. Ballerine, boulanger, chanteuse, policier…

Banquier ne fait (évidemment ?) pas partie du lot. Alors, la question leur est posée directement et les masques tombent (presque au sens propre !) : l'image qu'ils se font de cette « profession » est absolument désastreuse. Leurs réactions peuvent prêter à sourire mais il est à parier que l'avis qu'ils expriment là restera gravé pour très longtemps dans leurs esprits, peut-être même jusqu'au jour où ils entreront dans la vie active et qu'ils devront choisir leur premier employeur…

Conclusion, il y a urgence à faire évoluer la perception qu'ont les consommateurs – surtout les plus jeunes – des institutions financières. Il en va de l'avenir de ces dernières car, qu'il s'agisse de leurs futurs clients ou de leurs collaborateurs de demain, les entreprises disruptives du secteur (startups et géantes montantes) ont désormais beaucoup plus d'atouts qu'elles pour les séduire.