C'est pas mon idée !

samedi 28 février 2015

L'agenda numérique de la Banque d'Angleterre

Banque d'Angleterre
Il y a quelques jours, la Banque d'Angleterre dévoilait son agenda de recherche qui, dans une approche ouverte elle-même innovante, définit 5 thèmes d'exploration prioritaires. Parmi ceux-ci, les technologies, notamment les « big data » et les crypto-devises, occupent une place de choix, aux côtés de sujets purement économiques.

Dans le domaine de l'information, tout d'abord, l'institution reconnaît les opportunités extraordinaires que représentent les innombrables sources de données disponibles aujourd'hui – en son sein comme à l'extérieur, entre autres sur les réseaux sociaux – et les outils permettant d'exploiter cette richesse colossale. Dans son domaine, elle estime en particulier que l'échelle de granularité accessible (parfois jusqu'au niveau élémentaire, tels que les dossiers de prêt individuels) ouvre la perspective d'application de techniques micro-économiques à l'analyse de grandes tendances.

Les possibilités pourraient être immenses, dans les études de consommation (par exemple en vue de mieux comprendre l'impact d'un changement de taux d'intérêt sur le comportement des ménages) ou de l'activité des entreprises, mais également sur les marchés financiers, eux-mêmes générateurs d'immenses volumes de données. L'idée de mieux évaluer les risques et de pouvoir conduire des « stress tests » plus représentatifs des conditions réelles (et de l'environnement international) sont certainement attractifs pour la banque centrale.

En abordant cette nouvelle discipline, qu'elle expérimente depuis quelques temps, la Banque d'Angleterre sait reconnaître ses limites et adopte donc une position d'ouverture, digne d'éloges. Dans cette logique, elle publie quelques-uns de ses jeux de données et invite toutes les personnes intéressées à les exploiter pour l'aider dans ses recherches. Un défi – doté d'un prix de 5 000 £ – est même lancé afin de concevoir de nouvelles formes de représentation capables de stimuler les découvertes.

Banque d'Angleterre

Dans un registre différent, quoique intimement lié à l'analyse de données, la banque centrale veut également mesurer les impacts sur son activité des profondes transformations qui affectent le monde. Elle s'intéresse à l'évolution démographique ainsi que, de manière appuyée, au changement climatique, notant leurs implications importantes pour le secteur de l'assurance ou, plus globalement, pour l'économie. Et, naturellement, les innovations technologiques font aussi partie du lot.

Deux domaines attirent ici l'attention de l'institution : le crédit et les paiements. Le premier fait écho à l'extraordinaire développement de la finance participative dans le pays, tandis que le second est tiré par la popularité croissante des crypto-devises, Bitcoin en tête. Bien entendu (l'ouverture d'esprit à des limites !), cette dernière est immédiatement écartée (arguant de vices économiques fondamentaux) mais la réflexion sur la technologie sous-jacente (le « blockchain ») est poussée relativement loin.

La banque centrale s'interroge ainsi sur l'opportunité d'adopter ces mécanismes pour l'émission de sa propre monnaie numérique. Elle imagine différents scénarios, depuis un usage confiné aux échanges interbancaires jusqu'à une diffusion dans le grand public, tout en essayant d'envisager tous les défis auxquels une telle hypothèse devrait répondre, en termes de réglementation et de lutte contre la fraude, d'impact sur le système bancaire (qui serait plus ou moins désintermédié), de mise en œuvre technique…

Pour la Banque d'Angleterre, il est évidemment crucial d'appréhender les évolutions du monde et de préparer son avenir en conséquence, qu'il s'agissent de moyens capables de l'aider à remplir sa mission ou de concepts susceptibles de remettre en question son rôle. Toutes les institutions financières pourraient s'inspirer de cette attitude et commencer à réfléchir à ce que deviendront leurs différents métiers dans quelques années…

vendredi 27 février 2015

Trōv stimule la souscription d'assurance

Trōv
En dehors des assurances obligatoires (pour l'automobile ou l'habitation), les consommateurs sont généralement peu enclins à souscrire des garanties complémentaires pour leurs biens personnels et, lorsqu'ils le font, ils sont démunis au moment d'en déterminer la valeur. Trōv apporte une réponse originale à ces deux défis.

Reposant exclusivement sur une application mobile, le service développé par la startup cherche à toucher une corde sensible chez ses utilisateurs : le porte-monnaie. Il leur propose en effet de constituer un inventaire complet des biens qu'ils possèdent (immobilier, meubles, électronique, objets précieux…) et d'en évaluer la valeur (constamment actualisée) – individuelle, globale et par grandes catégories. Armé de cette information, le propriétaire va ensuite se voir suggérer des pistes d'optimisation dans l'exploitation de son patrimoine.

Il pourra s'agir, par exemple, de mettre en vente les appareils « abandonnés » ou de profiter des possibilités de l'économie de partage. Plus intéressant, grâce à un partenariat signé avec deux compagnies de premier ordre (non nommées, mais vraisemblablement britannique et australienne, respectivement, selon PandoDaily), une autre option permettra prochainement de souscrire une assurance directement depuis l'application, avec la certitude de bénéficier d'une garantie adaptée.

Outre la visibilité offerte sur la valeur des biens et son évolution avec le temps, les diverses actions disponibles représentent des facteurs importants d'incitation à l'utilisation régulière de l'application. Mais, surtout, son adoption est rendue particulièrement facile, voire ludique, avec plusieurs moyens techniques simplifiant l'enregistrement des données nécessaires : reconnaissance à partir d'une photographie, envoi de reçu d'achat par mail, numérisation de code barre, ou encore via un puissant moteur de recherche.

Trōv sur mobile

L'approche retenue procure donc aux compagnies d'assurance au moins deux nouvelles opportunités de contact avec les mobinautes : la première concernera la souscription d'un contrat – dans des conditions optimales – et la seconde, plus récurrente, surgira lors de changements importants intervenant dans la situation du client. Enfin, les données enregistrées peuvent également apporter un surcroît de confort et de confiance – ainsi que, par conséquent, de satisfaction – lors d'une déclaration de sinistre.

La plupart des assureurs invitent les consommateurs à tenir un inventaire de leur patrimoine mais ils sont bien peu nombreux à les y aider : quelques-uns leur fournissent tout au plus un modèle de document à remplir et une poignée seulement met à leur disposition une application dédiée. Pourtant, l'exemple de Trōv (qui pourrait être aisément répliqué en France, avec un acteur tel que CBien) montre comment un service de ce genre, positionné en amont de l'entrée en relation, peut devenir une composante utile dans une stratégie de promotion de l'engagement client.

jeudi 26 février 2015

Trivial et génial, le contact par SMS !

TD Bank
Les banques s'emparent successivement de toutes les technologies en vogue pour offrir à leurs clients de nouveaux moyens de contacter un conseiller, en tout lieu et à tout moment : téléphone, courriel, tchat, visioconférence, Facebook, Twitter… Il en est pourtant un qui, étonnamment, semble souvent manquer à l'appel : le SMS !

Bien sûr, les solutions automatisées de consultation de comptes – voire d'exécution de transactions basiques – par texto existent de longue date, en particulier dans les pays émergents. Mais, apparemment, poser une question à un banquier ne fait (presque ?) jamais partie des options disponibles ! En lançant ce service au Canada, TD Bank peut ainsi se vanter d'être la seule à l'offrir dans le pays (et si ce n'est pas une première mondiale, elle pourrait au moins revendiquer le titre dans bien d'autres régions).

Le fonctionnement en est (évidemment) d'une simplicité enfantine : il suffit d'envoyer le texte de sa demande au numéro court attribué au service (« TDHELP ») pour obtenir une réponse immédiate (sur des horaires élargis). Sans surprise, seules des questions élémentaires et génériques peuvent être traitées de la sorte, entre recherche d'un GAB ou d'une agence, information sur un produit ou besoin d'aide à l'utilisation d'une application, par exemple. Dans tous les cas, si un échange plus complet est nécessaire, un appel téléphonique est suggéré.

Contact par SMS

Préalablement à sa généralisation ce mois-ci, le service avait été introduit, sous la forme d'un pilote, à l'automne dernier. Les bons résultats observés jusqu'à maintenant incitent la banque à considérer que le SMS peut devenir une composante clé de sa stratégie de relation client. Et quoi d'étonnant à cela ? Bien que médias sociaux et apps mobiles occupent le devant de la scène et que circulent les prédictions de baisse de trafic (notamment chez les jeunes), les textos, universels et peu coûteux, continuent à bénéficier des faveurs du public, en masse, toutes générations confondues.

Pour TD Bank, il s'agit également d'une excellente opportunité de rationaliser ses moyens. Il est en effet beaucoup plus efficace et productif de traiter par messages textuels que par téléphone les questions simples, qui, très probablement, représentent aujourd'hui une proportion significative des appels au centre de contact. Dans de nombreux cas, des outils de support par tchat ou par Twitter sont déjà mis en œuvre pour ces besoins, mais leur usage est encore bien loin d'être aussi répandu que le SMS…

Il aura donc fallu attendre 30 ans (depuis sa naissance) pour que ce canal – à la popularité pourtant imbattable – fasse son entrée dans la panoplie des solutions de communication des banques…

mercredi 25 février 2015

L'or de Vaultoro garantit les Bitcoins

Beaucoup d'adeptes du Bitcoin aimeraient en faire un véritable substitut aux monnaies fiduciaires, mais son extrême volatilité rend la proposition pour le moins risquée. La jeune pousse londonienne Vaultoro met à leur disposition une solution originale et sans compromis, basée sur la relative stabilité des cours de l'or.

Un des principaux freins à une plus grande diffusion de la crypto-monnaie auprès du grand public est que, en dépit de son acceptation par un nombre croissant de commerçants à travers le monde, la détention d'un porte-monnaie en Bitcoin est un pari dangereux alors que sa valeur peut enregistrer des variations importantes en quelques jours – voire quelques heures – au gré de l'actualité (une interdiction en Chine ou la vente du trésor de Silk Road par le FBI, peut-être ?) ou de spéculations en tout genre.

C'est pourquoi, aujourd'hui, les transactions sont souvent conduites à travers une plate-forme de change (par exemple celle de Paymium, en France), avec une conversion instantanée en Bitcoin, du côté de l'acheteur comme du vendeur, chacun souhaitant éviter le risque d'une dévaluation rapide. Hélas, si cette approche permet de réduire le coût des transferts, elle continue à exploiter, aux « extrémités » de la chaîne, des transactions bancaires classiques que, justement, la crypto-monnaie visait à éradiquer…

En réalité, la solution de Vaultoro ne fonctionne pas différemment. Simplement, en faisant reposer sa plate-forme de change sur un stock d'or, la startup permet de s'affranchir de toute ingérence d'une institution financière traditionnelle dans les opérations. Concrètement, l'utilisateur va acquérir le métal précieux, à partir d'un milligramme, qu'il pourra ensuite convertir en Bitcoins, au gré de ses besoins. L'or est physiquement stocké dans un dépôt spécialisé en Suisse et, outre une assurance contre tout dommage ou perte, les réserves sont soumises à un audit externe régulier.


Ces précautions aident Vaultoro à remplir un autre de ses objectifs. Depuis le scandale des montagnes de Bitcoin disparues dans la débâcle de Mt. Gox, les utilisateurs exigent des assurances de la part des acteurs qui prétendent gérer leurs porte-monnaie virtuels. Quoi de plus sécurisant pour eux qu'une réserve d'or ? Il s'agit ainsi un peu d'un retour aux sources de la monnaie, quand les métaux précieux garantissaient la solvabilité des émetteurs… Si ce n'est que, dans l'ère de l'internet et du « peer-to-peer », l'or en question appartient effectivement à chacun des porteurs.

À l'origine, les fondations de Bitcoin se sont largement inspirées des mécanismes qui régissent les monnaies à base de métal précieux (dont le principe de rareté, pour n'en citer qu'un). Leur incarnation numérique présente désormais l'immense avantage de pouvoir être transmise d'un bout à l'autre de la planète en un clin d'œil, pour un coût quasi nul. En attendant que la crypto-devise acquière la maturité et la stabilité de son ancêtre, la combinaison des deux devrait faciliter la transition

mardi 24 février 2015

Google Wallet s'enfonce dans l'impasse

Google Wallet
Imaginez que vous êtes en train de couler dans l'océan et que vous voyiez passer près de vous un navire s'enfoncer encore plus vite vers les abysses. En principe, vous ne vous empressez pas de vous y arrimer en pensant pouvoir remonter à la surface plus rapidement. C'est pourtant exactement ce que vient de faire Google pour son Wallet !

Il s'avère que le billet que j'écrivais la semaine dernière – à propos de la panique qui s'empare des concurrents d'Apple dans le secteur des paiements mobiles – était légèrement prématuré. En particulier, l'apparente collaboration entre Google et Square que j'évoquais alors ne devait être qu'un avant-goût d'une stratégie encore plus étonnante de la part du premier, dont il est cette fois impossible de croire qu'elle puisse porter ses fruits tant elle semble dépassée.

L'objet du « délit » ? Il s'agit bien entendu de l'annonce de l'acquisition de Softcard (ex-ISIS, rebaptisé pour cause de risque de confusion avec un groupe terroriste hélas bien connu) par le géant de l'internet, pour une intégration avec Google Wallet. Dans ce qui ressemble à un retournement de veste, la transaction s'accompagne par ailleurs d'un accord de coopération avec les 3 grands opérateurs de télécommunication américains – AT&T Mobility, T-Mobile USA et Verizon Wireless – qui avaient fondé l'entreprise en 2011.

En effet, depuis le lancement du porte-monnaie mobile de Google, qui se voulait autonome et a longuement bataillé pour le rester, ces acteurs ont tout fait pour l'empêcher d'atteindre les smartphones de leurs clients, dans une tentative désespérée de défendre leur propre solution face aux menaces extérieures. Or, maintenant qu'Apple Pay a imposé ses conditions et définitivement écarté les opérateurs de son écosystème, ces derniers redeviendraient la clé de la généralisation du m-paiement ?

Application Softcard

Récapitulons donc la situation : Softcard est un échec total et Google Wallet n'a jamais décollé, les deux vont fusionner, sans qu'aucune nouvelle vision ne soit esquissée. La seule perspective offerte à ce stade est un porte-monnaie mobile identique à celui d'il y a dix ans, pré-installé sur les téléphones des consommateurs. Pas de réflexion sur l'expérience client, le risque d'un retour à des choix techniques discutables (l'élément de sécurité sur la SIM pourrait être imposé par les opérateurs), une relation limitée avec les institutions financières… Voilà qui est prometteur !

Encore une fois, la réponse à Apple Pay ressort de la précipitation, aucune des leçons qu'il offre à ses concurrents n'étant prise en compte. Alors qu'on pouvait espérer une relance de l'innovation de la part de Google, c'est au contraire une plongée vers la répétition de l'échec qui se dessine, entre technologie sans imagination, modèle économique destructif (notamment grâce aux telcos, toujours eux !) et écosystème incomplet. Comme l'exprimait justement A. Einstein : « la folie est de croire que refaire continuellement la même chose peut produire des résultats différents »…

lundi 23 février 2015

Comment créer un écosystème d'innovation

Forrester
Que ce soit, comme Oliwia Berdak (Forrester), en assistant aux conférences Finovate ou, comme beaucoup d'entre vous, en lisant ce blog (et d'autres sources), il est désormais impossible d'ignorer la richesse et le dynamisme de l'innovation dans le secteur financier. Mais comment les institutions financières peuvent-elles en profiter ?

La question se pose directement dans les banques pour un nombre croissant de hauts responsables – du « digital », de l'innovation, du marketing, des systèmes d'information… – comme l'atteste la fréquentation d'un événement tel que le dernier FinovateEurope. Encore ne peut-on manquer de remarquer que les établissements français sont étonnamment absents de la liste des participants (à l'exception de Saxo Banque), mais espérons qu'il ne s'agisse là que d'une marque de discrétion…

En effet, la première étape dans une stratégie d'innovation ou de transformation numérique est d'identifier les initiatives les plus avancées et les acteurs qui en sont à l'origine : startups, fournisseurs de solutions, partenaires, voire même concurrents. Trouver les bonnes idées, capturer l'information et repérer les technologies d'avenir sont quelques-unes des disciplines à maîtriser dans cette phase, pour laquelle les dizaines de démonstrations réalisées lors des sessions Finovate constituent un terreau idéal.

Il n'est toutefois pas possible de s'en tenir là, car les grandes banques ne sont pas en mesure de répondre seules aux défis de l'ère numérique. Pour progresser et passer à la concrétisation, elles ont besoin de compétences nouvelles – en matière de conception de l'expérience client, de développement logiciel… – ainsi que d'agilité et de réactivité, que des acteurs externes peuvent leur apporter rapidement, tandis qu'elles tentent tant bien que mal de les cultiver dans leurs organisations, qui n'y sont guère adaptées.

Ce n'est donc qu'en constituant ou en rejoignant un écosystème riche et diversifié que l'innovation pourra devenir performante et introduire une réelle différentiation concurrentielle. Naturellement, cette vision reste singulièrement étrangère à des entreprises qui croient depuis toujours pouvoir faire tout elles-mêmes, mieux que quiconque. Peut-être est-ce ce qui explique l'absence des banques françaises à Finovate, alors que les stars du « digital » y sont bien représentées (Barclays, BBVA…) ?

Il est vrai que la mise en œuvre d'un tel programme n'est pas particulièrement aisée. Pour faire fructifier l'écosystème, il faut en effet apprendre à évoluer avec des systèmes, des cultures et des langages différents. Les modes de travail, les attitudes face aux risques, les ambitions et objectifs de chacun doivent être conjugués pour produire les meilleurs résultats. Oliwia Berdak rapporte qu'un banquier lui confiait qu'il estimait nécessaire de recruter un « interprète » afin d'établir cette passerelle entre des univers aussi divergents. Une attitude réaliste, face à un changement profond, difficile et inévitable…

Au fait, savez-vous que je peux jouer ce rôle de « passeur » dans votre organisation ?

FinovateEurope

dimanche 22 février 2015

Seed, la banque « Simple » pour les entreprises

Seed
Si la révolution numérique a donné naissance à des banques d'un nouveau genre, celles-ci ciblent généralement les besoins du grand public. À l'inverse, deux anciens de Simple – une pionnière parmi ces « néo-banques » – préparent maintenant le lancement d'un établissement qui veut apporter la disruption aux entreprises : Seed.

Dans la présentation de leur vision, ses fondateurs dressent un triste – mais réaliste – état des lieux du système bancaire actuel (applicable universellement bien qu'il concerne ici les États-Unis). D'une part, les grandes institutions financières n'ont à proposer aux entrepreneurs que des solutions standardisées, reposant sur des outils informatiques dépassés et s'accompagnant d'un service client déficient. En face, les établissements communautaires (notamment les « credit unions »),  historiquement proches de leurs clients, ne parviennent pas à suivre le rythme des évolutions technologiques.

Alors, pour accompagner les entreprises à l'ère numérique, Seed se propose de leur offrir une plate-forme à l'état de l'art, moderne, efficace et sécurisée. Pour atteindre cet objectif et devenir ainsi la banque communautaire du 21ème siècle, la jeune pousse mise sur la qualité de service, le design et la technologie. Et, comme toutes les startups de la FinTech, elle promet des coûts réduits (dont la gratuité des prestations courantes), rendus possibles par une optimisation de ses infrastructures et de ses processus.

Page d'accueil Seed

Aux côtés d'une plate-forme web et mobile conçue d'emblée pour un accès simple, immédiat, en tout lieu et à tout instant, évitant les habituelles lourdeurs administratives des souscriptions, la solution est avant tout construite autour d'APIs (interfaces de programmation applicative), permettant à chaque utilisateur de l'adapter précisément à ses besoins, en l'intégrant à ses processus internes et à son outillage existant. Disponibles dès aujourd'hui, les interfaces publiées prennent en charge la gestion des utilisateurs et différents types de transferts de fonds.

Seed ne s'en tiendra toutefois pas à la mise à disposition de ses propres produits : à terme, les clients bénéficieront d'un accès tout aussi transparent à divers produits d'autres fournisseurs (crédit, assurance…), à travers une place de marché intégrée à la plate-forme. À ce stade, les capacités de personnalisation de l'offre atteindront leur point culminant, laissant aux entreprises la liberté d'utiliser, à leur convenance et selon les conditions qu'elles fixent elles-mêmes, les services financiers de leur choix, correspondant au mieux à leurs exigences.

La perspective d'un accès généralisé à la banque par APIs peut certes sembler futuriste. En attendant qu'il devienne la norme (ce qui pourrait cependant être plus rapide qu'on ne le pense), la startup sait parfaitement jouer d'arguments de séduction immédiats, entre ses coûts réduits et sa garantie fédérale à hauteur de 50 millions de dollars. De la sorte, l'utilisation des interfaces pourra commencer à se répandre parmi les premiers clients conquis et en faire progressivement un avantage concurrentiel inédit…

samedi 21 février 2015

C24 esquisse la « banque comme plate-forme »

C24
Présente au récent Finovate Europe pour affirmer ses ambitions internationales, la jeune pousse russe C24 propose l'une des premières incarnations – opérationnelle quoique embryonnaire – d'une banque conçue comme une plate-forme d'agrégation de services. Étonnamment, un établissement (presque) traditionnel en est à l'origine.

La solution est d'ailleurs fortement marquée par l'activité principale de sa parente, la « Russlavbank », puisqu'elle est d'abord focalisée sur la gestion des paiements en tout genre. Ainsi, son principe consiste à intégrer en un espace unique – sur le web ou via une application mobile – tous les comptes de l'utilisateur, de manière à lui offrir une plus grande visibilité sur ses finances personnelles et à lui faciliter le traitement au quotidien de ses transactions, achats ou règlements de factures…

Quel que soit le support choisi, l'interface du service adopte une organisation originale, sous forme de « tuiles » actives. Celles-ci représentent les paiements passés ou les factures en attente, prêtes à être traitées en quelques clics, surtout si des règles automatiques ont été préalablement mises en place (par exemple le choix de la source des fonds). Il est également possible de créer des cartes de paiement, physiques ou virtuelles, chacune associée au compte de son choix, pour des usages spécifiques ou pour les différents membres d'une famille, par exemple.

Cependant, la véritable particularité de cette solution est que, en dépit de ses racines au cœur d'une institution financière, elle n'a pas vocation à offrir des services bancaires à proprement parler. C24 se contente en effet d'une position d'intermédiaire entre le consommateur et ses comptes existants (comptes courants ou cartes), quels qu'en soient les fournisseurs. Et, dans un pur modèle de plate-forme, la société mise sur une expérience utilisateur multi-canal optimisée afin de séduire sa clientèle.

Interface utilisateur C24

Depuis son démarrage en Russie au milieu de l'année dernière, C24 a déjà conquis plus de 450 000 adeptes et son ambition est désormais d'en rassembler des millions partout dans le monde. Dans ce but, elle s'appuie sur une stratégie à plusieurs facettes. Outre son approche de distribution directe auprès du grand public et ses partenariats avec les grands émetteurs de factures (pour la prise en charge des paiements), elle s'adresse également aux banques, dont elle a besoin de la collaboration pour l'intégration des comptes de ses utilisateurs.

Là réside évidemment la frontière de cette vision : sans un accès complet aux systèmes informatiques des établissements tiers (non seulement pour la consultation des soldes et des opérations, mais également pour l'exécution de virements), seules les cartes bancaires peuvent être enregistrées sur la plate-forme, réduisant singulièrement l'utilité de cette dernière. Or, même si elles en ont la capacité technique (ce qui n'est pas garanti), il semble difficile d'imaginer les banques laissant ainsi leurs clients leur échapper pour une solution qui peut, finalement, constituer une concurrence réelle.

Il se trouvera probablement quelques visionnaires qui comprendront leur intérêt à participer à cette aventure, et sauront peut-être en profiter aussi pour s'en inspirer dans leurs propres modèles. En dehors de celles-là, il restera à attendre la généralisation des APIs bancaires pour voir se développer et s'enrichir le concept de « banque comme plate-forme » esquissé par C24.

vendredi 20 février 2015

Apple Pay : panique chez les challengers

Google
Moins de 6 mois après la présentation officielle de sa solution de paiement sur iPhone, il devient clair qu'Apple fait souffler un véritable vent de panique chez ses concurrents. En effet, comment expliquer autrement les réactions un peu précipitées, pas très rationnelles, observées (ou présumées) chez Samsung et Google ?

À tout seigneur, tout honneur, le géant coréen vise une place sur le podium de la stratégie la plus insolite de son secteur avec l'annonce [PDF] de l'acquisition de la jeune pousse LoopPay. Alors que ses smartphones sont équipés depuis quelques temps d'une puce NFC, qui lui permettrait de répondre directement à Apple sur le terrain du paiement sans contact, Samsung semble vouloir parier sur une option radicalement différente. Pour une fois, le constructeur ne pourra pas être accusé de plagiat…

Malheureusement, tout laisse à penser que la technologie de LoopPay n'a aucun avenir dans la jungle des paiements par mobile. Certes, comme elle émule la piste magnétique des cartes traditionnelles, elle peut se vanter d'une compatibilité avec 90% du parc de terminaux d'encaissement (aux États-Unis). Mais cet avantage temporaire – la progression du sans contact chez les commerçants est actuellement fulgurante – ne peut suffire à masquer une litanie de défauts majeurs.

Premier d'entre eux, l'expérience utilisateur est simplement catastrophique. D'un côté, le marchand sera généralement dérouté (voire inquiété) par le client qui prétendra payer en approchant son téléphone du lecteur de piste magnétique de son terminal. Pour sa part, le consommateur qui veut régler un achat est supposé, au préalable, ouvrir l'application LoopPay (après déverrouillage de son téléphone et authentification) et choisir la carte à utiliser. Enfin, il lui restera toujours à signer le reçu imprimé.

La sécurité est un autre point sensible puisque, même si les données de paiement sont correctement protégées, elles sont stockées sur l'appareil de l'utilisateur et, surtout, elles transitent à travers des mécanismes conçus pour les pistes magnétiques, donc peu sûrs. Incidemment, cette faiblesse structurelle fait que les banques tendent à augmenter leurs commissions sur ces transactions plus risquées par rapport à celles réalisées avec une carte à puce (au standard EMV). Ce facteur va rapidement inciter les commerçants à refuser les autres modes, même si leurs terminaux peuvent les accepter.

Au-delà même de la méfiance que devrait susciter immédiatement une technologie reposant sur des standards totalement obsolètes, nonobstant leur ubiquité, Samsung prouve ici qu'il est absolument incapable de comprendre les leçons d'Apple Pay et sa démonstration d'excellence de l'expérience utilisateur s'accompagnant d'un niveau de sécurité à l'état de l'art. Il reste à espérer que l'acquisition de LoopPay vise plutôt à capter des expertises qu'à capitaliser sur une technologie inutile, mais la promesse de son intégration d'ici quelques mois laisse peu d'illusions.

Paiement mobile avec LoopPoint

Dans le cas de Google, la direction prise semble presque aussi étrange mais, au moins, s'agit-il pour l'instant seulement d'expérimentation (qui tiennent d'ailleurs plutôt de la rumeur) et son « Wallet » sans contact n'est-il pas (encore) officiellement abandonné, en dépit de son échec sur le marché. De plus, l'opération est conduite en partenariat avec Square, lui-même menacé par la disparition programmée des cartes à piste magnétique, pour qui les choix opérés paraissent plus pertinents (au point de s'interroger sur le rôle réel de Google dans l'opération).

Ainsi, la plate-forme Plaso dont il est question serait en réalité une extension des solutions existantes de Square. Le principe en est familier à qui connait ces dernières : à l'entrée dans une boutique, l'application dédiée installée sur le smartphone du consommateur signale automatiquement sa présence sur le terminal du marchand et il suffit au client de confirmer les initiales de son nom afin de valider son paiement, le moment venu. Il s'agit d'une simple variante de ce que j'appelais le « paiement automatique » en 2011 et qui n'a (tristement) pas connu une immense popularité.

La nouveauté avec Plaso serait l'introduction d'une interface Bluetooth dans le dispositif. Elle permettrait à la fois de s'affranchir de l'exigence d'une connexion réseau et, peut-être, de combiner les paiements avec d'autres fonctions mettant en œuvre des beacons. En revanche, cette approche présente un inconvénient de taille puisqu'elle requiert un équipement spécifique chez les commerçants. La base de clientèle actuelle de Square – aussi large soit-elle – ne suffira pas à rendre la solution universelle.

Ces initiatives donneraient finalement l'impression que ses concurrents abandonnent à Apple le terrain du paiement sans contact (NFC) par mobile, à l'heure même où il pourrait avoir une chance – même minime – de décoller. Il est pourtant évident que leurs tentatives n'ont quasiment aucun espoir de s'imposer (particulièrement celle esquissée par Samsung), puisqu'elles ne font au mieux que reproduire plus ou moins à l'identique des schémas longuement testés par le passé, sans succès.

jeudi 19 février 2015

Standard Treasury, de l'API à la banque

Standard Treasury
À l'origine, la jeune pousse américaine Standard Treasury envisageait de créer des APIs (interfaces de programmation applicative) pour faciliter l'accès des entreprises aux services bancaires. Désormais, face à la triste réalité des systèmes existants, elle choisit la voie, plus difficile mais plus prometteuse, de fonder son propre établissement.

Le concept de départ de Standard Treasury est issu d'un constat universel : une multitude de petites entreprises s'appuient sur des services mis à disposition par des banques pour développer leur propres offres. Les premières concernées sont évidemment les startups de la FinTech, qui focalisent leurs efforts sur de nouvelles applications (de paiement, de crowdfunding…) ou sur l'expérience utilisateur (cas des néo-banques). Elles se tournent alors vers les acteurs historiques pour prendre en charge les aspects « industriels » de leurs solutions (par exemple la gestion des dépôts).

C'est pour répondre à ce besoin de plus en plus fréquent que les fondateurs de Standard Treasury ont initialement imaginé de définir et mettre en œuvre des APIs spécialisées. Leur fonction est de permettre à toute entreprise de connecter aisément sa plate-forme au système de son fournisseur de services bancaires et à ce dernier de distribuer son offre sous une forme standardisée et, potentiellement, de pénétrer de nouveaux marchés. En progressant dans cette approche, il est cependant apparu qu'elle ne pouvait suffire à combler les attentes.

En effet, qu'il s'agisse des grandes banques généralistes ou des quelques institutions qui se sont fait une spécialité d'ouvrir leur solutions aux startups (Bancorp, notamment), le poids de leur histoire rend quasiment impossible la mise en œuvre d'interfaces efficaces et performantes au-dessus de leurs systèmes. Entre les conceptions approximatives, les portions de processus qui restent manuelles (en particulier dans la gestion des risques et de la conformité) et les infrastructures dépassées, incapables de supporter les applications modernes, le déploiement d'APIs s'avère irréaliste.

Page d'accueil Standard Treasury

C'est pourquoi Standard Treasury a décidé récemment de s'engager dans la création d'une banque, en dépit de la complexité, de la lourdeur et du coût d'un tel projet. Pensée directement pour une exposition sous forme d'APIs, cette nouvelle venue vise à devenir la « bank as a service » du 21ème siècle, sur laquelle toutes les entreprises pourront se connecter rapidement et simplement afin de développer en toute liberté leurs solutions innovantes, et s'affranchir ainsi des difficultés qu'elles rencontrent aujourd'hui.

L'initiative est d'autant plus ambitieuse que la startup entend construire elle-même son socle informatique, considérant que l'offre disponible sur le marché ne répond pas à ses exigences de sécurité, de rapidité, de fiabilité… Détail intéressant, alors qu'elle avait démarré ses opérations aux États-Unis, Standard Treasury a retenu le Royaume-Uni pour implanter sa banque, évoquant l'environnement réglementaire extrêmement favorable à l'émergence d'une nouvelle concurrence sur les services financiers.

L'état des lieux que dresse la société est le même qui poussait l'an dernier Simple a rejoindre le groupe BBVA et obtenir de la sorte les moyens de son indépendance « technologique ». Ces cas devraient représenter des signaux d'alarme critiques pour les institutions qui ne réalisent pas encore à quel point leurs cœurs de systèmes sont maintenant dépassés. Alors qu'elles sont attaquées de toutes parts sur le front de la relation client, si elles se révèlent également vulnérables dans leurs fondations (que l'on pouvait croire intouchables), il risque de ne plus leur rester beaucoup d'opportunités dans la future « banque comme plate-forme ».

mercredi 18 février 2015

Quand une banque en ligne ouvre un café…

Idea Bank
Quand une banque 100% en ligne établit une présence physique dans un centre ville, il est tentant de croire qu'elle est rattrapée par un besoin de ré-instaurer un contact de proximité avec ses clients. Si telle est la logique qui prévaut à la création du premier Idea Hub par la polonaise Idea Bank, elle ne cible pas pour autant la relation bancaire.

Premier (à Varsovie) d'une série à venir, ce lieu surprenant n'a résolument rien d'une agence classique : il ressemble beaucoup plus à l'un de ces espaces de travail partagés (de « co-working ») qui fleurissent aujourd'hui dans les grandes villes du monde entier. Dédié aux petites et moyennes entreprises qui constituent la cible de la banque – et plus particulièrement aux entrepreneurs individuels ne disposant pas de locaux fixes – l'Idea Hub met donc à leur disposition des fauteuils et canapés confortables, le café et le WiFi gratuits, un accès à des imprimantes, scanners et autres accessoires, des salles de conférences (sur réservation)…

Il est bien prévu que quelques écrans diffusent des présentations de l'offre bancaire et que des conseillers soient disponibles pour répondre aux questions des visiteurs, mais la priorité d'Idea Bank n'est clairement pas là. Le personnel d'accueil est composé de spécialistes du service de café plutôt que d'experts des solutions financières. À travers cette initiative, il n'est absolument pas question pour les dirigeants de l'établissement de remettre en cause son modèle de relation à distance : la seule concession accordée au monde physique est que certaines offres ne peuvent se concevoir sur Internet.

Idea Hub

Encore faut-il comprendre qu'il n'est pas question de produits financiers dans cette proposition. Déjà au sein d'Idea Cloud, la solution phare d'Idea Bank, la vision de services étendus aux PME est présente avec, notamment, des outils de facturation et un coffre-fort virtuel (gratuits). L'Idea Hub n'est finalement qu'une composante supplémentaire dans cet ensemble qui dépasse l'univers traditionnel de la banque et vise à faire de celle-ci un véritable partenaire de l'entrepreneur, présent à tout moment à ses côtés.

Il est indubitable qu'il se développe actuellement une mode de l'ouverture des agences aux professionnels recherchant un lieu bien situé pour travailler un moment au calme, rencontrer un client, organiser une présentation… BNZ, Barclays ou Umpqua Bank en sont trois exemples parmi d'autres. En général, la première motivation de ceux qui avancent dans cette direction est, de manière plus ou moins explicite, de redonner une raison d'être à des installations qui sont en voie de désaffection.

En comparaison, la démarche d'Idea Bank est bien différente puisqu'elle consiste à mettre en place une nouvelle infrastructure répondant précisément à un besoin spécifique, exprimé par ses clients : demandeurs d'espaces de travail flexibles, ils fréquentent peu les ateliers de co-working et ne sont pas très satisfaits des cafés dans lesquels ils échouent fréquemment, faute d'alternative. Alors, en réalité, l'Idea Hub peut être considéré comme un premier pas vers un modèle d'affaire radicalement innovant dans le secteur de la banque (pour les entreprises, qui plus est)…

mardi 17 février 2015

L'Inde prépare les paiements du 21ème siècle

NPCI
Si les futurologues sont nombreux à imaginer un avenir sans « cash », dans lequel les instruments de paiement électroniques sont devenus la norme, la réalité est moins glorieuse : aucune solution n'offre la même universalité et n'est donc susceptible de se substituer aux pièces de monnaie et aux billets de banque. Sauf en Inde…

Que la révolution – car c'en est bien une – arrive par les pays émergents ne doit pas surprendre. Ils sont en effet les premiers concernés par l'urgence de changer la tradition des transactions en espèces et de développer l'accès de leurs populations aux services bancaires, afin de favoriser leur développement économique. En parallèle, l'explosion de la téléphonie mobile et, plus récemment, l'adoption massive de smartphones représentent pour eux des opportunités incomparables de franchir un nouveau cap.

Parmi d'autres régions, l'Inde est particulièrement bien placée pour prendre la tête du mouvement, grâce à sa gouvernance forte dans le secteur financier. Ainsi, la nouvelle initiative [PDF] – qui la fera entrer de plain pied dans le 21ème siècle – est à porter à l'actif de la NPCI (« National Payment Coporation of India »), une association mixte publique-privée, créée à l'initiative de la banque centrale et de l'association des banques indiennes et dont la mission est de faire progresser les systèmes de paiement dans le pays.

En l'occurrence, la méthode employée afin de piloter la transition vers des échanges électroniques (et surtout mobiles) est absolument brillante. Alors qu'on aurait pu s'attendre à l'élaboration d'une usine à gaz tentant de résoudre tous les problèmes du secteur (et n'aboutissant jamais), la NCPI propose simplement de définir [PDF] un jeu d'APIs standards, qui doivent permettre à tous les acteurs de l'écosystème (institutions financières, fournisseurs de porte-monnaie virtuels, commerçants, entreprises…) d''intégrer facilement leurs solutions avec toutes les autres.

Interface de paiement universelle

Les spécifications qui viennent d'être publiées – initialement en version préliminaire, pour commentaires des parties prenantes – reposent sur quelques fondations solides. Tout d'abord, chaque utilisateur dispose d'au moins une « adresse » unique, qui suffit à l'identifier pour réaliser toutes ses opérations de paiement, sans qu'il lui soit jamais nécessaire de transmettre une autre information. Il peut s'agir, par exemple, d'un numéro de mobile, d'un numéro de carte, d'une référence de compte bancaire ou de l'identifiant national « Aadhaar », offrant un service d'authentification biométrique.

Tous les types de transactions sont pris en charge, du règlement unitaire aux demandes de prélèvement, en passant par les paiements récurrents, que le bénéficiaire et le payeur soient des particuliers, des entreprises ou des organismes publics. La vision portée est celle d'un système global dans lequel il suffit à un acteur de se connecter aux APIs de la NPCI pour pouvoir gérer les transferts d'argent de manière transparente, à travers tout média existant (carte, virement interbancaire, porte-monnaie mobile, GAB…), quels que soient son fournisseur et son mode d'identification des comptes.

Dans ce modèle, le rôle opérationnel de la NCPI se réduit à celui d'une plaque tournante (« hub »), gérant les « connexions » entre les interfaces des différents participants (en ce qui concerne les identifiants et les transactions). La relative simplicité de ce dispositif est justement ce qui le rend viable et réaliste. De surcroît, cette approche par l'« interopérabilité » a l'immense avantage de rester ouverte à toutes les innovations – d'aujourd'hui et de demain – en matière de paiements…

Autrefois, les banques centrales créaient et géraient la monnaie nationale et en garantissaient la liquidité. Dans le monde numérique moderne, ce sont désormais, d'une certaine manière, des APIs qui vont devoir remplir cette mission…

lundi 16 février 2015

Non, la banque ne sera pas « uberisée »

Uber
Le succès retentissant (et parfois controversé) d'Uber à travers le monde a donné naissance à une notion d'« uberisation », qui caractériserait la manière dont un secteur d'activité ancien peut être menacé dans son essence même par une startup. Son application de plus en plus fréquente au domaine bancaire mérite une mise au point…

Certes, au-delà de ses seules vertus racoleuses, l'idée de comparer l'approche disruptive du leader mondial des VTC (Voiture de Transport avec Chauffeur) et la révolution qui se dessine dans le monde de la banque est tentante, à première vue. Insatisfaction de la clientèle, modèle historique dépassé, difficultés d'adaptation aux nouvelles technologies, lourdeur de la réglementation…, voilà en effet quelques points communs. Pourtant, la transformation qui se joue dans le secteur financier ne pourrait être plus éloignée de celle qu'introduit Uber dans l'univers des taxis.

Pour le comprendre, il faut d'abord mesurer les différences qui distinguent les deux industries. La plus importante est une affaire de complexité. D'un côté, le monde qu'essaie de renverser Uber est simple comme son énoncé – transporter une personne d'un point A à un point B – et la solution que lui applique la startup n'est finalement pas très élaborée, puisqu'elle consiste, pour l'essentiel, à mettre une application mobile entre les mains des conducteurs et des clients. Le concept est tellement basique que le plus surprenant est que les taxis ne s'en soient pas immédiatement emparés !

En comparaison, le métier de banquier est d'une richesse incommensurable. Il ne se réduit pas à fournir un compte de dépôt (garanti) et les moyens de paiement associés, il offre une multitude d'autres services : crédit, épargne, investissement, assurance… pour n'en citer que quelques-uns, concernant le grand public. Face à cette diversité, il n'existe aucun Uber capable d'affronter cette « montagne » et aucun n'émergera de sitôt (ce qui ne veut toutefois pas dire « jamais »). En réalité, la transformation du secteur se fait aujourd'hui par une avalanche d'attaques ponctuelles et ciblées.

Les Barbares attaquent la banque
Illustration inspirée par un billet de Tom Loverro (cliquez pour agrandir)

Et encore faut-il modérer la nature de ces offensives qui, pour la plupart, se font avec des institutions financières traditionnelles (même le Compte Nickel – qui se vante d'être « sans banque » – a besoin du Crédit Mutuel Arkéa pour conserver les fonds de ses clients), quand leur modèle économique ne repose pas entièrement sur des partenariats avec les établissements historiques, par choix ou par la force des choses (un constat qui touche actuellement les plates-formes de finance participative, en particulier).

Ces stratégies ne peuvent surprendre car non seulement une banque est un animal extraordinairement complexe, nécessitant une infrastructure lourde, beaucoup plus difficile à construire qu'une entreprise de VTC, mais, de surcroît, les conditions de succès sont délicates à rassembler : entre les exigences réglementaires (dont il est plus difficile de contester la validité lorsqu'elles protègent les consommateurs que quand elles visent à préserver une corporation) et le niveau de confiance nécessaire pour séduire une large clientèle, les startups de la FinTech ne sont pas toujours bien armées.

Oui, le monde bancaire est en train de vivre une profonde mutation et, oui, certains acteurs resteront sur le carreau, à terme (comme l'évoquait récemment le président de BBVA). Mais le changement s'opère d'une manière tout à fait unique, par une sorte d'atomisation des services. Les nouveaux entrants – y compris les géants du web qui tentent leur chance (Apple, Google et consorts) – ne cherchent à s'emparer chacun que d'une niche spécifique, souvent focalisée sur l'expérience utilisateur et laissant à un tiers le soin d'opérer le back-office (cf. le cas des néo-banques).

Le résultat final ne sera donc certainement pas un Uber de la finance mais une immense palette de fournisseurs spécialisés – dont les banques qui auront réussi leur transformation numérique continueront à faire partie encore longtemps – au sein de laquelle le consommateur pourra faire son choix en fonction de ses besoins précis, à travers une plate-forme d'agrégation ou, plus vraisemblablement, grâce à une intégration des produits financiers dans les actes de la vie courante auxquels ils contribuent.

dimanche 15 février 2015

Visa se met à la sécurité par géolocalisation

Visa
L'idée d'utiliser le smartphone présent dans la poche de presque tous les consommateurs pour renforcer la sécurité des paiements n'est pas nouvelle. Pourtant, les applications opérationnelles restent aujourd'hui bien rares. Après une timide expérimentation de MasterCard l'an dernier, Visa propose enfin une solution aux banques américaines.

Conçu et développé avec la jeune pousse Finsphere, le service « Mobile Location Confirmation » (MLC) est à la fois riche et simple à mettre en œuvre, du moins pour l'utilisateur final. Une option directement intégrée aux applications de banque mobile – qui devront donc être adaptées pour la circonstance – permettra au mobinaute de l'activer en un clic, sur la (ou les) carte(s) de son choix. Dès lors, à chaque tentative de paiement, une comparaison de la localisation du téléphone et de l'adresse du commerçant où se déroule la transaction sera prise en compte dans le processus d'autorisation.

En pratique, l'application va régulièrement interroger et enregistrer la position du smartphone sur lequel elle est installée – en utilisant le GPS intégré ou grâce aux informations de réseau (WiFi et téléphonique) disponibles – et la transmettre à Visa (un accès à Internet est donc indispensable pour assurer le fonctionnement du système). Afin de rassurer les utilisateurs potentiellement inquiets pour leur vie privée, l'entreprise affirme qu'elle n'utilisera les données collectées qu'à des fins de sécurisation des opérations.

Visa Mobile Location Confirmation

Avec ce service, plus qu'une meilleure protection de leur argent, le principal bénéfice que Visa promet à ses porteurs de carte est la réduction du nombre de rejets de transactions légitimes, et des frustrations associées. Parmi ces anomalies, les achats réalisés en dehors de la zone de résidence sont les plus fréquemment concernés, ce qui justifie logiquement une approche de géolocalisation. Celle-ci vient en complément d'un arsenal existant, comprenant notamment la détection des déplacements « prédictibles », via une analyse des dépenses auprès d'hôtels, de compagnies aériennes…

Dans un contexte de fraude galopante et à une ère où l'expérience utilisateur est reine, les solutions telles que ce « MLC » (uniquement disponible aux États-Unis, malheureusement) se font décidément trop longtemps attendre : pourquoi ne sont-elles pas offertes systématiquement par les émetteurs de cartes ? Les grands voyageurs, en particulier, apprécieraient certainement la tranquillité d'esprit qu'elles leurs apporteraient. La sécurité et la satisfaction client se sont-elles donc pas prioritaires ?

Dans un deuxième temps, il restera à s'interroger sur la pertinence d'une solution dédiée aux seuls paiements. Plutôt que de constituer un nouveau silo organisationnel, il serait peut-être plus intéressant pour les institutions financières de mettre en place un service transverse, applicable à l'ensemble des transactions de leurs clients… D'une manière générale, une vision globale sur la sécurité et la lutte contre la fraude ne pourrait être que bénéfique pour tous, banques et consommateurs.

samedi 14 février 2015

Redy, paiement mobile et monnaie virtuelle

Redy
Il existe depuis plusieurs mois mais ce n'est qu'avec sa présentation à la conférence Finovate Europe (!) qu'il attire enfin mon attention : Redy, conçu par l'australienne Bendigo and Adelaide Bank, aurait pu n'être qu'un porte-monnaie mobile ordinaire de plus, il parvient en fait à se distinguer brillamment de ses innombrables concurrents.

Redy englobe un écosystème complet, avec terminal d'encaissement (sur tablette) pour les marchands et application mobile pour les consommateurs. Sans grande originalité, les transactions sont exécutées par l'intermédiaire d'un simple QR code et l'ensemble repose sur un mécanisme de compte prépayé, rechargeable depuis un compte Bendigo ou depuis une carte émise par n'importe quel établissement. Grâce à ses caractéristiques, le système est parfaitement adapté (aussi) aux micro-paiements.

Cependant, la véritable spécificité du dispositif est sa dimension communautaire et caritative. Celle-ci est rendue possible par l'introduction d'une solution de « cash-back » un peu particulière : 0,5% du montant de l'ensemble des dépenses effectuées est converti en « Creds », une monnaie virtuelle privative. Les gains ainsi accumulés peuvent ensuite être attribués à des associations répertoriées. Accessoirement, il est également envisageable d'utiliser les Creds pour régler (en partie) de futurs achats.

Redy sur iPhone

Dans ce cas, le modèle se rapproche plus des classiques du genre, si ce n'est que les « Creds » sont alors réinjectés dans l'économie locale (puisque ils ne peuvent être dépensés que dans le « circuit » Redy) et au libre choix du consommateur. Les commerçants participants apprécient certainement que les commissions prélevées par la banque sur leur chiffre d'affaire (qui se situent à un niveau standard et dont une partie finance les remises offertes à leurs clients) reviennent directement dans leur portefeuille.

L'initiative de Bendigo and Adelaide Bank ne peut manquer de rappeler celle de la caisse régionale Pyrénées-Gascogne du Crédit Agricole, avec sa monnaie virtuelle et solidaire, le Tooket. Moins de 4 ans après son lancement, ce programme unique (ou presque, dorénavant) permet de distribuer chaque année, à des associations (3 500 d'entre elles sont inscrites à l'heure actuelle), l'équivalent de 600 000 euros et il est désormais disponible sur l'ensemble du territoire français.

L'idée de la banque australienne de combiner une approche de ce genre avec un porte-monnaie mobile, dont elle assure de facto la notoriété et la promotion, est plutôt bienvenue, alors qu'il semble extrêmement difficile de convaincre les consommateurs de l'intérêt d'utiliser leur téléphone pour payer, quelle que soit la technologie retenue. La perspective de soutenir des associations grâce aux dépenses quotidiennes pourra-t-elle devenir la clé d'une adoption de masse ? L'avenir le dira…

vendredi 13 février 2015

Citi s'infiltre dans les annonces immobilières

Citi
Prenez, d'un côté, une immense majorité de consommateurs qui recherchent leur futur logement en ligne et, de l'autre, une grande banque qui veut intégrer les services financiers dans la vie quotidienne de ses clients. Mélangez, et vous obtenez un accord entre Citi et Zillow, leader des places de marché immobilières aux États-Unis.

Au premier abord, le contenu de l'annonce reste cependant modeste, puisque il évoque principalement une vaste opération de marketing. En particulier, le cœur du dispositif mis en place consisterait en un effort significatif de Citi en matière de présence publicitaire – à travers son offre de crédit hypothécaire – au sein de plusieurs services web et applications mobiles de Zillow. La démarche a, bien entendu, beaucoup de sens, mais elle ne constitue jusque-là rien de très original…

A y regarder de plus près, il est tout de même possible de détecter quelques éléments plus intéressants, et, éventuellement, d'extrapoler la portée que pourrait avoir une collaboration étroite entre une banque et un acteur de l'immobilier. Ainsi, Citi précise que les options incluses dans la plate-forme comprendront des conditions spécifiques, en termes, par exemple, de garantie de délai de réponse et des tarifs (personnalisés) proposés ou encore d'accès direct (par téléphone) à des conseillers spécialisés.

En réalité, Zillow n'a pas attendu Citi pour introduire de telles fonctions – relatives au financement des achats immobiliers – dans sa palette de services. Il existe même une application dédiée, Zillow Mortgage, au sein de laquelle l'utilisateur dispose de simulateurs divers et variés et d'un comparateur d'offres, accueillant donc désormais un nouveau fournisseur. Plus concrètement, le futur acquéreur peut également obtenir un accord de principe en quelques minutes auprès d'une des institutions partenaires.

Zillow sur tablette

Si la présence de Citi n'est pas exclusive, elle semble néanmoins être une première pour un établissement de cette importance. Cela rend l'initiative plus stratégique : il s'agit d'une rare incarnation de l'idée selon laquelle les services financiers de demain devront s'intégrer dans les moments de vie du client. Parce que la demande de prêt immobilier n'est jamais une fin en soi pour ce dernier, il est plus pertinent de l'insérer dans son parcours d'achat, en lui offrant une expérience optimale.

En l'occurrence, la démarche n'est pas ici totalement représentative de cette vision, ne serait-ce qu'en raison de la séparation opérée par Zillow entre ses applications de recherche de bien et d'information sur les crédits… Il est vrai que, les emprunts étant encore très rarement contractés à distance, de nos jours, l'immobilier n'est peut-être pas le domaine le plus facile pour avancer dans cette direction. D'autres types de solutions (assurances ?) seraient probablement plus propices à une intégration.

En guise de conclusion, notons que, en comparaison des banques qui proposent leurs propres solutions autour de l'achat immobilier (notamment CommBank ou St George, dans deux modèles très différents), Citi fait le choix – courageux, dans une certaine mesure – de considérer que cette activité est plus à sa place entre les mains d'un spécialiste, auquel elle confie alors une partie du rôle de distribution de son offre.

jeudi 12 février 2015

Allianz adopte des drones

Allianz
Tandis que l'utilisation de drones pour la livraison de colis – expérimentée, entre autres, par La Poste ou Amazon – tend à capter l'attention des médias, une de leurs premières mises en œuvre professionnelles, concrètes et opérationnelles est à porter à l'actif d'Allianz, dont la flotte participe [PDF] aux expertises de sinistres.

C'est déjà une évidence dans d'autres contextes (notamment militaires), les drones – volants ou roulants – constituent une solution idéale pour qui souhaite explorer des sites difficilement accessibles, en raison de leur localisation ou du fait de l'existence d'un risque spécifique pour l'homme. Dans le domaine de l'assurance, la gestion des sinistres offre donc un cas d'usage naturel, par exemple lorsqu'il faut évaluer les dégâts sur un bâtiment dont la toiture a été fragilisée par un orage de grêle ou un incendie.

Désormais, dans toutes les circonstances un peu difficiles, la compagnie pourra remplacer le recours systématique à des nacelles élévatrices par l'envoi d'un drone, capable non seulement de fournir une vue de la zone à observer mais également d'effectuer des mesures et des relevés potentiellement utiles dans le cadre d'une future réhabilitation ou reconstruction. L'agilité et la maniabilité des appareils disponibles aujourd'hui permettra une bien meilleure efficacité que les moyens traditionnels.

Drone Allianz

Ce n'est pas là le seul avantage de l'approche. Tout d'abord, grâce à la légèreté du dispositif, l'organisation d'une expertise devient beaucoup plus facile et plus rapide. Il devrait ainsi être possible de réduire les délais d'indemnisation, pour la plus grande satisfaction des assurés (encore renforcée si ces derniers peuvent suivre les opérations en direct). Du point de vue d'Allianz, les réductions des coûts d'intervention représenteront aussi un bénéfice direct, qui s'accompagne, de surcroît, d'une plus grande fiabilité des expertises, applicable à des dossiers plus nombreux.

L'assurance n'est pas nécessairement le premier secteur qui vient à l'esprit pour le déploiement de drones. Pourtant son potentiel est réel, pour une valeur directement mesurable. Au-delà de cette première expérience, d'autres situations sont susceptibles d'être propices à une adoption, en particulier dans le domaine de l'assistance, comme a pu l'esquisser récemment une démonstration de secours d'urgence aux victimes de crises cardiaques. Allianz a ouvert la voie mais il reste des opportunités à exploiter…

mercredi 11 février 2015

Gartner : l'émergence des processus instables

Gartner
Pour trop d'entreprises, la révolution numérique ne représente guère plus que la transition d'une partie de leurs activités historiques vers des médias modernes, web ou mobile. Or, il s'agit de bien plus que cela. Par exemple, à l'approche de son prochain BPM Summit, le cabinet Gartner évoque la nécessaire transformation des processus.

Le monde de demain sera en perpétuel mouvement : les attentes des clients évolueront sans cesse et les innovations – qu'elles soient technologiques ou autres – offriront régulièrement de nouvelles opportunités. Dans cet environnement, la seule automatisation des processus existants – même si elle rend possible leur modification rapide – ne sera plus suffisante. Les organisations performantes seront celles qui sauront intégrer « nativement » l'instabilité au cœur de leurs modes opératoires.

Selon une prédiction des analystes de Gartner, d'ici à 2017, 70% des entreprises qui auront réussi leur transformation numérique auront mis en œuvre des processus capables de réagir spontanément aux besoins changeants des clients. Encore une fois, il n'est pas ici question de se contenter d'un simple transfert des fonctions actuelles vers une tablette ou dans une application mobile. L'enjeu est de redéfinir entièrement la manière dont l'entreprise fonctionne, en acceptant une précarité permanente.

Les processus parfaitement rodés, plus ou moins formalisés, plus ou moins rigides, ne pourront plus répondre aux exigences. L'entreprise devra être en mesure de se reconfigurer instantanément à l'apparition de nouveaux signaux (issus des gigantesques masses d'information produites sur le web, via l'internet des objets…). Dans un autre registre, il lui faudra également se mettre en position d'intégrer en quasi temps réel les innovations qu'elle produira, y compris à travers des modèles économiques dynamiques, auto-ajustés en fonction des conditions extérieures.

Les processus réinventés seront adaptatifs et stimuleront la créativité, tout en devenant beaucoup plus résilients face aux évolutions de contexte. Au lieu de nécessiter des mises à jour régulières et de plus en plus urgentes, ils permettront de prendre en compte les changements sans rupture. Naturellement, la transition vers une telle vision demande une approche radicalement différente de celles qui prévalent aujourd'hui. Elle doit donc être préparée avec la prochaine génération d'initiatives autour du BPM.

Gartner BPM Summit

mardi 10 février 2015

Le conseiller bancaire bientôt à la rue

Barclays Bank
Entre hébergement de jeunes pousses et organisation de cours de développement logiciel, il n'est plus un secret que la banque britannique Barclays a commencé à réinventer la mission de son réseau d'agences. Simultanément, le métier du conseiller est lui-même en pleine transformation, afin de renforcer la proximité avec les clients.

Forte de cette stratégie, l'institution vient d'annoncer la création d'un nouveau service de « Community Banking », qui constitue la concrétisation d'une étape supplémentaire dans la reconversion de son modèle de distribution. Le cœur du dispositif consiste à équiper les collaborateurs d'une véritable « agence sur tablette », totalement sécurisée, grâce à laquelle ils pourront réaliser toutes les opérations habituelles, où qu'ils se trouvent, à la seule condition de disposer d'une connexion à Internet.

L'approche est, pour l'instant, en expérimentation auprès d'une cinquantaine de généralistes et de quelques experts (du crédit immobilier, des services aux entreprises…). Cependant, l'ambition de Barclays est de l'étendre très rapidement, en déployant la solution technique sur tous les iPads des conseillers (8 500 tablettes avaient été distribuées en 2012) d'ici le milieu de l'année. Dès lors, les clients pourront consulter leur banquier dans leur environnement local, sans avoir à se rendre dans une agence, par exemple à la bibliothèque de quartier, dans un espace communautaire…

Agence Barclays à Piccadilly (Londres)

Une transition du même ordre est également en cours chez NAB, en Australie. Cependant, dans ce cas, si seuls les conseillers financiers sont concernés, la proposition qui leur est faite est beaucoup plus radicale : il s'agit ni plus ni moins que d'abandonner le statut salarié et créer une activité autonome. La banque justifie son initiative par le besoin d'appréhender de nouveaux parcours de carrière dans un monde qui change, en laissant l'opportunité aux clients de conserver la relation avec leur interlocuteur privilégié.

Dans un premier temps, 7 personnes (seulement) ont rejoint le programme, les objectifs étant de doubler ce nombre au cours de la première année, puis d'atteindre 150 conseillers indépendants en 5 ans. Par ailleurs, alors que seuls les collaborateurs en poste sont initialement concernés, l'ouverture à des candidatures externes est prévue à court terme. NAB se veut tout de même rassurante en confirmant que son modèle actuel n'a pas vocation à disparaître et co-existera avec le nouveau réseau externalisé.

En conservant une vision optimiste, on peut se dire que ces évolutions traduisent une indispensable adaptation du rôle des conseillers auprès d'une clientèle qui demande toujours plus de personnalisation, de proximité, d'immédiateté… En prenant une perspective plus cynique, il est impossible de ne pas imaginer que, à travers leur métamorphose progressive, ces banques préparent en réalité une sérieuse réduction de leurs effectifs en agence (un mouvement déjà bien engagé pour Barclays).

Planification financière NAB

lundi 9 février 2015

Une salle de jeu pour innover dans la banque

Standard Bank
Si l'innovation est désormais devenue une priorité dans la plupart des banques du monde, encore faut-il que les actes suivent les annonces et que les mentalités évoluent avec les stratégies. Afin de stimuler un indispensable changement de culture, la sud-africaine Standard Bank a récemment inauguré un espace dédié, et décalé : The PlayRoom.

Parce que la créativité et la mise en œuvre de nouvelles idées ne peuvent jamais être optimales dans des bureaux ou des salles de réunion traditionnels, dans lesquels les mêmes collaborateurs se retrouvent quotidiennement, le concept adopté ici est celui d'un environnement radicalement différent de celui d'une grande entreprise. Comme l'indique son nom, The PlayRoom est conçu comme un lieu ludique, où règnent les couleurs vives et où les échanges sont favorisés par un aménagement adapté.

Sa localisation même est destinée à casser les habitudes de la banque. Occupant près de 2 000 m2 au premier étage d'une des agences de l'établissement à Johannesburg, l'espace a nativement vocation à être ouvert aux startups partenaires, qui pourront venir y présenter et expérimenter leurs prototypes, et aux clients, qui y testeront les tout derniers produits et services de la banque, donneront leur avis, soumettront leurs suggestions et contribueront à l'amélioration des solutions en cours de création.

PlayRoom - Standard Bank

The PlayRoom a déjà été le théâtre d'une première campagne, dont l'aboutissement sera la future version des services en ligne de Standard Bank, qui devrait être déployée sous peu. L'opération a été l'occasion de mettre en pratique le principe – en passe de devenir une règle – d'une participation active des clients à la conception des projets, pendant toute leur durée. Incidemment, les équipes de la banque ont également profité de l'expérience pour apprendre à utiliser leur nouveau terrain de jeu…

Certes un lieu ludique ne suffira pas à faire exploser par magie l'innovation dans une institution financière dont la culture est plutôt conservatrice. La démarche n'est pourtant pas dénuée d'intérêt, loin de là. A minima, la rupture avec le quotidien – marquée par un aménagement original – est un facteur utile pour favoriser une approche différente des problèmes et inspirer la confiance chez les collaborateurs peu accoutumés à changer leurs modes de pensée. Enfin, en faisant entrer des « étrangers » (clients et partenaires), avec leurs propres idées, Standard Bank met toutes les chances de son côté.

A voir également à propos du PlayRoom, ce billet de TechCentral.

dimanche 8 février 2015

Finsquare marie crédit P2P et gestion d'actifs

Finsquare
Depuis l'entrée en vigueur des premiers textes officialisant le statut de la finance participative en France, les plates-formes se multiplient à grande allure tandis que les approches se diversifient, à la recherche des recettes du succès. Une tendance qui prend de l'importance et esquisse peut-être ce que seront les leaders de demain est représentée par des solutions hybrides, dont Finsquare constitue l'un des exemples les plus récents.

Le modèle retenu par la jeune pousse hexagonale – dont les portes (virtuelles) ont ouvert en décembre dernier – repose sur le principe du crédit P2P (de « pair à pair »). Classiquement, les particuliers peuvent donc y prêter leur argent aux petites entreprises qui – via la présentation de leurs besoins et de leurs projets – parviennent à les séduire. La proposition de valeur est tout aussi habituelle, entre financement de l'économie locale et rendement attractif pour les uns et accès simplifié au crédit pour les autres.

Finsquare ne s'en tient cependant pas à cette vision désormais presque banale. Dès l'origine, son actionnaire de référence, H2O Participations, lui a inspiré une deuxième orientation. Ce spécialiste du développement d'entreprises dans le secteur financier, et plus particulièrement dans la gestion d'actifs, a ainsi une ferme volonté d'introduire le crowdfunding au cœur de ses métiers. Plusieurs initiatives, dont la création d'un fonds de 150 millions d'euros, viennent confirmer cette ouverture.

Accueil Finsquare

C'est par l'intermédiaire de la structure H2O Asset Management que l'opération sera (prochainement) mise en place. Elle consistera en une titrisation d'une partie des créances de la startup, complétant son catalogue de fonds d'investissement avec une offre de placement – à court terme – originale, aux performances supérieures à celles des produits traditionnels. Pour Finsquare, il s'agit d'une opportunité extraordinaire de développer ses capacités de financement et attirer de la sorte les emprunteurs potentiels.

En parallèle, une autre filiale du groupe H2O Participations, Maupassant Partenaires, a déjà intégré un accès direct aux prêts P2P au sein de sa plate-forme de distribution, utilisée aujourd'hui par 650 professionnels du conseil financier (CGPI). La totalité du spectre de l'investissement est donc couverte, depuis la gestion individuelle de l'épargne, autonome ou accompagnée, jusqu'à la gestion collective. Ce positionnement large fait indiscutablement de Finsquare un acteur qui devrait compter, à l'avenir.

Le crowdfunding en est encore à ses balbutiements mais il devient évident que l'équation économique des solutions est pour le moins incertaine. Il semble donc probable que le marché bascule de plus en plus vers des modèles hybrides, à l'image de celui qui fait le succès de Lending Club aux États-Unis. Ce virage représente une opportunité pour des acteurs historiques d'aborder un secteur émergent prometteur. Après la banque (cf. Groupama), la gestion d'actifs est une candidate naturelle à ce genre de diversification…

samedi 7 février 2015

Biométrie tous azimuts pour USAA

USAA
Tandis que la lecture d'empreinte digitale connaît un regain d'intérêt, grâce au succès de l'iPhone (et de sa technologie Touch ID), l'américaine USAA adopte une approche globale mais prudente de la biométrie au sein de son application mobile. Loin des effets de mode, son objectif principal est de faciliter la vie de tous ses clients.

En effet, chaque utilisateur est entièrement libre de choisir le mode d'authentification qui lui convient le mieux, quel que soit son appareil, y compris en fonction des circonstances immédiates. Pour l'instant, 3 options différentes sont proposées : le code PIN classique (pour ceux qui ne souhaitent pas changer), la reconnaissance faciale ou l'identification vocale. A court terme, l'empreinte digitale devrait être ajoutée à cette liste, au moins pour les smartphones équipés d'un lecteur ad hoc.

Les différentes méthodes sont mises en œuvre de manière à assurer un équilibre idéal entre qualité de l'expérience et sécurité. Ainsi, la reconnaissance faciale est conçue pour être exécutée en deux secondes – donc plus rapidement que la saisie d'un code secret, et sans risque d'oubli – tout en intégrant une protection contre l'utilisation d'une photo (il est demandé au mobinaute de cligner des yeux), tandis que l'analyse vocale repose sur une phrase aléatoire à répéter (optimisée pour éviter les défauts de vérification).

Authentification mobile USAA

Ce qui rend viable aujourd'hui le déploiement de ces techniques, alors qu'elles sont en développement depuis une vingtaine d'années, est la convergence d'une amélioration drastique de leurs performances – la reconnaissance faciale fonctionne parfaitement pour un homme qui se laisse pousser la barbe et se met à porter des lunettes – et de la présence « native » du matériel nécessaire (appareil photo, micro…) sur les téléphones mobiles modernes, devenant, en parallèle, le premier moyen d'accès à la banque.

Pour autant, le facteur humain reste largement incertain : même si plus de 100 000 clients – sur 10,7 millions au total, dont 4 millions d'adeptes de l'application mobile – ont opté pour la biométrie en quelques jours et si ceux qui testent l'une des solutions proposées sont 80% à la préférer au code PIN, il subsiste toujours le risque d'un rejet. Qu'il s'agisse de réticences plus ou moins arbitraires, de difficultés techniques particulières ou contextuelles (environnement bruyant, besoin de discrétion, éclairage en contre-jour…), la banque ne veut rien imposer qui puisse être mal perçu.

Alors, la solution devient évidente : il ne reste qu'à offrir le choix aux clients de leur mode d'authentification, en permettant aux « conservateurs » de ne pas bouleverser leurs habitudes et aux autres d'essayer – puis, s'ils sont séduits, d'adopter – une technologie à la fois plus sûre et plus simple à utiliser. Incidemment, cette démarche est également une manière pour USAA de réaliser une expérimentation, sans risque, auprès de sa clientèle, dont l'étude des réactions aboutira à une meilleure compréhension des avantages et inconvénients respectifs des options déployées.